‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 104 sur 125 · EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

EN BELGIQUE

Une occasion c\ccpuonncllc s'oll'ic, cellc r.nncc. il'c-tudier l'art belge, dans le présent et dans le passe, et de rechercher comment celui-ci, à travers le temps, demeure intimement lie à celui-là. Je vous ai énuméré déjà les expositions que verra la Belgique cet été : les Arts Anciens de Bruxelles, l'œuvre de Jordaens, l'Exposition rétrospective de l'Art belge au XIX' siècle, la section des Eeaux-Arts à Liège, l'exposition I.eys et De Braekeleer à Ar.vers.

Les deux premières sont ouvertes.

A Liège, vous le savez, il n'y a pas que de l'art belye. La France, notamment, occupe dans la section des Beaux-Arts une très large place; Fart français, dans des salles aménagées avec un goût délicat et décorées de frises en lesquelles Mlles A. Delasalle et C. Dufau, et M.M. .1. Adler, Noël Bouton, René Lalique, Gaston Latouche, A. Lepère, Georges Picard et Kmile Wéry évoquent leur pays et créent aux œuvres exposées une atmosphère adéquate, l'art français est très complètement représenté par des œuvres choisies de l'antin-Latour, de Renoir, de Sislev, de Carrière, de Lucien Simon, de Ménard, de l'ointelin, de Lerolle, de Caro-Delvaille, par la Femme couchée et par la Cariatide de Rodin, par un fragment du Monument aux Morts de Bartholomé, et par des œuvres de la plupart des maîtres contemporains, depuis les plus sages jusqu'aux plus hardis.

Mon rôle ne consiste point à découvrir ce compartiment français, dont la plupart des envois vous sont

EUG. LAERMANS — Lii retour des champs

connus, comme le sont aussi, pour ceux qui suivent les Salons de Paris, la presque totalité des toiles exposées dans le compartiment des Etats-Unis : la Danseuse, d'Alfred Maurer, les Melchers, les Pearce, les Dannat, toutes ces choses savoureuses en lesquelles se lisent si curieusement et la rudesse de l'origine et la distinction de l'influence française.

Je dois vous parler de l'art belge. Aussi bien pourrait-on malaisément juger avec équité des autres écoles représentées à l'Exposition de façon un peu sommaire : l'Allemagne a un Leibl de second ordre, un Lenbach, un beau Von Barthels, un Trùbner, et beaucoup de grandiloquentes imitations de Boecklin. La Hollande montre un beau Breitner, de W. Maris, de H. \\'. Mesdag, et de Gabriel des œuvres peu saillantes; un Rink très délicat, et deux intérieurs d'églises chaudement lumineux de J. Snoeck. L'Espagne ne montre qu'une vingtaine de toiles, parmi lesquelles une seule, de Fernando Alvarez Sotomayor : Orphée attaqué par des Bacchantes, est remarquable pour sa belle allure décorative.

La section belge ne compte que des œuvres d'artistes vivants. On a fait une seule exception : pour Alfred "Verwée. Les artistes décédés — ceux du XIX" siècle — seront représentés à l'Exposition rétrospective qui s'ouvrira en juillet à Bruxelles. Et l'on pourra alors se faire une idée de l'ensemble de la production de l'école belge depuis cent' ans et comparer les œuvres d'aujourd'hui à celles d'hier, se rendre compte de l'évolution accomplie. Déjà, l'Exposition de [,iège et celles de Leys et De Braekeleer à Anvers permettent d'intéressants rapprochements.

On peut constater que, malgré des dill'érences de vision, la conception de l'art ne s'est point modifiée chez les peintres flamands depuis cinquante ans : c'est, avec des variétés de nuances, toujours la même sensibilité. L'école n'a connu qu'une heure de médiocrité : celle du romantisme, parce que celui-ci assignait à l'art un but absolument opposé aux aspirations de la race.

