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UN COURS DE COMPOSITION A L'ECOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS

M. Léon Bonnat a été nommé ces jours-ci direc-

teur de notre Ecole

La venue du nouveau directeur serat-elle le point de départ de quelques réformes dans renseignement? Aurons-nous enfin la création d'un anirs de Co inposit io ;i, cours dont l'absence est d'un illogisme inconcevable.' Il faut l'espérer.

Si invraisemblable que cela paraisse, en effet, il n'y a point, à l'École, d'enseignement pour la Composition, pour l'étude des lois qui en découlent et dont la connaissance est indispensable à tous ceux qui veulent faire œuvre de création plastique par le groupement d'éléments épars. J'entends les objections qu'on ne peut manquer de présenter :

L'affranchiss e m e n t des règles qui étouf-

Nationale des Beaux -Arts.

PORTRAIT l)£ M. LHON BONNAT A l'aGIC DE 3o ANS, PAR DEGAS

fent la personnalité. Place aux te>nperanients. au sentiment'. Si ces règles existent, elles sont formulaires; il appartient à tout artiste de les découvrir d'instinct.

L'étude personnelle de l'antique, de la nature, l'examen des musées, le travail des bibliothèques, dirigent cet instinct et permettent à l'élève doué de faire luimême son éducation et de développer ses qualités originales, en un mot, de composer en dehors des traditions. D'autre part, le professeur n'est-il pas là? Ses corrections d'esquisses ne sont-elles pas souvent prétexte à des considérations sur l'arrangement, l'effet? etc....

C'est possible, mais il faut bien avouer qu'en réalité, cette fafond'enseigner n'a aucune portéedidactique; la déduction qui s'impose de ce système serait que

tout renseignement pourrait, en définitive, se limitera des seuls aperçus généraux dont les élèves tireraient au petit bonheur, et suivant leurs aptitudes, leur bagage technique.

Or, il faut bien le dire et le rappeler, TÉcole nationale des Beaux-Arts ne doit pas avoir pour but principal de créer des artistes — on ne crée pas des artistes — mais de les éduquer, ce qui est une autre affaire. Elle doit en faire d'abord des gens de métier. Peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, doivent en sortir en possession de toutes les connaissances artistiques dont les raisons prennent leur origine dans la logique et dans la science. En ce qui concerne la Composition, il existe des ra'isons immuables, des lois permanentes que le savoir et la pensée des maîtres ont dégagées des chefs -d'icuvre et de la nature, et dont la codification n'a certes jamais rétréci le champ de vision de leur idéal. Enseignez donc ces raisons. Elles ne sont pas de simples spéculations philosophiques; elles constituent dans leur ensemble une théorie réelle : donc, les règles qui en découlent doivent faire partie d'une pédagogie qui. nous le voyons dans tous les degrés de l'enseignement moderne, est basée sur la méthode scientifique.

Comment, me dira-t-on, vous voulez emprisonner la Composition dans des règles? vous voulez appliquer des procédés scientifiques à une éducation purement artistique?

A cela, je répondrai que la science n'est pas une prison. C'est la vie elle-même. Les maîtres de tous temps y ont puisé les principes de leurs recherches.

Parmi ceux qui lui donnèrent une part dans leurs conceptions, le divin Léonard ne dédaigna pas d'en parer son génie, et ses œuvres en ont été marquées d'une grâce forte et nouvelle. Enfin, puisqu'il existe des règles concernant l'Art, il faut que les élèves les connaissent, ou l'enseignement est incomplet.

Depuis 1878, des cours nouveaux ont été introduits dans les programmes de l'École des Beaux- Arts. Ces cours ont répondu aux besoins d'un enseignement tendant à devenir de plus en plus rationnel (cours d'archéologie, d'histoire, d'esthétique, de littérature; enseignement simultané des trois arts, sculpture pratique, théories de l'architecture, etc.i. L'École possède un cours de Composition décorative. Il est utile aux architectes et aux décorateurs. Elle doit donc en posséder un de Coinyosilion artistique, absolument nécessaire aux peintres et aux sculpteurs.

Mais sous quelle forme un pareil cours peut-il être exercé.' L'Ecole elle-même peut nous l'apprendre, et ses précédents historiques nous fournirons d'intéressantes indications.

