‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 101 sur 125 · TYPE DE FRACASSE · texte numérisé non relu

TYPE DE FRACASSE

cutces à la demande des souverains, offrent le singulier exemple d'une (ciivre oii l'art le plus p'ecis s'allie à une certaine science des choses militaires, de la pratique des lorlifications, par exemple, acquise en suivant jadis, à Florence, les leçons Je Giulio Parigi.

Dans ces tableaux, il s'inquiète toujours de rendre avec exactitude et minutie les détails des mœurs, les particularités de la vie publique et populaire, tout ce qui distingue les divers côtés d'une réunion quelconque. 11 ne néglige rien pour faire de ses

productions de précieux documents autant que des œuvres d'art, d'tm art qui. de son temps, le mettait lort haut dans l'estime des connaisseurs. Ses estampes nous ont conservé un souvenir vivant et animé des premières années du xvii" siècle.

Le génie vif et original de Callot s'est employé a tirer profit d'une existence aventureuse et romanesque : de ses séjours à Florence et à Rome, de ses voyages dans les Flandres, comme des quelques années qu'il passa à Paris, où il ne consentit point à s'établir, le rénovateur de l'eau-forte' a rapporté quantité d'œuvres accomplies, qui nous rendent les mœurs, les costumes, les jeux du bon peuple et des armées en liesse, les carrousels des cours d'Italie et les somptueux et allégoriques cortèges de Florence, les fêtes lorraines et les manœuvres de troupes. On sait assez combien Callot fut douloureusement ému du spectacle de la vie guerrière de son époque : tant de batailles et tant de sièges avaient fini par lui inspirer une haine profonde pour ces tueries et ces pillages entrepris sur les ordres de potentats et dont souffrait seul le pauvre peuple. De là. un réalisme incomparable dans ses portraits de gueux, un sentiment de pitié dans les grandes misères de la guerre; et ce réalisme, comme cette commisération pour les hum- '?k\; x^ blés, étonne à une époque médiocre-

^- - ment soucieuse de toute existence

humaine.

Est-ce ce réalisme un peu sec qui valut à Callot d'être comparé à Boileau par Charles Blanc, tandis que le célèbre critique rapprochait Rembrandt de Shakespeare:... Comparai-

I. On sait que Callot apportai la gravure à l'eau-forte les perfectionnements décisifs. Il substitua au « vernis mou " des graveurs le vernis dur des luthiers, qui permettait une plus grande précision dans la gravure. L'ombre et la lumière purent être désormais distribués avec agrément et l'on ne vit plus ce fouillis des tailles pciussées sans ordre qui dépréciaient tant de planches gravées au burin.

son singulière, du moins "en ce qui touche Callot! Celui-ci n"a rien de la raideur didactique d'un Boileau. et il possède en outre une imagination luxuriante, dont il laissa des témoignages irréfutables avec ses Tentations de saint Antoine. Mais ces « diableries » ne sont point le coté le plus intéressant de son œuvre. Savoir dégager de la plus humble réalité une poésie sincère passe pour un autre titre de gloire qu'ajouter une page de surcroit aux légendes du n Mauvais », où le moyen âge avait puisé tant de sujets d'inspiration.

Mais l'œuvre de Callot ollVe encore des enseignements que nous avons passés sous silence. .Sa richesse et sa variété (elle comprenait, d'après M. Ed. Meaume ' près de quinze cents numéros nous apprennent à

proposé, simplement, d'indiquer quel rang éminent Callot occupe parmi les dieux de l'Art et pourquoi les 0 Humoristes » qui visent à interpréter avec esprit les divers aspects de notre vie contemporaine étaient en droit de revendiquer Jacques Callot comme un ancêtre, leur ancêtre, qui inaugure, à de certains égards, l'introduction de la réalité dans l'art, qui mêle dans ses compositions, à l'exemple de la vie, le risible et le tragique.... Eboi ard Andrk.

La fête Jacques Callot.

Pour subvenir à sa caisse de solidarité fraternelle, la Société des Dessinateurs Humoristes organise chaque année ime " l''ête » costumée destinée à faire

quelle puissance peut atteindre un artiste, laissé libre de courir le monde et d'y chercher des impressions; la verve et une précision jamais absente révèlent combien le même artiste doit gagner à pratiquer les maîtres tels que Lucas de Leyde. Durer et surtout Holbein, sans négliger Léonard de Vinci, dont les Grotesques enthousiasmèrent Callot....

Que de réflexions suggèrent ces planches innombrables, d'exécution magistrale, mais dépourvues de clair-obscur! Résumer en quelques lignes tout l'œuvre de Callot est tâche malaisée : il serait présomptueux d'y prétendre-. Nous nous sommes

1. Ki\. Meaume, Recherches sur la rie et les ouvrages de Jacques ('.allât. — Paris, i><53-iX6i), 1< tomes in-H°, comprenant trois parties extrêmement touftucs, avec des aperçus souvent hardis, mais d'une lecture siiiguliùreiiieiit féconde. L'ouvrage de M. Meaume, n\algré de nombreuses imperfections, est jusqu'à présciU ce que nous possédons de mieux en fait de biographie critique du grand artiste lorrain.

