LA VIERGE KT L KNKANT
D'après un dessin de Rapluiét.
plètc. et c'est aussi, le plus souvent, le coloriste, dans le sens que Ton peut donner à cette épithète pour ce qui est de l'emploi judicieux des ell'ets colorés s'appropriant aux arabesques.
Il devient dès lors facile de développer ce sens en exerçant l'esprit de l'élève à la séduction des arrangements basés sur les lois de l'équilibre. Puis, comme suite Imaginative, l'étude des mouvements des végétaux, la recherche des formes et des agencements décoratifs dans les combinaisons linéaires produites par le hasard, les nuages, les fumées, les décrépitudes d'un vieux mur, etc., seront de premiers stimulants pour exercer le sens de la composition.
Cette harmonie de lignes que l'élève recherchera partout, il la retrouvera surtout sur le corps humain dans les inflexions les plus rythmiques du modèle vivant.
Le sens de la couleur sera cultivé de la même façon, c'est-à-dire partant du point général et, ne craignons pas de le dire, scieniifique, des lois de la couleur, pour aboutir par le même moyen à l'étude des harmonies qui en dérivent. Puis c'est la bride laissée à la fantaisie et à l'improvisation issue des sensations perçues par la nature.
11 est impossible de trouver un meilleur moyen d'exalter le sens de la couleur harmonieuse jointe à la composition que de faire procéder l'élève à des études ou des pochades de couchers de soleil dans les ciels d'automne où les nuages amoncelés sur divers plans passent par toutes les féeries de la lumière.
Complétant ces études de nature, le maitre fera exécuter par Vimaginalif pratique des esquisses sommaires sur des surfaces données et de formes variées. Ces esquisses, qu'on pourrait appeler esquisses de distribution, ne porteront que sur la généralité des lignes et des valeurs. Le sujet en lui-même importe peu. L'élève distribuera ses arabesques suivant les lignes plus harmonieusement aptes à se composer avec le cadre qui lui est imposé. Ln mouvement général des masses, par taches, et deux ou trois valeurs colorées, simples, suffiront à établir une base décorative sur laquelle le sujet pourra ultérieurement s'adapter.
Enfin, comme complément, ici aussi le professeur cultivera, par de beaux exemples gradués pris parmi
les maîtres, les intuitions nouvelles qu'il iuira f;iit naitre. .'\ cet égard, les œuvres les plus complètes de Raphaël et surtout de Michel-Ange seront réservées pour plus tard. Ces deux génies sont de ceux desquels on n'approche et que l'on n'analyse que lorsqu'on est devenu assez mûr de savoir et assez puissant d'émotion pour pouvoir les comprendre. Il en est de même pour certaines œuvres de décorateurs modernes tels que Puvis de Chavannes.
Ln dehors de ces restrictions d'ordre purement esthétique, le répertoire des chefs-d'œuvre dans le sens décoratif forme un fonds assez important pour qu'il n'y ait qu'.i puiser. Véronèse, Rubens, Boucher, Tiepolo, Delacroix, Chasseriau, (jalland, etc., et dans les modernes : Baudry, L.-O. iMerson, J.-P. Laurens, Besnard, Henri Martin, René Ménard, Aman Jean, etc. (Juel bel exemple aussi à montrer aux élèves doués dans le sens décoratif qu'une série des œuvres de la statuaire architecturale du moyen âge 1 Et quelle intéressante contribution viendrait s'ajouterpar une sélection de fantaisies indiennes et japonaises, d'un arrangement si imprévu et pourtant si naturel, d'un décor si capricieux et si vivant I
Voici donc, dans ses grandes lignes, le programme d'une pédagogie un peu spéciale il est vrai, mais aussi passionnante à appliquer pour le maître qu'elle peut être efficace pour hausser la sensibilité artistique de l'élève.
A l'objection qu'on pourrait soulever en reprochant à un pareil système de vouloir diriger l'évolutiim d'un tempérament, nous répondrons que le inaiire d'art n'impose pas, il montre, qu'un acheminement pareil ne peut qu'exalter les facultés créatrices et que l'élève y gagnera ce qui manque, hélas 1 à pas mal de jeunes artistes de notre époque uniquement livrés à la sensation, un peu d'éducation émotionnelle. Ainsi préparé, si le grand combat l'attire, le néophyte peut partir. 11 est prêt à affronter le labeur élevé qui conduit aux hautes destinées. Apte à la science du dessin, il a, grâce au professeur devenu l'initiateur, soulevé les voiles du tabernacle et entrevu le divin mystère de l'Art; son àme pourra bientôt comprendre et recevoir l'immuable Beauté.
Paul Steck.
Théâtres et Concerts
La clôture annuelle des théâtres et des concerts nous prive, pour un temps, de la chronique mensuelle de MM. Gabriel Trarieux et l'ernand Le Borne.