1755. — Lorsque, après des polémiques retentissantes et de successifs avatars, l'Académie Rt)vale de Peinture et de Sculpture se ressaisit et apporte dans son enseignement une méthode plus complète, les conférences alors instituées obtiennent un succès retentissant dans le monde des arts et leur portée éducatrice rayonne pendant près d'un siècle.

Tous les mois, des maîtres désignés à tour de nilo dissertent sur les chefs-d'œuvre. Professeurs et élevés

se réunissent d^ns le Cabinet du Roi, et là, une œuvre de Raphaël, de Titien, etc., est le prétexte de considérations techniques de la plus haute valeur.

Il faut consulter le texte intégral de ces conférences pour se rendre compte de l'intérêt qu'elles présentent et du réel enseignement qu'elles contiennent. C'est Le Brun parlant devant les élèves du Saint Michel de Raphaël. C'est Philippe de Champaigne prenant comme sujet la .\/i.sf au Tombeau du Titien, Sébastien Bourdon préparant une série didactique sur \a. Lumière, le Clair obscur, l'Ordonnance, série que la mort ne lui permet pas de mettre au point. Et d'autres encore, parmi lesquels Coypel. et ses aperçus ingénieux relatifs aux préceptes picturaux, Boulogne, Oudry, sur la Manière de Peindre, et surtout Testelin dans son attrayante et si complète suite sur le /)t'55n!, VE.vpression, les Proportions, la Couleur et la Composition.

Voilà donc une phalange d'artistes, de professeurs, passionnément épris de leur art, tout à la joie d'en dégager les hauts principes et de les enseigner aux élèves dans des conférences périodiques.

Et que d'aperçus ingénieux, que de préceptes ana- Ivsés et rendus substantiels pour les auditeurs! Préceptes travestis souvent par une influence d'époque, mais combien empreints de sincérité! Si le langage est parfois inférieur au point de vue littéraire, comme les démonstrations techniques en sont claires, saisissables, et profitables aux jeunes gens, qui les écoutent avidement, et les retiennent!

Cet enseignement peut donc, nous le répétons, être un exemple et une indication. L'étude de la Composition pourrait être établie sur des bases analogues, c'est-à-dire en adoptant le principe de conférences hebdomadaires sur la peinture et la sculpture.

Cette classe pourrait être confiée à des professeurs, même hors cadre, n'appartenant pas tous à l'École.

Nous avons des maîtres en quantité. Ils sauront parler des règles qui forment la base de leur art. Certes, ils n'en parleront pas en littérateurs, mais en professionnels; je suis certain que leur enseignement portera des fruits, car, on ne saurait trop l'affirmer, l'artiste est le seul qui puisse, dans un but d'éducation, parler sûrement et utilement, je ne dis pas de son art, mais de son métier.

Dans la pratique: l'étude de la composition sur de bonnes reproductions des chefs-d'œ-uvre. — Des cahiers de notes aux élèves. — Un tableau noir où le professeur indiquera par des schémas les lignes essentielles, la répartition des volumes, le caractère du mouvement général, le sens de l'exécution. — D'autre part, l'analyse d'un même sujet traité à différentes époques, les influences techniques, le métier, la recherche du style.... Bref, ce qui se fait au Conservatoire pour l'étude et l'analyse des partitions.

Tel peut être le cours de Composition. Il permettra de divulger les lois qui préoccupèrent la pensée des maîtres depuis Vinci jusqu'aux artistes modernes; elles forment un patrimoine dans lequel la jeunesse studieuse a le droit et le devoir de puiser.

P.\iii. Stkck.

Chronique Théâtrale

La saison théâtrale s'est achevée, féconde encore en nouveautés. Et ni les chaleurs brusquement venues, ni l'attentat contre Alphonse XIII, ni les courses, ni Buffalo Bill, n'ont pu détourner les Parisiens de vider leurs poches aux guichets. Heureux auteurs! Et le théâtre est une industrie qui périclite! Il taut croire que c'est exagéré....

Antoine a fini sur un spectacle qui ne casse rien, comme on dit, mais qui a eu un joli succès. La Race, de M. .lean Thorel, n'est pas une thèse sociale, et l'on a eu tort, à son propos, d'évoquer les grandioses Fossiles.