Les peintres tlamands sont réalisies. Ils le sont même lorsqu'ils veulent exprimer la grandeur d'ime ulce: qu'ils cherchent le caractère, l'expression, le style, la noblesse, c'est toujours dans de la réalité forte qu'ils inscriront tout cela, dans de la réalité complètement évoquée : rien, à leurs yeux, n'étant

de la beauté accessoire, l.a ri;union des œuvres de Leys est, à ce point de vue, extraordinairenient édifiante. Leys, qui tut un des grands peintres du siècle dernier, qui triompha à l'Exposition de l'aris de i853 où la médaille d'honneur lui fut attribuée, Leys, qui renouvela la peinture d'histoire et produisit notamment les imposantes fresques de l'Hôtel de Ville d'Anvers, Leys était préoccupé d'expression profonde, d'élévation, avait l'ambition de ressusciter l'atmosphère du passé. Il a réussi à faire tout cela, mais seulement lorsque, cessant de subir l'influence des romantiques de son temps et celle du génie de Rembrandt, il est retourné aux traditions de l'art flamand et à celles presque identiques de l'art hollandais, lorsqu'il s'est mis à étudier les primitifs flamands qui balbutiaient le réalisme, les Hollandais de la Renaissance qui, hardiment, le célébraient. Admirablement, Leys montre que pour être puissant, pour avoir une éloquence, il faut cultiver, quoi qu'on veuille dire, les qualités de sa race. Ses premières œuvres étaient de la peinture d'histoire assez froide, de vagues évocations de l'humanité du passé, impressionnantes, certes, par la lumière mvstérieuse, belles par le velouté de la matière, mais sans réelle émotion, surtout sans cette noblesse grave, impérieuse, somptueuse et farouche que le peintre imprime à son art un peu plus tard. Or, cette noblesse surgit dans ses œuvres, en même temps que l'artiste entoure ses figures, — ces merveilleuses figures en lesquelles vit la dominatrice rudesse des portraits de Fouquet ou de Memling, avec des gestes plus conscients, — de la splendeur des choses étudiées et fixées avec ferveur. La matière opulente de ces choses, dont l'expression est éternelle et qui fait les décors de notre vie comme elles firent ceux de la vie passée, rend l'évocation de celle-ci plus sensible à nos veux. Et, ainsi, l'évolution et la puissance grandissantes de l'art de Leys disent admirablement l'esprit d'une race pour laquelle tout, même l'expression la plus élevée, la plus pure, — celle par exemple de la michelangesque figure de femme de la fresque de la salle à manger, — est inséparable des matérialités, enveloppant toujours la vie humaine de splendeurs inertes qui la montrent souveraine.

Henry De Braekeleer, neveu et élève de Leys, dont l'art intimiste parait profondement ditférent de celui de son maitre, est animé pourtant du même esprit, des mêmes enthousiasmes. Dans les logis somptueux ou humbles qu'il peint, — vieilles demeures seigneuriales, vieilles boutiques et vieux cabarets d'Anvers, — c'est aussi le réalisme fervent qui l'inspire. Comme Leys étudiait patiemment, en de nombreuses esquisses, le mur d'une église sur le fond de briques rouges duquel devaient, dans l'œuvre méditée, se détacher les personnages, comme il peignait avec une volupté complaisante l'étoffe enveloppant une austère figure. De Braekeleer caresse, autour des humbles, des silencieuses vies qu'il veut héroïser, les plus banales, les plus modestes choses; avec passion, il pèse leur matière et fait resplendir leurs couleurs dans des magies de lumière discrète. Et ce sont elles, ce sont les soyeuses étoffes déposées sur

une chaise, à côté de la Ménagère, ce sont les cuirs dorés de la Maison hydraulique, ce sont les pierres des édifices du fond de VHominc à la fenêtre qui, par leur consistance, leur forme, leur poids et l'éclat sombre de leur couleur, font sensibles, par les relations, la fluidité et la subtilité de l'enveloppante lumière, et donnent aux personnages qui régnent sur elles quelque chose d'indéfinissablement émouvant, de cette émotion qui grandit si singulièrement les figures de Vermeer de Delft.

C'est la matière, c'est le respect de ses plus humbles formes, l'habitude de se rappeler toujours que toutes les impressions viennent d'elle, que la lumière n'est vibrante que parce qu'elle les caresse, c'est cela qui fait la puissance et la noble beauté de De Braekeleer et de Levs.

Cette ferveur fut toujours celle des artistes flamands. Et c'est elle encore qui les guide aujourd'hui. On peut s'en rendre compte au compartiment belge de la section des Beaux-Arts, à Liège. Elle domine les paysages peuplés de bêtes épiques de Verwée, les voluptueuses images de femmes, de chair et de soie, d'Alfred Stevens, les paysages de Franz Courtens et de Heymans où la lumière éclatante ou délicate enveloppe les formes sans diminuer leur vigueur, ceux de Gilsoul, de Claus, ceux de Baertsoen, de Mathieu, d'Apol, les marines de Hens et de Marcette, les natures mortes de "Verhaeren et d'Ensor, les figures de Levêque, de Verheyden, de Gouv.'eloos, de Jakob Smits, de Frédéric, de Van Holder, de Van Zevenberghen, de Blieck, de Bastien, de Vloors, d'Hermann Courtens, de Louis Cambier, de Melsen, de Thomas, de Morren, d'OleiTe, de Vaes, et celles mêmes d'idéalistes comme .lean Delville et Motte, soucieux, dans leurs œuvres très pures, de forme complète.