Cependant, au moment où parait la Revue, les Concours du Conservatoire battent leur plein, dans la splendeur torride du soleil d'été.
Nos excellents collaborateurs les suivent et les
commentent. Nous donnerons donc, dans notre prochain numéro, une critique de ces concours, et, si elle arrive un peu tard, elle aura pour excuse d'être complète et documentée, pour compensation d'être illustrée, comme il convient à notre Revue d'Art.
LE CHATliAi; ])i; MAISONS
Le Château de Maisons
Tous les Parisiens eonnaissent la charmante commune de Maisons-sur-Seine, qu'on dénomma Maisons- Latfitte du jour où Jacques Laflïtte, financier célèbre et parlementaire fastueux, acheta de la veuve du maréchal Lannes, duc de Montehello, le domaine de Maisons et morcela une grande partie du parc dans le dessein d'en faire une villégiature à la mode. Mais, parmi les visiteurs appelés à Maisons par leurs affaires ou par leurs plaisirs, combien, en apercevant au bout de l'avenue du Château, qui traverse le parc, la demeure des anciens seigneurs de Maisons, ignorent que ce monument d'aspect élégant et sévère peut passer pour l'un des plus parfaits documents de l'art architectural au début du xvu' siècle?
Il 'fallut la menace d'une prochaine démolition pour attirer l'attention sur ce chef-d'œuvre de François Mansart. Les archéologues s'émurent et les historiens ne purent demeurer indilTérents. Maisons évoque tant de souvenirs historiques! tant de souverains du moins y ont passé, s'ils n'ont pas ajouté le nom de Maisons sur la liste des villégiatures royales 1 Louis XIV y séjourna quelque temps avec toute la Cour, et, en 1747, Louis XV faillit devenir propriétaire du domaine, qu'il destinait d'ailleurs à Mme de Pompadour. A la veille de la Révolution, le comte d'Artois, l'ayant acquis du marquis de Sovecourt, en fait les honneurs à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Sous l'Empire, après avoir été bien national, Maisons est
donné par Napoléon à Lannes, et l'Kmpereur luimême vint rendre visite à la veuve du maréchal.
Cependant, le château de Maisons, en dehors de sa valeur historique, intéresse notre tradition nationale. Gens de lettres et gens de sciences devaient s'inquiéter de la disparition d'une demeure où vécut Voltaire, qui y composa sa Henriade et sa tragédie de Marianne, où Jean-René de Longueil, marquis de Maisons, membre de l'Académie des Sciences, recevait somptueusement ses collègues et mettait à leur disposition un jardin botanique, un laboratoire de chimie et un cabinet de physique, sans oublier une vaste et riche bibliothèque. Les modifications successives apportées à l'aménagement intérieur ont supprimé toute trace de ces annexes, mais la beauté des lignes et l'état de conservation de certaines pièces suffisent à justifier la récente acquisition du château.
Il serait injuste de ne pas reconnaître combien M. Henry Marcel, jadis directeur des Beaux-Arts prodigua de peines et d'efforts pour parvenir à ce résultat souhaité de tous ceux qui affectionnent les souvenirs d'Art et d'Histoire légués par la F'rance du passé. Ce monument, recommandable à plus d'un égard, le voilà donc entre les mains de l'État, et l'on annonce qu'il sera prochainement converti en Annexe de nos Musées nationaux.
Mais c'est loin d'être chose faite, à l'heure présente, et nous devons nous estimer heureux — pro-
visoirement — ilu sauvetage accompli. Au reste, le château de Maisons n'est pas devenu, du premier coup, Il propriété nationale ». Le Conseil général de la Seine eut d'abord l'intention de se l'approprier pour le transformer en asile. Maisons en asile, c'eût été nécessairement le vandalisme à demeure, les statues de Houdon et de Clodion à la merci de toutes les aventures, les admirables ornementations de Gilles Guérin, de Philippe Buyster, de Sarrazin ', sous la dépendance do remaniements inévitables.
Heureusement, la Commission du Conseil général fut vite édifiée sur la difficulté de créer des dortoirs là où survivait le décor harmonieux et sévère du xvii' siècle. On y renonça. M. Henry Marcel, décidé à sauver Maisons et ne disposant pas des crédits nécessaires, s'adressa à la Commission des Monuments historiques. A force de diplomatie, on parvint à obtenir la vente de l'édifice si convoité, moyennant la somme de 200000 francs, deux cent mille francs! une somme pour le budget des Beaux-Arts; mais, en l'imputant pour deux années sur le crédit des monuments historiques, on allégeait la charge.
Désormais, l'Etat déclaré seul et unique possesseur du château et des terrains qui l'environnent immédiatement, c'était le salut assuré; c'était aussi la perspective d'un cadre favorable à souhait pour faire revivre l'époque contemporaine de son édification.