C'est une gentille comédie de mœurs, un peu surannée, mais, au théâtre, on aime assez le déjà vu. Il s'agit là du mariage entre une fille de noble et un roturier. Comme dans George Sand?

Parfaitement. Le père de l'hérome, bien entendu, vieux duc entiché de sa caste, met à la porte le manant. Celui-ci, bien st\ lé par l'auteur, — trop bien stylé, à notre avis, car cet épisode finit la pièce tout juste avant le dernier acte,

— va se faire casser la tète dans une aventure lointaine. Et le père pardonne à sa fille sur la tète de son petit-fils. Les logiciens sont mécontents. Mais les âmes sensibles applaudissent. Elles sont la majorité. La soirée s'achève en drôlerie sur une de ces alertes pochades qu'excelle à brosser Max Maurev. On est intrigué, puis on rit. C'est une recette infaillible.

A rOdéon, la Variatioiu de M. Pierre Soulaine, n'a eu qu'une brève carrière et méritait peut-être mieux. Cette histoire d'une petite danseuse et d'un commis du Crédit Lyonnais ne manquait ni de grâce spirituelle ni d'une légère émotion. Elle n'a guère porté. Pourquoi.' C'est le secret d'.Alfred Capus. Et je crois aussi que ce cadre énorme veut des pièces mouvemen-

Dapi

téeset seprète mal aux intimités. L'CXléon s'est relevé avec les Mietles, l'nc Blanche et le Portefeuille^ trois œuvres déjà éprouvées, que l'on revoit avec plaisir.

Ne parlons pas de l'aiivrc !-'ille, la pièce de Gerhardt

Hauptmann jouée à la Porte-Saint-Martin. C'est ce que nous pouvons faire de mieux. L'auteur des Tisserands, sans doute, n'a pas écrit là un chef-d'œuvre, mais son grand nom et son haut talent ne permettaient point qu'on le massacrât de manière aussi indécente. C'est un reproche tout amical que j'adresse surtout à son traducteur, homme de lettres et homme de goût.

Mentionnons plutôt un essai curieux tenté au théâtre des BatignoUes par l'excellente troupe de M. Berny. Jesseraiid jr(U((.',deM.deFaramond, n'est pas une œuvre indifférente.

Il s'v trouve un sens poétique réel, un don d'observation aigu, une connaissance évidente des mœurs provinciales. Ces qualités, par malheur, se trouvent compromises par la langue qu'adopte l'auteur, sorte de psalmodie irrégulière, à la fois sautillante et monotone. C'est le vers libre mis à la scène. L'effet n'en est pas très heureux. Cette musique peut convenir à l'expression toute lyrique d'états d'âme particuliers. Elle ne vaut rien pour détailler des conversations prosaïques. Voilà beaucoup de talent gâté par un regrettable parti pris.

Et l'on a joué Ces Messieiirs\ trop tard, avec mauvaise grâce, mais enfin on les a joués, très bien joués, car u mauvaise grâce » ne s'applique point aux acteurs. Au contraire, Mme Andrée Mégard, MM. Duménv et Calmettes ont trouvé là le grand succès qui convient à leur grand talent et aux beaux

.M.\DAMi; .\NDRI;E m F GARD

/.7 lithografliie originale de Bcllernchc.

rôles qu'ils défendaient. Je ne vous raconterai pas la pièce, que vous avez lue (ou qu'il faut lire). Mais ce que nous avons appris, c'est dans quelle belle atmosphère de sérénité artistique, d'émotion largement humaine, — toutes querelles étant oubliées, — elle se déroule d'un bout à l'autre. Les spectateurs en ont paru à la fois touchés et déçus. Voilà ce que les fortes pièces gagnent (quelquefois) à attendre. KUes perdent l'intérêt d'inédit, l'attrait douteux de la bataille, mais elles donnent, avec du recul, l'impression totale, classique, ("est bien celle que nous éprouvâmes. Et le troisième acte, impayable, dims cette

intrigue dure et âpre, a détendu, fait rire aux larmes. Beau triomphe pour Georges Ancey.

