I.'ART
rS ARTISTES
Il n'est point de t;ibkMU iThistoin.- qu\ v;iille iii siiïniticalif)n ces scènes oii les acteurs interviennent dans la vérité de leur taille, de leurs allures, de leur costume. Sous ce rapport, Pantin s'atteste le peintre du contemporain que réclameront les vœux des (Concourt dans l'apostrophe célèbic de MaiicHc Saloinon: « S'il y avait im BronziiV) dans notre école, il tiouverait un lier stvle dans
Apparlicnl n M. Tewt^clacic.
PciKTKAlT 1)K FANTIN-LA'roUK (1858) PAR I.l'I-MKMU
un elbeul! Ht si Rembrandt revenait, un habit noir peint par lui ne serait-il pas une belle chose ? Il y a eu des peintres de brocart, de soie, de velours, d'étofl'es de lu.xe. d'habits de nuage... Hh bien, il faut maintenant un peintre du drap: il viendra et il fera des choses superbes, toutes neuves... »
Le peintre était \eiiu. a linsu des ("loncourt. mais il avait l'esprit trop indépendant pour sin féoder à aucun système et répudier aucune source
d'inspiration. L'art qLi'il piatiqu.iit.avec la loi d un cioyant. lui paraissait un langage univeisel apte à exprimer les postulations du rêve aussi bien que les spectacles de la \ie. Des sujets de pure invention composent presque dans son entier l'ccuvre lithographie, et Pantin sortait frais émoulu de l'Hcolc quand Solon et Cuisin le virent peindie les tableaux du Songe, de Saint Jeu h cl Ir cbfvdiicr aujourd'hui encore suspendus aux murs de 1 atelier Chez Tempclaere, le dualisme voulu et constant de l'inspiration, très nettement se décelait : de lapides ébauches lappellent les tableaux honnis par les jurys ofliciels, la Féerie (iSb'i) et le Rejlet J' Orient détruit, comme le Toast, par son auteLU': i|uelle cuiiosité aussi de surprendre, dans la fougue du premier jet, les idées initiales du PréInde Je Lolh'iigrin et de 1 Hélène! Telles études pour la Déposilion de Croix et pour 1 HveonX précède et préparé lesdeux lithogiaphies fameuses: la Ni/it de printemps, le Lever, les deux exemplaii'es de la Tentation de saint Antoine offrent des variantes précieuses de thèmes d'élection, Mieux encore que les menues études d'antan, les dernières toiles auxquelles s'occupait Pantin certitient que depuis longtemps le meilleur de ses énergies se dépensait à des ouvrages d'ordie purement Imaginatif, exécutés de pratique où il totalisait les connaissances acquises le long de sa cairière.
Parmi ces créations, il en est une que tout s'accoide à rendre douloureusement chéie; il s'agit de la l^éniis Anadyoniéne. trouvée sur le chevalet de Pantin au moment de sa moil, et qu'il avait presque conduite à son degi'é de fmition. Le tableau aux lumières fiissonnantes, argentines, aux colorations claires, irisées, aux tons de chaii', d onde et de nuée resplendit de fiaicheur et de douce vokiple: jamais la maitrise du peintre ne s'était révélée sous des espèces aussi jeunes, aussi riantes, aussi tendres. Plus on regarde cette l^énns. plus il semble se deviner en elle la protestation de l'artiste contre le destin aveugle qui devait l'abattre d'un coup, en pleine santé, en pleine force, alois que l'Hcole frani;aise était en droit d'espérer encore de Pantin-Latour tant de fiers ouvrages et, par eux. tant d'honneur.
25 /ïît/.t ;<;o4. Roger Marx.
L ART HT Li;S ARTISTHS
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L AUTOMNI-; (Fioiiloii l.\vil-i\lic/', ai picitc de l'Ciijilladt.
Propos sur Rodin
On ne pouvjit jadis prononcei' lu nom de Rodin s;m.s évoquei' l'idée de scandale. Son écho résonnait avec fracas sous les voûtes drs palais officiels comme si quelL]uc Samson invisible en avait ébranlé les colonnes. Aux vernissages annuels, péi'iodiquemcnt, la foule se ruait vers l'emplacement réservé d'habitude à ses ouvrages avec l'empressement malsain de satisfaire des plaisiis médiocres et sots de malignité.
Rodin partageait avec Falguière le i.\i)n de chatouiller sa libre médisante. Mais on était indulgent pr)ur Falguière. il était de Toulouse et il était gai. Les (îgures audacieuses de petites nymphes insolentes d'e.xpression et de vie faisaient IVissonner les épidémies bourgeois. Rodin. lui. restait la grande énigme indéchiffrable, le grand sphin.x hautain, ()bs:ui' et immobile, qLi'on insuit. lit de loin sans oser l'approcher.
On vint rii'e dev.uit les Bourgeois, de Calais comme on avait ri devant le Pauvre pèebeiir de PuvisdeChavannes.commeon avait écume devant la Danse de Carpeaux. L'Age d'airain, cet harmonieux et pur chef-d'œuvre t]ui rayonne dans la noble simplicité de soi: élégance altiére. au mi ■ lieu des plus belles productions de notre école it de notre temps, était convaincu de truquage et de moulage sur nature. Le Balzac vint porter ie comble aux préventions du public.