2. Il nous faut pourtant contribuer à ruiner la légende qui attribue à Jacques Callot bon nombre de tableaux peints à l'huile. Dessinateur et graveur, Callot ne parait pas avoir manié les pinceaux. Pour beaucoup d'historiens d'art, les œuvres mises Sf>us le nom de Jacques Callot sont de simples copies exécutées par Jacob llcusch, natif des Pavs-Bas.

revivre l'œuvre d'un artiste célèbre ou à évoquer le pittoresque d'une époque. Les années précédentes, ce fut Gavarni et son temps, puis le Joseph Prudhomme d'Henri Monnier. En cet an de grâce iqo3, nous avons eu le bal Jacques Callot où les « Humoristes » se sont efiforcés de reconstituer la Foire du Pont- Neuf avec un piquant mélange de modernisme et de tradition.

Le 17 mai dernier, le vaste hall du Casino de Paris fut transformé à cet eflfet. Quantité de baraques et de tentes ornées de peintures d'un genre très... n humoriste » avaient été disposées ici et là.

L' « ogre » Charles Léandre. l'afifable et si talentueux président de la Société, installé dans son atelier de « Croque-Vivants », croquait en quatre coups de crayon les silhouettes des gentilshommes et des manants, accourus en foule. Plus loin, Abel Truchet et Louis N'allet. banquistes improvisés, tenaient la <i Baraque de la bemme colosse et de la Naine », où leurs boniments très « montmartrois » assuraient fructueuse recette. Puis, c'était « la Poule au Pot » due à la collaboration des dessinateurs Paillard, Thévenot, Andréau et Franck.

Parmi toute cette foule de nobles seigneurs, d'hon-

nestes dames, de gentes damoiselles, de vulgaires manants, de courtauds de boutique, d'artistes, de tire-laine et de personnalités bien parisiennes, le guet, sous le commandement de ses officiers, Eugène Courboin et Armand Lévv, ne demeurait point en repos. Il allait frapper à l'huis du « Cabaret du Vin d'Anjou», tenu par les caricaturistes Poulbot, Gottlob. Moriss et llléro; il surveillait la « Tribu des Sorcières » qui se livraient aux envoûtements: il faisait la police aux entours de la « Halte des Comédiens ■■, où Mme Lubin de Beauvais, étoile de la « Truppa d'il signer l.ubini ■• i Lubin de Beauvais), obtenait un vif succès avec ses chansons anciennes. Mais bientôt on réclamait leguet pour fraver la route du pittoresque « Cortège des Bohémiens « issus des estampes de Callot. D'authentiques romanichels, engagés pour la circonstance, recueillaient force bravos avec leurs ours « bien léchés « et leurs familles d'un naturel caractéristique. Pinchon, de la Nézière, Avelot et Fraipont recevaient des félicitations méritées à tous égards. De même que M. Moreau-Vauthier, attentif à nous évoquer « les Misères de la Guerre ». ils s'appliquèrent à nous donner une reconstitution vive et animée de pages célèbres de l'artiste en l'honneur de qui la Fête était organisée.

La scène du Casino de Paris était affectée au « Tournevire », dirige par M. Anglav, Maurice Neumont et Georges Redon. Dessins, aquarelles et tableaux constituaient les lots de la tombola, et pour

cinq sols on pouvait courir la chance d'enrichir sa galerie d'un " Léandre ".d'un « Louis Morin «.d'un « Maurice Neumont ■> ou d'un « Abel Faivre ». Le gros lot, de nature rabelaisienne, consistait en... un vovage à Cvthère, parcours gratuit.

Enfin, la jolie Mlle Max Liseron, à l'enseigne de .1 A la Pierre Philosophale bien encrée », tenait débit d'éventails et tambourins signés .■\velot. Bac, Car- Ijgle, Abel Faivre, Léandre, L. Métivet, Maurice Neumont, Poulbot, Georges Redon, A. Thévenot et .\hel Truchet, dont le dos était orné d'une aimable composition de Lubin de Beauvais perpétuant le souvenir d'une soirée si réussie.

Les costumes étaient fort brillants pour la plupart et très variés, et le « chapeau Callot », feutre orné d'une plume de paon, porté obligatoirement par tout habit noir, ajoutait au pittoresque de l'ensemble.

Les personnalités connues étaient venues nombreuses. Nous citerons, au hasard de la rencontre, MM. Georges Bénédite, conservateur du Musée du Luxembourg et président d'honneur de la Société des Dessinateurs Humoristes, Paul Escudier, ancien président du Conseil municipal de Paris. Gaston (Jalmettes, directeur du Fig^iro. Paul Desachv. directeur ilu Siècle, etc.

A cinq heures et demie du mutin, il faisait grand jour et d'intrépides danseurs reclamaient une dernière valse.

CorJèges SompTu

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