Je signalerai en terminant le spectacle coupé des Mathurins, qui eut une joyeuse fortune : la Rupture, de notre ami Nozière, est un acte fort impressionnant, le l\yjama, de Jules Râteau, une farce aimable et salée, et le Chasseur de Tigre blanc, sans être du meilleur Tristan Bernard, est une fort jolie chose encore, dont vous ou moi nous contenterions.... Bonnes vacances 1 (iAnuKi. Tuauiklx.

Chronique Musicale

Les amateurs de musique c mentjpas lieu de se plaindre Tandis que, grâce a l'initiati Société musicale, M. Astruc, nous donnait, en quatre mémorables concerts, de très belles exécutions de toutes les symphonies de Beethoven, exécutions qui eurent pour points culminants la cinquième, la septième et la neuvième, M. Risler se faisait applaudir, au Nouveau- Théâtre également, dans diverses sonates de l'auteur de Fidelio, dont le quatuor Capet nous permettait d'admirer une fois de plus, à la salle Erard, la plupart des quatuors.

De son côté ^L llahn réunissait un orchestre et des interprètes de choix pour tenter une résurrection d'intéressants fragments d'opéras de LuUi et de Rameau.

Et comme le triomphe de Gluck est toujours aussi vif à l'Opéra qu'à l'Opéra-Comique, rien ne manque à la joie des mélomanes, rien, si ce n'est peut-être l'occasion de comparer aux vieux maîtres les jeunes musiciens français, vraiment trop sacrifiés depuis quelque temps sur nos scènes subventionnées. Mais ne nous plaignons pas, dans la crainte de paraître prêcher pro domo.

Et puis, M. Carré ne nous a-t-il pas otfert ime compen-

assique n auront vraien cette fin de saison.

ve du directeur de la M. l'élix ^^'eingartncr

sation digne d'envie en nous procurant l'occasion d'acclamer à notre tour le Chérubin de notre grand Massenet qui, en mars dernier, triompha sur la scène de Monte-Carlo! Chérubin! ce nom seul devait attirer le plus féminin et le plus charmeur de nos maîtres. Et quoi d'étonnant à ce que, après avoir fait refaire de fond en comble par son auteur, aidé de .M. Henri Cain, la comédie de M. Francis de Croisset, jouée une seule fois au Théâtre-Français en répétition générale, il en ait tiré une comédie lyrique pleine de légèreté et de fantaisie! Aussi jamais la plume de l'auteur de Manon ne fut-elle plus jeune, plus alerte, plus gaie et plus habile. La partition que nous lui devons déborde de mouvement, d'esprit, de tendresse et de sensualité à fleur de peau. Le premier acte, avec ses scènes initiales sur lesquelles plane le souvenir spirituel de Mozart, est exquis d'un bout à l'autre. Le second acte est d'une musicalité et d'une pétulance peu communes.

Il contient notamment une des plus jolies choses que Massenet ait signées :

la scène nocturne entre l'Ensoleillad et Chérubin, dans laquelle les cors, les bois, et le quatuor en sourdine mettent une teinte divinement Clùhc P. Buvcr. crépusculaire et poétique. MAUY GAKDKN (chkribin) Ce qui m'a particulièrement

frappé dans le troisième acte, c'est la touchante mélodie de Nina que Mme Albert Carré chante en grande artiste avec une émotion vraiment prenante et où elle s'est niontrée tout à fait remarquable.

Mais le rôle le plus important de l'œuvre est celui confié à Mlle Mary Garden, qui a fait du personnage de Chérubin une création étincelante de vie, d'esprit et de charme et n'a pas peu contribué à l'éclat exceptionnel de la soirée.

Mme \'allandri, bien que d"une virtuosité trop timide, a eu des notes exquises dans le personnage de l'Ensoleillad.

M. Fugère ne peut jamais être que parfait. 11 n'v a pas manqué. Et quant à l'éminent chef d'orchestre Luigini, chacun sait l'admiration que j'ai depuis longtemps pour son merveilleux talent.

Chérubin étant donné au théâtre de M. Albert Carré, ce directeur magicien, est-il utile d'ajouter que sa mise en scène est un éblouissemeni:

Si Chérubin est un modèle de facture, d'habileté, d'orchestration, de musique en un mot, on en pourrait difficilement dire autant de toutes œuvres que M. Sonzogno, en Mécène digne d'éloges, nous fait entendre au théâtre Sarah-Bernhardt.