Chez tous, à des degrés divers, se manifeste la joie de regarder toutes choses, de voir partout de la beauté, d'en voir en tout ce qui offre des aspects concrets. Tout est digne d'être admiré, tout ce qui est vu par un œil sensible dégage de l'émotion : il y en a dans les fleurs et les objets de toiletle féminine si délicatement et vigoureusement peints par Mlle Alice Ronner, dans ces ardentes natures mortes d'Alfred Verhaeren, dans ces deux œuvres magistrales de JanStobbaerts, la Cuisine d'une Zoolàtre et la Boucherie, — les deux toiles parurent à Paris en 1900, — où la matière dit vraiment de la souffrance et de la joie paisible; il v en a, de profonde, de tragique, dans le Retour des Champs d'Eugène Laermans, où passent les frémissements des instincts et les frissons de la misère en la formidable harmonie de couleur de choses banales donnant de la joie quand même.

La section de sculpture compte peu d'œuvres nouvelles importantes. Il y a, cependant, un groupe de Jef Lambeaux : la Joie, superbe de mouvement et sur lequel la lumière est admirablement distribuée; il V a le groupe d'Egide Rombaux : les Filles de Satan : trois merveilleuses figures de femmes, d'une

nerveuse vigueur, d'une distinction saine. Mais la sculpture belge n'est pas très largement représentée.

Les deux grands sculpteurs belges morts récemment, Julien Dillens et Constantin Meunier, occuperont une place importante àl'Lxposition rétrospective de Bruxelles. On verra là notamment, dans son ensemble, la Glorification du Travail, la dernière grande œuvre de Meunier. On verra également des salles consacrées à Leys et à De Brackeler, à Félicien Rops, à Charles de Groux, à \'er\vée, à Joseph Stevens, à Boulenger, à Agneessens, à tous les maîtres disparus.

Nous aurons aussi une sorte d'exposition de la sculpture belge d'aujourd'hui lorsque sera inaugurée, en septembre, l'arcade monumentale du Cinquantenaire, construite par le Roi et dont les plans sont de AL Girault, l'architecte du Petit-Palais. Cette arcade

sera ornée d'une trentaine de groupes et de figures qui ont été commandés aux artistes belges.

On pourra donc cette année apprécier dans son ensemble la production artistique de la Belgique. Dans un seul domaine, il ne sera pas possible de se rendre compte de ce que nos artistes peuvent donner. On ne verra, en etTet, presque pas de grande peinture décorative. Depuis les fresques de Leys, on n'a rien fait. On n'a rien fait parce que les artistes qui pourraient créer dans ce domaine : Fabry, Lévêque, Ciamberlani, Delville, Montald, Motte, n'ont jamais obtenu une commande importante. Fabry, qui a peint de merveilleux panneaux pour la villa du sculpteur Wolfers, et Ciamberlani, ont, au pavillon du Congo, à Liège, deux grandes compositions fort belles, mais qu'ils n'ont put exécuter comme ils l'eussent voulu, n'ayant eu que trois mois pour concevoir et réaliser leur œuvre.

Gustave Vanzvpe.

Dans l'Allemagne du Nord

Deux grandes expositions ont lieu pour le moment à Berlin. La Sécession de la capitale allemande, a maintenant une maison qui lui appartient en propre, Utie maison splendide en plein quartier W. (Ouest), le plus riche de la ville. L'architecte Jaùtchuss l'a construite dans un style simple avec des « nuances » d'un goût plus baroque. Elle se compose d'une grande salle centrale. Huit salles plus petites servent aux expositions. Elles sont très hautes, très claires. Les murs sont peints en couleurs discrètes : bleu gris, vert mat, brun clair, vieux rouge. C'est un palais d'art tout à fait moderne, et qui contient, hors les salles de conférences, du secrétariat, des garde-robes, une annexe dans laquelle s'est installé un café très élégant.

