I.ART
T I.HS ARTISTES
Be.iux-Aits, et l'occasion lut doiiiicc de les voir une dcinicie fois réunies chez Tenipelaere. Un toute occuiTence, Fanlin-Latour s'était attaché à tenir siniplenieiU le rôle du tiaducteur compiehensil, scrupuleux et exact; mais, à son insu et en vertu de l'instinct, il ne pouvait nianquei* de demeurer tout d'ai)ord lidéle à luimême ; loin de relever du fac-similé litteial, banal. anonyme, ces versions prennent lani; parmi les libres interprétations; tant il est vrai que nul ne se peut dérober à l'emprise de la personnalité, et. de fait, c'est avec une pareille ampleur que les maities ont de tout temps copié les maîtres A la prédominance sans cesse grandissante du sentiment individuel s'ajoutait l'ambition de retiouver et de rendre le ton originel, dans sa fraicheur premiéie. sans l'altération d'aspect qui resulte de la patine du vernis. Fantin ne s'est guère départi de ce principe, témoin les copies, aux tendresses nacrées, des Pèlerins de Véronèse, si lumineuses lorsqu'on vient à leur comparer la toile du Louvre, aujourd'hui ambrée et roussie...
Ainsi lesconseils que Fantin -Latoui sollicite et reçoit sont des enseignements de première main et sa clairvoyance sait reconstituei' ses modèles tels qu'ils px\rurent jadis, au jour de leur achèvement. Les maiti'es dont il approfondit le métier sont ceux pour lesquels Delaci'oix s'est déjà passionne — plus extérieurement, semble-t-il. A vivre dans la familiarité de leur génie et à remonter au sens de leurs créations, le goût inné du style se fortitîe. Rubens et Véronèse découvrent Fantin a lui-même, ou plutôt Fantin se retrouve en eux.
Son modernisme est tout traditionnel; au service d'un mode de concevoii.
d'observer, très pxuticulier, viennent se mettre les moyens préconisés par les meilleurs techniciens des grandes époques. Les sujets s'attestent diftërents ii re.xtréme: ils cessent de s'emprunter à la Bible et à l'Histoire: ils ne revêtent plus les dehors d'actions de grâces au Seigneur et au roi; par une évolution qui s'accorde avec le progrèsd'untemps où l'hommea pris une meilleure conscience de luimême, le peintre célèbre son semblable, exalte la famille, le foyer, ou glorilie Le créateur de beauté ; penseur, artiste, compositeur; mais ne
supposiz point tiue les leçonsdcsanciensechouenl à servir l'expiession de l'idéal nouveau; chez eux il n'est point de limites de genres et l'allégorie s'unit librement ;i la ré.alité ; puis, ces initiateurs, si classiques qu'on les pi'etende, sont gens préoccupés des |eux de l'atmosphère et enclins à mettre en peinture, sous tout prétexte, la vie de leui' temps. Le profit tiie de tant d'exemples précieux apparaît moins peut-être dans l'ordonnance générale des tableaux de Fantin que dans leur détail. La lumière qui eclaiie les acteurs et les témoins de ses Nv Hommages» est souvent celle où vivent les ligures de Titien; plusieurs de ses compositions connaissent le prestige d harmonies toutes llamandi'S; de l'iiuage du duc de Richmond par van Dyck descendent les * auto-portraits à la chemise blanche ^^
ETUDE d'après NATURE
{D\iprh iitu- pciiiliiw de Faniiii-I.aloiir.)
I/AKT ir l.l-S ARTISTIS
ETUDE DE FEMME D APRES NATURE D'aprh une pciiiliii\- di Fantni-Lctlour.)
Af^t-arluiit a M. K M
et. de môme, les repas sacres à Hmmaus. à Cana, chez le Pharisien, tant de fois reproduits avec une complaisance toujours heureuse, découvrent la genèse des <N Coins de tablera jamais célèbres. A peine avons-nous besoin de marquer qu'il n'y a rien h'i qui confine à l'imitation. Fantin-Latoui' s'est assimilé la substance des maîtres qui étaient ses ancêtres véritables, il l'a convertie;! son usage, il l'a transformée; et 1 on ne saurait inférer de ces rapprochements quv la certitude d'une filiation et que la volonté de la transposition raisonnée des mêmes rappoi'ts de causes à effets. Puis la lucidité de l'artiste, son amour de la mesure allaient le porter à équilibrer son éducation en opposant d'autres enseignements à ces références du passé On le trouve sur la liste des élèves de Courbet, et une étude de paysan en blouse bleue garde encore la trace des retouches apportées, durant u!ie correction, par le maître d'Ornans. Pourtant il y a moins à faire état des avis re^us que de cer tains tableaux admirés - L'Àlelier, L'Enterreiiiciil. l.'Àprèi-niidl — où Courbet faisait acte de novateur tout en renouant avec les anciens. On imagine Fantin volontiers saisi par la belle ampleur de la technique et rebuté par un manque de goût qui devait répugner fitalement à sa distinction foncière. En réalité, le délnitant fiéi.|uenta bien davantage chez Lecoq deBoisbaudran, et, plus souvent encore que chez Courbet, on le rencontra à l'Ecole des Beaux Arts, à l'Académie Jacques. Son laknt entendait sétayer à la fois sur l'expérience contrôlée des maîtres et sur les acquisitions qui résultent de l'étude d'après nature: ici et là on voit Fanlin- Latour ne renoncer au bénéfice de ces exercices scolaires que fort tard, plus de quinze années après sa première réception au Salon.