Non que ces œuvres de la jeune école italienne manquent de qualités, il s'en faut, et, dans ma précédente chronique, j'ai tâché de vous faire comprendre ce en quoi elles consistent, mais je ne crois pas qu'au point de vue de la musicalité pure elles aient rallié à Paris beaucoup d'admirateurs. Seulement, ce qu'elles ont par-dessus tout, c'est la vie et le mouvement. A ce point de vue, le premier acte de Za^a de M. Leoncavallo est un chefd'œuvre. Ohl ces allées et venues perpétuelles, celte agitation des coulisses, cette caricature funambulesque de mère d'actrice, ce régisseur épique, ces refrains de café-concert, ce tohubohu général, est-ce assez nature, est-ce assez théâtre !

Quel dommage que cet acte soit suivi d'un second bien ennuyeux 1

Heureusement le troisième renferme des scènes qui portent beau-

M"E ALBERT CARRÉ (nINa)

coup, et comme l'opéra se termine par un duo très dramatique et très à effet, le succès de M. Leoncavallo et de ses interprètes fut inconteslable.

Malgré cela, je regrette que M. Sonzogno ne nous ait pas donné, à la place de ZiJ,-j écrite sur une pièce si peu musicale, les Mcdici ou Roland de Berlin, que nous aurions eu plus d'intérêt à connaître.

(Hiant à l'interprétation de Zj^a. il faut tirer hors pair le chef d'orchestre M, f'errari, le ténor M. Garbin, et surtout Mlle Berlendi, aussi remarquable par le talent que par la beauté,

Xn reste, si l'on excepte le Barbier de Seville, qui t'ut une erreur dans cette saison italienne, toutes les représentations organisées par le grand éditeur milanais furent d'une tenue remarquable et d'un niveau d'art très élevé.

André Chenier, de M. Giordano, que M. Vizentini monta jadis supérieurement à Lvon et qui vient de réussir à Paris, continue très dignement la série. F2n effet, si Mme Tetrazzini n'a plus le médium de jadis, elle a fait montre, notamment au troisième acte, de mérites dramatiques tout à fait hors ligne. M. Bassi est égal à ce qu'il fut dans cette très belle Siberia, et

M. Sammarco est un des plus magnifiques barvtons de l'heure présente.

Les chœurs milanais sont justement célèbres dans le monde entier et personne à Paris n'ignore aujourd'hui quel admirable chef d'orchestre est M. Campanini. André Chénier tut donc présenté au public avec tous les atouts dans son jeu. Ht si les puristes ont trouvé que le livret prenait avec l'histoire des libertés trop grandes et ne nous donnait qu'une très vague idée de la Révolution française ; que la musique avait de trop fréquentes apparences d'improvisation, avec une absence trop évidente de plan et d'ordre dans la composition, ainsi qu'un choix souvent peu scrupuleux des motifs mélodiques, la plupart des auditeurs se sont laissé prendre par la jeunesse, la flamme, le sentiment, la vie qui s'épanouissent dans le cours de l'ouvrage. Le troisième acte principalement - le plus réussi de tous — et le qua-

Cluhè P. Doycr.

L'ART ET LES AlMTSTES

irième, très émouvant, les ont profondement empoi- M. Umberto Giordano est aujourd'hui célèbre en

gnés. F.t pour ma part je me réjouis de ce succès du France comme dans son pays, peut-être même plus

jeune maestro, si admirablement doué au point de qu'en Italie, où l'on n'a pas encore coutume de le

vue dramatique et dont les trois ouvrages, révélés au considérer comme le premier compositeur de la

Théâtre-Italien, indiquent un tempérament et une jeune école, nature de tout premier ordre. Grâce à M. Sonzogno, Fernand Le Boune.

L'Art dans la Mode

Un motif heureuN, adroitement répété, dans un rythme ingénieux... tous les secrets de la décoration et de l'art décoratif sont là. De tous ces motifs, quel est le plus simple, celui qui le premier vient sous le crayon : la ligne droite; de tous ces rvthmes, quel est le plus naturel : la cadence; et de toutes ces dispositions, quelle est la plus facile : le parallélisme. Voilà donc le plissé — défini et créé tout seul : une succession de lignes droiies, à distances égales; le plissé est une formule, la plus simple de la décoration.