La Sécession inaugurait son « home « par une exposition de l'Alliance des Artistes allemands (Deutsche Kunstlcrbund). C'est la deuxième de cette union des artistes d'avant-garde de tous les centres d'art allemands. Le président de l'Alliance, le peintre distingué comte Léopold Kalchreuth, fit un petit speech, et ce fut là toute la solennité. On sait d'ailleurs que les révolutionnaires de l'art ne sont pas en faveur auprès de Guillaume IL Quant au monde officiel, il forme son goût sur celui de l'empereur. L'exposition de .Munich en i<)04, la première du Kunstlcrbund, avait causé quelque peu de désillusion. La deuxième, à Berlin, est mieux organisée et donne une impression très forte de l'art moderne en Allemagne. A part un tableau de Ham Thomas, représentant l'artiste luimême menacé par la mort, et qui date de l'année i<S7.^, on ne voit que des œuvres récentes, des séries de tableaux de Max Liebermann, Trubner, Ludivis von Ho/manu, l'artiste de Weimar, d'un coloris si joyeux et si franc, de Leistikovv, Slevogt, Hubner,

Uhde, Stuck, Habermann, Keller, Landenberger, Erler, Putz, Heine, Overbeck, Klimt, et Moll de Vienne, etc., enfin de Max Klinger. En sculpture, on remarque un lion monumental d'Auguste Gaul, une u Eros » de Klimsch, et quelques œuvres intéressantes. Le « Kunstlerbund » a donné cette année déjà des « bourses de voyage », et il met à la disposition de ses membres des ateliers magnifiques à Florence.

La Grosse Berliner Kunstausstellung est la seconde exposition de l'art officiel allemand. On v remarque de grandes toiles historiques. On en voit aussi de plus petites et qui sont néanmoins intéressantes. Tout d'abord ce sont deux portraits, dont un du prince de Bismarck, peint par le regretté Lenbach. On admire, à côté des pavsages de Detmann, les Jardins de Sans-Souci de Schlichting,/'£'.s/i!OH de Schuch, le Dôme de Schlabitz, le Pont de Bracht, le grand portrait plein air, acheté au Salon de 1904 par l'État français et envoyé à l'Exposition de Berlin, de Félix Borchardt, etc.

Au Kunstverein de Leipzig, le succès a été très grand pour l'Exposition de Gravures et Lithographies en couleur de peintres français. Au Salon del Vecchio, on a beaucoup admiré la grande collection des œuvres du prince TroubetzkoV, qui avait été l'une des attractions les plus sensationnelles du Salon d'Automne, à Paris. Munich a fait de juin à août, dans VOrangerie, une exposition importante de Jeunes. Dresde enfin, le vieux centre d'art du royaume de .^axe, prépare pour ]i|ii<i une grande exposition de l'Art dans l'Industrie. Nous y verrons en outre une exposition des œuvres de tous les artistes saxons, malheureusement si dispersés, et qu'on rassemblera la pour la première fois sous les yeux du public. On commencera bientôt avec la construction d'une

« Maison d'Artistes " iKunstlerhaus). élevée d'après les plans de l'architecte Schleinitz. La vie corporative des peintres allemands est très intense dans ces villes d'art.

Pour honorer la mémoire d'Ostvald Achcnbjcii, de son grand maître mort récemment, la ville de Dusseldorf ouvre une exposition rétrospective de ses œuvres. Elles représentent un labeur acharné de soixante-cinq années. Les cent meilleures toiles du célèbre paysagiste sont réunies là. On y admire la villa d'Esté, Torre-del-Greco, les montagnes de la Suisse, les plaines de l'Allemagne du Sud, etc....

On regrette beaucoup en Allemagne la mort d'un jeune graveur, d'un vigoureux portraitiste, de W'ilhelui Riibjcb. mort à Berlin à l'âge de trente-cinq ans. Ses dernières œuvres étaient un n Shakespeare « et des gravures en grandeur naturelle du « Vieux Rabbin » de Rembrandt et du « Bismarck i' de Lenbach. La jeune veuve de l'artiste est une tille de l'actrice célèbre Niemann-Raabe.

Frit^ Schape>\ sculpteur remarquable, est l'auteur d'une statue en marbre du meilleur goût que l'Alle-

magne tout entière a érigée à Wiesbaden à son grand romancier Gustave Freytag, au poète des « Ancêtres », de « Doit et Avoir », etc.