Rodin. sans doute, ne paraissait pas beaucoup souffrir de ces grondements et de ces tempêtes. Les fumées de la poudre valent les fumées de la gloire pour les âmes fiéres qui aiment le combat. (Jril ne craignait p.is la bataille et, pkis d'une fois même, il ne dédaigna pas d'en provoquer le prétexte. C'est qu'il fallait peut-être le scandale pour
Secouer la torpeur du public et lui ouxiii les yeux aux vérités méconnues.
(^ar une humanité nouvelle était née dans les orages et dans le sang: un monde nouveau avait surgi pour la vie et dans la pensée et, tandis que les autres manifestations de l'espiit humain avaient fait effort pour se trouver en mesure d'exprimer ces sentiments nouveaux et ces apparences nouvellement perçues, la statuaire persévérait à répéter les formes et les inspirations d'autrefois.
La voix des grands initiateurs n';ivait ]"'as été entendLie ou. du moins, n'avait-elle été ouïe que par de rares adeptes plus perspicaces, qui continuèrent à leur tour cet apostolat Av la \eiile et de la beauté .
Cette grande tradition indépendante, qLii piotestait contre les conventions, les routines, et qui voulait sortir la statuaire du maniérisme de son Olympe étroit et glace, l'arracher à son rôle pui\'ment extérieur et artiliciel, pour la jeter dans le tumulte fécondant des passions et la vie, — cette grande tradition qui, depuis Pugei, a tenté de rendre au marbre sa puissance d'expression, de la restituer comme la plus austère, mais aussi la plus haute, à la tête des manifestations de la pensée humaine, — cette tradition, par une chaîne formée de noms dont quelques-uns appartiennent aux plus grands, devait aboutir dans notre temps à la personnalité exceptionnelle de Rodin. Car Rodin est, avant tout autre, l'heiitier légitime et direct de Puget, de Houdtni, de Rude, de Bar\eet de Carpeaux.
C'est aujourd'hui, eiilin. ce que l'on commence à comprendre, maintenant surtout que l'étranger est venu porter au grand artiste l'hommage de
son ndmir.ition unanime. Aussi, en même temps que tombent les anciens préjugés et les anciennes rancunes, est-il permis d'admirer à son tour, sans paraitre vouloir faire montre d'esprit de paradoxe ou combativité.
La petite exposition de quelques derniers ouvrages du maître, ouverte récemment au nnisee du Luxembourg, a permis, à propos, de constater cet état nouveau de l'opinion publique.
LES AMOURS CONDUISANT LE MONDE [U'apri-s mil' poiiile scclv A* Rod/ii.)
Il faut rendre, d'ailleurs, à l'Htat cette justice qui lui est souvent refusée, que s'il a péché plus d'une fois à l'égard des artistes, il ne l'a jamais fait que par négligence ou que par oubli. 11 n'a jamais connu volontairement les exclusions et les proscriptions à cette heure où l'on parle volontiers d'art d'Etat et de religion d'Etat et ou les petites chapelles attaquent ce qu'ils appellent la grande Eglise; il n'est peut-être pas inutile défaire remar-
quer L|ue les gouvernements le.s plus autoritaires intervinrent justement à plusieurs reprises pour défendre la liberté des arts contre les artistes euxmêmes. Je n'en veux citei' ici que deux exemples, le ministre de Louis XIV contribuant à la fondation de l'Académie royale poui' arracher les arts à 1.1 tyrannie de la Maîtrise, et le gouvernement de Napoléon III organisant officiellement, en i8b;, l'exposition des Refuses. On a confondu trop souvent l'Etat avec les corps élus parles artistes.
Qiioi qu'il en soit, de même que le marquis de Chenneviéres, directeur des Beaux Arts, réservait à Puvis de Chavannes, aux heures où il était le plus discuté, sa part dans la décoratimi du Panthéon — il y avait aussi pie\Li Millet — d.e même ses successeurs ne ménagèrent point à Rodin leLii' aide et leur sympathie. Tandis i|ue lui était commandée la porte monumentale qui restera l'cruvre gigantesque de sa vie et que M. Henry Maret exprimait le vœu de voir placée comme entrée du futur Musée des artistes contemporains, que nous ne désespérons pas de voir s'élever bientôt, le monument à Victor Hugo lui était coniié par le Panthéon qui prête aujouid'hui ses degrés au Penseur.
et le premier projet du l/idor Hugo était également commandé pour le jaidin du l.uxemboui'g. Quant au musée du Luxembourg lui-même, il a de bonne heure abrite les premiers chefs-d'œuvre du maître : \'Àgc d'airain, le Saint lean-Baptiste. le Baiser, le célèbre Buste de jeunesse, la Danaide. sans oublier les bustes de Puvis de Chavannes et de Jean-Paul Laurens.
Il abrite aujouid'hui, temporairement il est vrai, im double ensemble d'cruvres du même maître, ensemble fort instructif en ce qu'ils touchent chacun à des aspects ou à des modes de tiavaux peu connus du public. L'un est la réunion de morceaux de sculptine destinés à former une décoration d'architecture, l'autre est le groupement de ses pointes sèches.
J'ai décrit spécialement ailleurs(i) les cinq hautsreliefs exposés actuellement au Luxembourg. Je lappelle qu'ils ont été exécutés sous la direction
(1; Mrl et ilcioralioii, i" février.