Si l'on ajoute que le plissé a l'avantage de créer, à côté de la ligne de lumière vive qu'est l'arête de l'étoffe, la zone ombrée jusqu'au noir qu'est la profondeur du pli, si l'on pense encore que le plissé donne au tissu de l'ampleur et de la souplesse, on verra quel parti on peut tirer de cette ornementation de l'étoffe.

Le plissé est encore souple en toute son étendue; il permet les ondulations dans le sens de ses lignes et le développement dans celui de son ampleur; il a quelque chose de musical dans ses respirations, comme la poche d'un accordéon silencieux; du reste, il a pris à cet instrument son nom comme son symbole; il allonge la femme de tout l'élancement de ses plis. Sous le plissé, la forme délicieuse d'un corps souple ne disparaît pas, elle n'est emprisonnée dans aucune raideur; l'ondulation d'une hanche, le rythme d'une jambe donne au plissé une vie cadencée, et le modelé du corps coupe les mille lignes droites en méplats séduisants; puis le plissé se fait d'ordinaire d'étoffes souples qui n'arrêtent même pas entièrement la vue, et permet au

contraire de deviner ce qu'il ombre. Aussi combien de fois est-il revenu, combien de fois reviendra-t-il à la mode ce plissé souple et coquet 1 II n'a jamais délaissé les sauts-de-lit, les robes d'intérieur, mais

LA SAMARITAINE 'J'ablcju de L. Cranacli.

parfois aussi il franchit le seuil de la porte et triomphe dans la rue, soit que de sa traîne il la balaye, soit qu'il nargue le pavé de la hauteur de la trotteuse.

Le plissé, c'est toute la femme; comme elle, il est onduleux et déformable sous un aspect droit et rigide; comme elle, il reprend sa ligne sitôt que plus rien ne le froisse ou le déforme. Avec lui le corps de la femme est une ébauche harmonieuse que la main peut achever à sa guise ; comme la femme, il est toujours de mode, et règne toujours auprès du fover; il laisse deviner tout ce qu'il cache.

C'est pour cela sans doute qu'il est vieux comme elle, et comme elle éternellement jeime et affiné : ne le voyons-nous pas également porté par la reine Napirasou, qui vécut seize siècles avant notre ère, tout aussi bien que par la gracieuse Mlle Marthe Régnier, au Gymnase!

L'antique reine de Suse semble avoir commandé sa robe chez Paquin ouRedfern; elle eût été de mode il y a quelques années avec son volant en forme, elle l'est presque encore avec les basques de sa jaquette Louis X\'.

La Samaritaine de Cranach, elle aussi, s'est olTcrt une robe d'étolTe plissée, mais, comme il seyait a cette sainte personne, elle n'a pris qu'une petite jupe plissée accordéon, qui sent sa confection et semble sortir de ses propres magasins.

Comment faisait-on à cette époque pour plisser les étoffes, comment obtenait-on la régularité de ces

Cliché Rcutlinger.

M'-'-'- MARTHi; RICGXIER

cannelures souples.- Etait-ce déjà comme aujourd'hui avec des règles de métal, des fers chauds, des apprêts et des gommes, possédait-on déjà des cvlindres cannelés, des laminoirs à longues dents, capables de friper harmonieusement et régulièrement l'étofTe entre leurs lèvres serrées? La régularité de ces plissés permet qu'on le suppose. Avait-on inventé la mystérieuse machine, — brevetée s'il vous plait! — qui fait les plissés soleil, ces plissés que Réjane affectionne et qui, c'est de là que \ient leur nom, vont de l'étroit au plus large comme un soleil épanouit ses ravons.- Faisait-on au contraire, à la main, comme cela se pratique encore de nos jours, grâce à l'habileté prodigieuse des doigts de la femme, de ces doigts de fée, les petits plis coquets et réguliers, couchés parallèlement les uns à cc'ité des autres comme une série continue de jumeaux dans leur lit?... En tous cas, si machines et brevets sont récents, la coquetterie et la parure féminines furent de tous les temps, et dans ces bibelots de la femme rien n'est nouveau sous le soleil, même pas le plissé qui en porte le nom.

Lu.IA RoBERTS.

Cllilic Pissjrro.

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