Le Musée Empereur-Frédéric, à Berlin, est l'acquéreur du tapis fait à la uiain le plus aucien et le plus grand qu'où connaisse. Ce tapis était en possession de Théodore Graf, à Vienne, et décorait autrefois la mosquée du Morchi-ed-din à Salihije, faubourg de Damas; il date du commencement du xni" siècle, est entièrement fait de coton et montre de belles couleurs et de remarquables dessins.

On demande un conservateur de niusée et un pompier à Aix-la-Chapelle. Le magistrat de cette ville offre dans les journaux, pour la place du conservateur de musée (on exige du titulaire des études complètes en sciences et en art), des appointements annuels débutant par i5<ii> francs, et pouvant s'élever à 2000 francs. Au pompier, logé et habille, on offre des appointements commençant à looo francs et montant jusqu'à i.îoc) francs.... Qui ne voudrait devenir pompier 1

Roland.

Causerie Sportive

Les événements sportifs du mois dernier ont été dénués d'intérêt — le mauvais temps, presque le froid en étant cause. Je n'en dirai pas autant de la période qui va du i3 mai au 5 juin, où le chroniqueur a toutes les peines du monde à conserver en quelques lignes la multiplicité des comptes rendus de sports.

Commençons par le vachting qui est de tous le moins connu ou plutôt le moins pratique, en tout cas à l'ordre du jour; tout le monde en parle, mais peu le comprennent et sans cependant faire ici une campagne en sa faveur, il me semble qu'on use d'injustice envers lui. Le yachting fait des constructeurs de navires éclairés, des marins hardis et permet au profane en peu de temps de devenir l'un et l'aiure. Donc le yachting vient d'avoir deux manifestations tout à fait intéressantes. La première, dont nous ayons déjà parlé, la coupe Alger-Toulon pour les canots automobiles et qui a prouvé qu'il ne suffisait pas de faire d'^s moteurs et des mécaniciens, mais que pour une se.^blable aventure il fallait des bateaux et des marins; la seconde, c'est la coupe de l'Océan offerte par l'empereur Guillaume II, aux navires traversant l'Atlantique de New- York au cap Lizard avec le simple appareil de leurs voiles. Un navire américain, 1' n Atlantic » paraît avoir remporté le trophée, accomplissant en treize jours un parcours de près de trois mille milles, ce qui est un résultat merveilleux.

Les courses de chevaux sont à leur apogée : le prix de Diane, le Jockey-Club et le Derby d'Epsom. L'écurie Veil-Picard, favorisée, a remporté le premier avec Clyde. Les chevaux de M. E. Blanc,

atteints, au moment de la suprême bataille, de bronchites malencontreuses, ont dû abandonner la partie pour le second, et M. Ephrussi a remporté avec « Finasseur » le Derbv de Chantillv. M. Blanc, obligé de retirer du Derby d'Epsom « Adam » et « Val-d'Or » par suite de leur état de santé, a confié à « Jardy » le soin de défendre les couleurs françaises en Angleterre. Le cheval, en assez mauvais état lui-même, n'a pu prendre que la seconde place derrière le favori i< Cicero ». Nous avons perdu là une occasion exceptionnelle de remporter en France le « blue riband ».

Les voitures destinées à la Coupe Gordon Bennett continuent leurs essais. Le parcours du circuit de l'Auvergne leur a cependant été interdit au train de course par suite de nombreux accidents. Mais, cependant, tous sont là, faisant bourgeoisement du 3o à l'heure pour expérimenter les accidents nombreux de la route.

Le tour de France en motocyclette a été un triomphe pour la maison Peugeot, qui a fourni le gagnant, le second et le quatrième. Peu de jours après se courait la course Bordeaux-Paris à bicyclette. C'est presque de l'art rétrospectif. Néanmoins, Aucouturier, Pottier, Augereaux et autres ont fait preuve d'une réelle endurance, et un nombreux public les attendait à leur arrivée à Ville-d'Avray. Nous allons avoir le grand Steeple-Chase d'Auteuil, le Grand Prix de Paris à Longchamps, et une série de manifestations sportives de toute sorte. C'est la saison. Demandons le soleil et le beau temps limpide : ils sont en cette occurrence les meilleurs facteurs du succès. Kergoz.

Nécrologie

M. Scellier de Oisors. — Ancien prix de Rome, architecte du Luxembourg, inspecteur général des bâtiments civils et des palais nationaux, professeur à l'École des Beaux-Arts, vice-président de la Société des Artistes Français, officier de la Légion d'honneur, mort à l'âge de soixante et un ans.