Aussi, lors d'une récente visite à Maisons, M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État, pressentit les ressources offertes par ses vastes salles parfaitement éclairées et conçut la pensée d'une annexe, d'un musée spécialement réservé au xvii' siècle. C'est là un très heureux projet dont il convient de louer M. Dujardin-Beaumetz. Pour meubler les salles actuellement vides, on rechercherait, dans les « réserves « les « greniers » et aussi, j'imagine, au Garde- Meuble et dans les Musées de province, non des (tuvres médiocres ou dédaignées, choisies vaille que vaille, mais d'anciennes épaves de Maisons, comme les tapisseries exécutées d'après les tableaux d'Albert Durer, qui ornaient la chambre de la reine et dont le sort est resté inconnu.
On comprend donc quel merveilleux décor nous présenterait le château de Maisons restauré en vue d'une reconstitution savante, harmonieuse et instructive de l'Art et des arts tels qu'ils furent pratiqués à l'aurore du « Grand Siècle ». Seul peut-être des édi-
1. Les statues lie Pomoiic, par Hoiulnn, et d'Erigoiic, par Cliiiiion, font pendant dans la salle à manger d'été à Veriumne, par Boizot, et à Flore, par l'i.ucou. Le nom des auteurs dit assez leur dalc; au surplus, tout en elles revoie le dix-huitième. Quant aux œuvres de Guérin, de Buvster, de Sarrazin, de \'anObstal, artistes recherchés de leur temps, elles sont l'éclatant témoignage du faste de René do I.ongucil. Jacques Sarrazin'i n.SS-U")(3o), Philippe Buvster (1 598- 1688), Gérard van Obstal (1597-1668), Gilles Guérin (1606- 1678), travaillèrent tous ou presque tous pour le Roi cl la Ville de Paris. On consultera au sujet de ces artistes oubliés le maitrc-livrc de M. Henry I.cmonnier : lArt français au temps de Richelieu et' de Ma:;ari)i. Paris, Hachette, 189.1, n.itammcnt p. ^72 à 192, où est brièvement cl élégamment étudié l'an des Van Obstal (ou Opstal), des Buyster, des Guérin, dos Sarrazin.
fices qui datent de la minorité do Louis XlWil représente le mieux cette époque de transition où notre architecture ne renonce pas encore à la grâce nerveuse et élégante des monuments de la Kcnaissance, affinée d'un soupçon d'italianisme, et introduit dans la construction une juste sobriété de lignes. Mais cette sobriété n'a rien encore de la majesté austère et grandiose qui régentera les conception d'un Jules Hardouin Mansard, d'un Claude Perrault ou d'un Libéral Bruant.
Pour saisir d'ensemble le charme et la valeur du château de Maisons, on se trouvera bien de, considérer la façade principale qui s'élève en bordure de la Seine et qu'on aperçoit à l'extrémité de la longue avenue qui joint Sartrouville à Maisons. On admirera alors les trois étages allongés où la superposition des trois ordres, dorique, ionique et corinthien, produit un effet décoratif « d'une beauté si singulière », ainsi que le relate Perrault dans son Éloge de Mansart.
Tandis que deux pavillons s'avancent en saillie légère aux deux extrémités, chacune donnant accès à une terrasse soutenue par des colonnes doriques, une série de colonnes ioniques surmonte la porte d'entrée. L'édifice est dominé par une nouvelle série de colonnes corinthiennes. Celles-ci imposent au fronten du monument une allure de temple grec, dont la blancheur se détache sur le fond noirâtre des tuiles. La fenêtre qu'on aperçoit au sommet de l'édifice et d'où l'on découvre, par un temps clair, l'admirable panorama des environs, est celle de la chambre qui fut habitée par Voltaire, où il fut atteint Je la petite vérole et enfin où il se confessa '.
A part une peinture d'un stvle-choquant qui décore l'alcôve, l'ancien logis de Voltaire n'a rien de bien digne d'attention, mais n'oublions pas que Maisons eut longtemps la réputation d'avoir inspiré à \'oltaire cette description du Temple du Goût :
Simple en était la noble architecture.
Chaque ornement à sa place arrêté, Y semblait mis par la nécessité.
L'art s'y cachait sous l'air de la nature, L'œil satisfait embrassait sa structure.
Jamais surpris cl toujours enchanté.
D'après les deux planches gravées par Pérelle, célèbre graveur au burin du xvii' siècle, qui connut Maisons dans ses jours de splendeur, le décor extérieur n'a guère changé. Seul, un fossé assez profond environnait, à l'origine, le quadrilatère formé par le bâtiment. Aujourd'hui, on pénètre de plain-pied dans le vestibule par la porte d'entrée qui regarde l'avenue du Château.
Ce vestibule, d'aspect imposant, est orné Je colonnes et de pilastres doriques cannelés. Il traverse la construction dans toute sa largeur et conduit aux deux façades. Jadis, deux grilles incomparables le fermaient à ses deux extrémités. Toutes deux, vendues par Laffitte, se trouvent au Louvre ^ Jadis en-