Au foyer familial, l'artiste continue l\ obseiver et à peindre: il regarde autour de lui, il voit ses sœurs qui causent, lisent ou s'occupent, en silence. à quelque ti'avail de tapisserie, de couture, dans l'embrasuie d'une fenêtre, et il traite, dans les dimensions mêmes de la nature, ces épisodes de la vie familière qui semblaient se contenir JLisqu'ici dans les étroites limites du tableau de chevalet. L'innovation ne passa pas inaperçue et plus d"un — Whistlei' notamment — d en faire son profit. Entre les Deux Sœurs de Fantin et /In piano de Whistler se constatent d'indéniables parités de conception, de mise en scène: or le premier tableau est d'une année antérieur à l'autre et les deux débutants vivaient trop lappiochès pour supposer un instant l'œuvre de Fantin ignorée de son cadet en peinture.
A défaut de ses sœurs, de ses amis. Fantin- Latoui' ricoLiit au miroir, et sa piopre image lui a fourni, sa carrière durant, un incessant thème d'étude. Voici un des premiers portraits de Fantin qui ne remonte pas moins loin qu'à 18S3: puis celui, essentiel entre tous, qui vous accueillait chez Tempelaere et dans lequel l'aitiste s'est représenté assis les jambes croisées (i8s8j: en voici un autre d'aspect quasi-rembranesque. daté de 1861. puis LUI quatrième, exquis, tenu dans une gamme argentée, exécute deux années plus tard, et voici enfin le portrait de grande allure découpé dans le tableau dLi Toûst i86s)
A l;i peintuie d'intimité .ippartiennent aussi les nus d'après le modèle et les natures mortes. On y sent c|ue Fantin s'est absorbe tout entier dans sa tâche : mais si son attention se concentre, sa sympathie veille, sensible et cordiale: ces figures de femmes assises, étendues, qui se lèvent ou se
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revêlent, ne sont pasde froides académies inditl'érentes ; le souci de 1 atlitude, de la pose, du modèle n'y exclut pas la lecherche lie l'expi essinii morale. D'aLitie part.Fantin croit, avec le poète antique, à la mélancolie latente des choses, et toujours lenveloppe est chez lui le verbe de l'émotion.
Ses fleurs vivent d'une vie particulière et intense : une atmosphère de i|Liietude les l-iaitjne; autour d'elles tout se tait poui ne pi)int distraire la contemplation ni troubler le conceit des toiis hai'monieiisement accoides. L);ms l.i campagne déserte, a Bme, ;i Saint-Cloud, à Fontainebleau, l'artiste continue à se recueillir, et c'est le prupie des lai'es paysages qu'il .1 la;sses de conduire le siaivenir auprès de F|-agonard et plutôt encoie auprès de notre grand Coiot.
A IheUie presque du debut, la volonté d'exaltei' les génies preféies tourmente cette gi'ande àme. C'était déjà, a leur manière, d'himibles témoignages de dévotion que ces copies auxquelles il était lait allusion tout ;i l'heuie.
Bien des œuvres originales de Fantin-Latoui' s'inspireront de ce désir de glorilication qui s'étend de Stendhal a Hugo et à Baudelaire. d'Eugène Delacroix à Manet, de Weber à Schumann. d'Hector Berlioz à Richard Wagner. V Hoiiiiimgc à Delacroix (1864) inaugure une série de peintures d'un caractère spécial dans l'œuvre de Fantin et même dans l'école moderne. On ne se souvenait guère de l'eprèsentations comparables depuis les Syiidiis de Rembrandt et les tableaux corporatifs des Pays- Bas; le parallèle ne nait pas seulement de l'identité du principe iconique, mais aussi du prestige de l'ordie. du calme, et de la gravité. Des peinti'es, des poètes des critiques, des ddettantes, dont la postérité a conservé le nom, forment la tiguralion coutumière de ces assemblées, de ces chœurs, seiait-on tenté d'écrire : elle se range de chaque côté d'une efligie vénérée : elle fait cercle autour du compositeur au piano ou du peintre à son chevalet; elle se masse à l'extrémité
Jf'particiil a M- Umfcliicrc.
LA NAISSANCE D'aPHRODITE
{D'aprh iiiic ftcinturc de Faiilin-Laiour.
d'une table poui' f.ivoiiser l'expansion des libres entretiens. Une fois seulement l'vs allégorie réelle >\ chère à Courbet, viendra inquiéter l'artiste et lui suggérer de dresser une image de la Vérité nue pa.iini la leunion des assistants familiers(i). Autrement qu'est Fantin dans ces «Hommages»? Avant tout im porti'aitiste qui excelle à dégager le caractère intégral de ses modèles et sait atteindre, à travers la ressemblance physionomique, le dedans moral; c'est aussi un régisseur admirable (.|ui dispose ses personnages le plus naturellement du monde, à telles enseignes que chacun vit pour son compte, sans cesser de s'incorporer au groupe et de s'y souder par le lien étroit d'une pensée commune.
I) Réprouvée d.iiis l.i suite, cette alli.ince de deux élcnients de composition, en apparence contiadictoircs, a induit rauteur à anéantir son ouvrage; mais de ce tableau du To3il une esquisse conserve précieusement le souvenir et M. Léonce Bénédite en a conté parle menu, l'attachante histone.