Le Baron Alphonse de Rothschild. — Un deuil pour la finance, un deuil pour l'Institut, un deuil pour Ferrières, un deuil presque universel, et en particulier — cela nous intéresse vivement — un deuil pour les artistes.

Qui continuera celte inépuisable série d'achats faits tous les ans aux Salons, achats judicieux par la qualité des œuvres acquises, par le mérite des artistes encouragés, par la situation pécuniaire des jeunes réconfortés.'

Deuil aussi pour le Louvre, auquel il ofTrit tant de merveilles inestimables, pour toutes les Sociétés d'art dont il était, qu'il aidaitdeses ressources inépuisables, et tout autant de ses conseils précieux et instruits.

Cet esprit éclairé, cette âme de tin connaisseur, ce cœur généreux, c'étaient ses titres, — titres que nul ne discuta, à l'Institut, qui lui ouvrit ses portes, — c'étaient également des titres excellents pour que nous regrettions aussi cette mort trop hâtive.

Paul Dubois. — Bien que son art fût sévère, sa personnalité grave et réservée, son existence discrète et exempte de puffisme, l'ancien directeur de l'École des Beaux-Arts avait cependant connu la célébrité publique à cause de son Chanteur florentin qui eut comme le Mojart enfant de Barrias la consécration de Barbedienne, à cause de son Tombeau de Lamorici'ere aux quatres figures d'angles adoptées pour la réduction en bronze, à cause de son groupe Alsace- Lorraine, d'une intension accessible à la foule.

Sa peinture, sobre et classique, attira moins l'attention de Tout-le-Monde. peu connaisseur en art; elle était cependant plus personnelle que sa sculpture, en laquelle on constate les influences subies pendant son séjour en Italie.

Les Livres

Notre collaborateur Camille Mauclair vient de faire paraître chez Fasquelle, sous ce titre de : Watteau à Whistler, vingt et une critiques d'art du plus haut intérêt et d'une conception inattendue. On retrouve dans ces pages alertes toutes les qualités qui ont fait de Mauclair à la fois l'un de nos littérateurs les plus aimés et de nos critiques les plus avisés. Vues nouvelles, curieuses, vivantes, spirituelles, réflexions précises, justes, imagées. Cette critique sans banalité, sans redites, a l'intérêt du conte; le stvle lui-même a des allures de rêve: et c'est un nouveau succès qiii attend ce précieux volume.

Nos lecteurs connaissent Edouard .\ndré, notre collaborateur; ils ont pu, dans le numéro précédent, apprécier la façon dont en quelques pages il a su présenter un Callot intéressant.

Swebach-Desfontaine, pour être moins connu que le grand Callot. n'en est pas moins curieux, et comme le maître Nancéen il est précieux à consulter en tant que peintre de mœurs.

Ses toiles, ses dessins, sont une documentation précise et charmante des costumes, des attitudes, des mœurs de cette époque si captivante qui comprend la Révolution et l'Empire.

La brochure d'art extraite de la Galette des Beaux- Arts et éditée chez Rapilly par M. Ed. André est un document de premier ordre dont nous regrettons seulement le petit nombre d'exemplaires, car ce n'est pas cent personnes qu'elle intéresse, mais tous ceux qui s'occupent des choses intellectuelles.

Une toute petite Revue, petite comme une pierre précieuse, — la Rkvue des Arts Bibliographiques, fait paraitre son numéro trimestriel, à la Maison du Livre. — imprimé délicieusement sur du papier de luxe, elle contient parmi d'excellents renseignements, un article de Séverine sur .leanne iMarni. et de fort belles pages de Camille Mauclair sur Renan.

Avec une préface de notre collaborateur Gustave Geflfroy, parait le premier fascicule des Cahiers d'Art et de Littérature, consacré à la critique des trois Salons.

M. Jean Ajalbert a réuni sous ce titre : Une Enquête sur les droits de l'Artiste, une centaine de lettres du plus haut intérêt signées de nos premiers maîtres et relatives à cette question palpitante. (Paris, Stock, édit.l

Dans ce stvle chaud et coloré que nous avons si souvent apprécié, Camille Lemonnier nous présente un maitre de son pays, Henri de Braekei.eer, peintre de la lumière, dont l'œuvre vient d'être réuni, en hommage posthume, au Musée des Beaux-Arts d'Anvers. Lemonnier aime la peinture, il sait la juger et en parler. Son style aussi est plein de couleur et de touches, il est d'un impressionnisme fait pour dire comme il faut ce qu'il faut dire d'un tel peintre.

