Lctlrc à M. le baron do ISrulouil. Janvier
2. Nous crojons devoir reproduire le passage du \'oyage pittoresque des Eiwiroiis de Paris, où d'.Vrgcnville donne une curieuse description du vestibule do Maisons : « Le
core, de riches ornementalions dues à Gilles Guérin égayaient la nudité de la décoration; elles représentaient l'Asie, l'Europe, l'Afrique, l'Amérique'. Il ne reste plus que des bas-reliefs mythologiques et l'aigle héraldique des Longueil, seigneurs de Maisons, qui déploie ses ailes dans les encoignures.
L'escalier qui conduit au premier étage, avec sa rampe en pierre découpée et ses degrés en pierre de liais, avec sa corniche où jouent quatre groupes d'enfants, œuvre de Gérard d'Obstal, est une des beautés de l'édifice. Dans les angles, quatre médaillons, ceux d'Anne d'Autriche, de Marie-Thérèse, de René de Longueil, premier propriétaire, et de Mme de Longueil.
Certes il faudrait de nombreuses pages pour décrire les merveilles d'ornementation qui rendent certaines
vestibule est décoré de colonnes et de pilastres d'ordre dorique : ces colonnes sont d'une seule pièce, étant des cannelures s-'parées par des listeaux dans le goût de celles du château des Tuileries du côté du jardin. Sur la corniche sont des figures d'aigles, aux encoignures, et quatre lunettes ornées de bas-reliefs. On admire les deux grilles de ce vestibule travaillées en fer poli. Celle de la cour a cinq panneaux remplis par un pilastre il double balustre, entouré d'un ornement en entrelacs et à jour. On voit dans le dormant un satyre terminé en rinceaux et couronné par deux enfants. Le milieu de la grille sur le jardin est occupé par un cartouche ovale, que remplit un caducée entouré d'épis de blé et de feuilles de chêne. Ce cartouche est entouré de quatre panneaux de rinceaux et d'un guillcjchis avec des masques, qui tourne tout autour. La première grille, qui est l'ouvrage d'un serrurier français, est supérieure à la seconde, faite par un Allemand. Elles sont d'une si grande beauté qu'on les a enfermées dans des volets de bois (sic). (Voyage pittoresque des Environs de Paris, ou deseription des Maisons Royales. Cliàteaux et autres Lieux de plaisance, situés à quinze lieues aux environs de cette ville, par M. D., à Paris, lyS.S. —P. 167-16S.) — On sait que, de ces deux grilles si justement admirées, l'une ferme la Galerie d'Apollon, et que l'autre orne le premier étage du Pavillon de l'Horloge, au Louvre.
I. Ces quatre groupes représentent, dans une infinie variété d'attitudes, l'un, la Peinture, la Sculpture et r.\rchitecture; l'autre, la Musique; un troisième, l'.Vmoiir et l'Hymen ; le quatrième, l'.Art delà Guerre.
pièces inestimables aux yeux de l'amateur d'art. Depuis la salle à manger d'été, dont la cheminée est d'une heureuse composition due à Gilles Guérin, et dont la décoration est finement sculptée à même la pierre, depuis le bas-relief qui surmonte la cheminée monumentale du grand salon et représente le triomphe du Grand Condé, jusqu'au boudoir du rezde-chaussée, oi^i l'on remarque le parquet de marqueterie et le plafond dont quatre portraits de Louise de la Baume Le Blanc, duchesse de la Vallière, en Minerve, Vénus, Diane et Vesta, forment la décoration, la plupart des salles ne seraient pas indignes d'une analyse plus détaillée.
Pourtant on aurait tort de croire que tout réclamerait également l'attention. Les différents propriétaires qui se succédèrent depuis Jean-René de Longueil n'ont pas toujours respecté le décor intérieur du temps. On distingue dans nombre de salles et de chambres des preuves d'un goût fort discutable, qui, en regard des médaillons et des bas-reliefs conçus dans le style harmonieux et grave du xvir siècle, suscitent d'étranges sensations. C'est ainsi que la Descente d'Orphée aux Enfers de Le Boullenger de Boisfremont (180S) orne la salle à manger d'hiver, que des vues d'Italie signées de Bidauld, et des paysages d'Espagne signés de Bertin, déshonorent la chambre du Roi. On y remarque en outre une fade copie du Louis A7Lde Rigaud.
Construit de i»)42 à i65i, par François Mansart, pour René de Longueil, président à mortier au Parlement de Paris, seigneur de Maisons, surintendant des finances dans la suite, le château de Maisons apparaît comme tout désigné pour loger, sans partipris d'archéologie, les œuvres des Philippe de Champaigne, des Lesueur, des Poussin, des Claude Gellée, des Simon 'Vouet,et pour ressusciter, à la grande joie des curieux, un fragment de la vie seigneuriale et intime du Grand Siècle.
Edouard AndriL
Le Mouvement Artistique