Échos des Arts

M. Armand Dayot, directeur-fondateur de la Revue l'Art et les Artistes, est nommé de droit membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts.

M. Besnard est nommé membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts en remplacement de M. Roll, devenu membre de droit dudit Conseil, en qualité de président de la Société Nationale.

Après Meissonier, après Puvis de Chavannes, après Carolus Duran, Roll a été choisi pour continuer à mener au succès la Société Nationale des Beaux- Arts fondée en 1890, Salon de gauche qui a lui-même motivé le Salon d'Automne. Le peintre des Joies de Li vie et de /j Jeunesse en rose, dont on admire à l'Hôtel de Ville de Paris et au palais de Versailles les grandes toiles toutes vibrantes d'une intensité de vie, était désigné à cette présidence et par la haïUe valeur de l'œuve du peintre et par la sympathie que l'homme, affable et cordial, inspire à tous.

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Par arrêté en date du 29 mai 190?, pris en conformité de l'article 2 du décret du 23 janvier i()o3. et sur l'avis émis par l'assemblée des professeurs de l'École nationale des Beaux-Arts, M. Coutan, membre de l'Institut, professeur, chef d'atelier de sculpture à ladite école, a été désigné pour faire partie du Conseil supérieur de l'Enseignement des Beaux-Arts au titre de délégué des professeurs, chef d'atelier de sculpture, en remplacement de M. Barrias, décédé.

Par arrêté en date du 29 mai 1905, pris en conformité de l'article 2 du décret du 23 janvier ii)o3, et sur l'avis émis par l'assemblée des professeurs de l'Ecole nationale des Beaux-Arts, M. Hugues, professeur de modelage au cours du soir de ladite école, a été désigné pour faire partie du Conseil supérieur de l'Enseignement des Beaux-Arts, au titre de délégué des professeurs de modelage au cours du soir, en remplacement de M. Coutan, nommé professeur, chef d'atelier de sculpture, et qui faisait précédemment partie du même Conseil au titre de délégué des professeurs de modelage aux cours du soir.

Par décret, en date du 23 mai 1905, rendu sur le rapport du Ministre de l'Instruction publique des Beaux-Arts et des Cultes, le vice-recteur de l'Académie de Paris est membre de droit du Conseil supérieur des Beaux-Arts.

L'Académie française vient d'élire, à la place de M. Eugène Guillaume, M. Lami, l'un des écrivains les plus sérieux et les plus délicats de ce temps-ci.

M. deorges Lafenestre, conservateur au Musée du Louvre, membre de l'institiu, collaborateur et ami de notre Revue, est nommé professeur d'esthétique au Collège de Erance.

M. Gabriel Fauré est nommé directeur du Conservatoire.

L'Académie des Beaux-Arts a élu le statuaire M. Injalbert en remplacement de Jules Thomas, par ic( voix sur 33, en concurrence avec MM. Saint- Marceaux et I. Gardet.

Dans sa séance du .=1 juin 1 905, le Conseil supérieur des Beaux-Arts présidé par M. Dujardin-Beaumetz a attribué :

Le prix national du Salon à M. Zo (voir notre n" 2 consacré au Salon) par 29 voix ccmtre 23 à M. Hoflbauer et 4 à M. Grau.

Les trois bourses de voyage pour la peinture à M. Charpentier, M. Blanquette, Mlle Delorme.

Les trois bourses de voyage pour la sculpture à MM. Harrv, Perrault, Lenoir et Descatoire.

Les deux bourses de voyage pour l'architecture à MM. Despeyroux et (Coutan.

Paris. — Sociétéd' Encouragement à l'Art et à l'Industrie. — Il est ouvert, par la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, sous le patronage du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, entre les élèves français des écoles de dessin, des beaux-arts, d'art décoratif et d'art industriel, à l'exclusion des établissements situés dans le département de la Seine, un concours pour l'obtention d'une bourse d'apprentissage dans une industrie d'art.

Cette bourse, d'une valeur annuelle de 1200 francs, sera servie pendant trois ans, à partir du i" janvier 1906, au lauréat du concours, qui prendra le titre de pupille de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, et sera soumis à la surveillance de l'Association, au double point de vue de la conduite et du travail.

Chaque école présentera trois candidats au plus. Pour pouvoir concourir, ces derniers devront être âgés de moins de seize ans au i" janvier 1906 et fournir la preuve que, depuis un an au minimum, ils habitent hors du département de la Seine et qu'ils fréquentent assidûment, depuis la même époque, une des écoles ci-dessus désignées.

On peut se procurer le programme complet au sous-secrétariat d'État des Beaux-Arts, 3, rue de Valois.

•».'1h Peintres et Sculpteurs a eu lieu sous

la présidence de ^L Dujardin-Beaumetz.

A l'issue du banquet fctant le succès considérable de l'Exposition de la Société des Peintres de Montagne, sous le patronage du Club Alpin Français, M. Dujardin-beaumetz, qui présidait, a remis les palmes à M. Henri Cuénot, secrétaire général de la Société et du Chili Alpin.

L'an prochain, ce sera — nous l'espérons — h' tour du si sympathique secrétaire adjoint, M. Kauul de Clcrmont.

FERXAND NLMLLAl'D. — le cortkge di' roi d'kspagnf,

SIR LE PARVIS DE l'hOTEL DE VILLE i?I M

lAl II)OD

Le mercredi, 3i mai, le cortège du roi d'Espagne se déployait sur le parvis de l'Hôtel de Ville; l'excellent peintre l'ernand Maillaud, présent à la scène, oubhant un instant ses sujets berrichons dans l'interprétation desquels il excelle, ainsi qu'on put le voir, cet hiver, chez Georges Petit, brossa hâtivement une pochade d'un mouvement si vivant, qu'elle restera comme un curieux document artistique se rattachant au passage du roi d'Espagne à Paris.

Nous sommes heureux de l'offrir à nos lecteurs quoiqu'elle soit ici dépouillée malheureusement d'une de ses qualités essentielles : la couleur.

Le lundi 29 mai, dans la matinée, le Président de la République inaugura officiellement le Musée des Arts Décoratifs, en présence de M. Georges Berger, membre de l'Institut, député de Paris et président de l'Union centrale des Arts Décoratifs. Le Musée sera ouvert tous les jours, du i5 avril au I" octobre de dix heures du matin à cinq heures du soir et du i" octobre au i3 avril de 10 heures du matin à quatre du soir (le lundi à partir de midi seulement).

Tous les jours sauf le dimanche où l'entrée est gratuite, il est perçu i franc par personne. Les recettes sont intégralement consacrées à l'entretien, au développement, à l'enrichissement des collections.

La Société des Artistes Indépendants a, dans sa dernière assemblée générale, émis un vœu pressant en faveur de la conservation des Serres du Cours-la- Reine, absolument indispensables à nombre de manifestations intéressantes.

La troisième Exposition d'Art Industriel Allemand aura lieu à Dresde du 12 mai au 3i octobre iqo(). Différente de celles de 1876 et 1888 qui eurent lieu à Munich, cette exposition comprendra, à côté de l'art moderne dans ses progrès industriels, une reconstitution de l'art rétrospectif.

Ouverte le 1 5 dans la salle des Fêtes du Figaro, l'Exposition des Aquarelles du peintre vénitien Mainella s'est close le 20 juin. C'est bien vite, et cela méritait mieux : ce bouquet de tleurs n'est pas de ceux qui se fanent et qui passent en cinq jours.

Le banquet annuel de la Société des Femmes

Bruxelles. — Le Cercle d'Art L'ŒUVRE succédera aux aquarellistes qui exposent actuellement au Musée Moderne.

L'ouverture aura lieu le samedi 24 juin, à 2 heures. Les membres sont : les peintres Baes, Cran, Delin, Jacqmotte, Leduc, Pottier, Surlemont, Van der Gheynst, Van Baveghem. — Les dessinateurs: Rels, \"an Haelen, Van Holsbeeck. — Les sculpteurs : Van Hamme, Vogelaar. — L'architecte : Bochoms.

Dans notre numéro i, dans l'article consacré à Chardin peintre de figures par notre collaborateur Gustave GelTrov, nous avons donné, entre autres intéressantes reproductions, un portrait de la collection Paul Bureau.

Ce beau portrait d'homme, que nous intitulions <■ le Philosophe », a déjà été dénommé, au xviii" siècle, <i le Souffleur u : c'est le nom que porte la gravure faite par Lépicié en 1744 d'après la toile de Chardin. Nous pensons donc que finalement il faut lui conserver ce titre : le Soiijflcur, et c'est ainsi que nous désignerons dorénavant cette pièce capitale.

Les Parfums naturels de Lenthéric

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