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L'Art dans la Mode
Il n'était pas besoin du triomphal voyage du jeune roi de toutes les Espagnes à Paris pour redonner au boléro la vogue qui jamais ne l'abandonna.
Depuis des années, en effet, de longues années, cette veste féminine, élégante et pratique, fait partie du fond de toute garderobe, avec la jupe courte, la jupe trotteuse qui a remplacé la jupe cycliste depuis que la pauvre bécane, comme une simple cane, a été écrasée par la triomphante automobile.
Le boléro, si l'on n'en croyait que son nom, serait d'origine espagnole; c'est par définition une veste qui n'en est pas une, fermant par devant ou largement ouverte, avec ou sans manches, descendant par derrière jusqu'à la taille, à moins qu'elle ne s'arrête au milieu du dos; c'est en somme une protection des épaules et des omoplates, c'est une garniture ornant le corsage en lui donnant une sensation douillette, au be- la giganto.machie — soin, vers le creux des iFouilles de Delphes, art ,
épaules, sensation que le boa et surtout l'étole de
fourrure, la pèlerine, cherchent à procurer à la
femme.
La femme n'a jamais froid à la taille, surtout si
cette taille est fine : c'est pourquoi elle n'a nul besoin
de l'envelopper chaudement; une poitrine bien dessinée est également à l'abri des intempéries : la femme n'a donc nul besoin, en général, d'être chaudement vêtue de ce Coté, et le boléro obéit à ces deux lois : il ne cache ni la taille ni la gorge; il est utile sans être indispensable;ilpeut être aussi petit, aussi discret que la mode le désire, il peut être en dentelle ou en fourrure, il s'accommode ainsi à toutes les saisons; ornement futile ou précieuse protection, on a toujours une raison, ou tout au moins une excuse, de porter un boléro.
En Espagne, c'est le vêtement national; il partage du reste son nom
DÉTAIL DE LA FRISE avec la coiffure classique
■ICC. VI' siècle av. J. C.) du pays, la toque ronde
aux bords hauts et retroussés régulièrement autour de la tête, ornée de pompons de soie, aux couleurs chatoyantes; il est d'ordinaire en velours, orné de petits boutons, brodé d'or au point d'être parfois un joyau de métal.
11 est indien, il est turc, il est oriental, il est le vêtement naturel de toutes les houris, de toutes les sultanes ; il ne gêne aucun mouvement; il permet les classiques contorsions de la danse du ventre, il protège la danseuse lasse et moite de ses voluptueux déhanchements du petit frisson mortel du froid entre les deux épaules.
Fait d'un peu de soie voyante, il est le complément, presque le seul vêtement réel, d'un costume d'aimée où la mousseline, la gaze, gazent si peu, dévêtissent plutôt qu'elles n'habillent, où les résilles et les tulles sont faits plutôt pour laisser voir tout ce qu'ils ont la vague intention de voiler.
Le boléro, c'est encore, peut-être pour cela même, le nom d'une danse, d'une danse nationale espagnole, c'est le synonyme de gaîté, de chants et de castagnettes.
Boléro! toute veste dérive du bolcro, quand elle n'est pas le boléro lui-même. Celle des zouaves et des turcos, que sont-elles si ce n'est d'indiscutables boléros! On rencontre le boléro dans toutes les provinces, sous tous les ciels, au Tyrol comme chez les Bulgares : la vieille veste bretonne bordée de velours, n'est-elle pas, avec ses broderies, ses petits boutons, un indiscutable et classique boléro!
l'our être ainsi répandu par tout le globe il faut que ce vêtement réponde a un besoin, s'accorde avec une aspiration générale : celle de la liberté des mouvements, celui de la marche.
Que l'aimée veuille danser sans entraves, que le torrero aie besoin de garder toute sa souplesse dans
son duel avec le taureau, que le turco brûle de grimper à l'assaut de la citadelle haut-perchée, que la femme élégante désire courir à son aise les magasins, c'est le boléro qu'ils adoptent : il tient chaud sans encombrer, il habille sans entraver, on le quitte aussi vite qu'on le met, il ne tient aucune place; seuls les Chinois lui préfèrent la robe longue dont la traîne ralentit la marche et la vie.
C'est pourquoi le boléro fut de tous les temps. Ce vêtement au nom espagnol n'est pas né en Kspagne, nous l'allirmons; peut-être est-il lils de l'antique Egypte, peut-être Babylone et Ninive l'ont-elles vu flamboyer à leurs fêtes pharamineuses et sardanapalesques; en tous cas la Grèce l'a connu. Nous n'en voulons pour preuve que ce fragment des fouilles de Delphes où nous reconmiissons un boléro, celui d'hier, qui fut tant à la mode, avec ses plis creux, boutonné au cou, tombant drpit par-devant et parderrière, vague à la taille; phase incertaine, un peu inattendue, passagère, d'un vêtement qui change ou a l'air de changer tous les jours; au fond éternellement le même; vêtement politique, opportuniste s'il en fut, d'été comme d'hiver, de soleil et de pluie, sans parti pris, sans idée fixe, sans intransigeance, s'arrangeant toujours, dans la lutte du vêtement avec la mode, de telle façon que cette capricieuse et autoritaire personne remporte, quand il s'agit de lui, une veste, la jolie petite veste qu'il est, coquette, et commode, et pour jamais classique.
LlI.IA ROBEUTS.
N. B. — Les six spécimens de boléros que nous donnons, pris au hasard dans les modes de ces dernières années, nous sont communiqués par les Grandes Modes de Paris, l'organe par excellence de l'clécance française.
UOIE SŒl'RS ISliPT 1904
Échos des Arts
Une nouvelle expression d'art.
La branche de pommier en fleur exposée au Salon des Artistes Français par Mlle Suzanne Meyer a causé au public un véritable enchantement augmenté d'une très vive surprise.
« Comment I C'est en mie de pain?... Cette exquise délicatesse des pétales, cette transparence, cette souplesse, contrastant avec la robuste rugosité des branches, mangées de lichens, verdies de mousse! C'est incroyable I... »
C'est vrai cependant : de la mie de pain pétrie avec quelques gouttes d'eau, et c'est tout; mais pétrie par les doigts d'une fée artiste, qui a trouvé cette expression d'art et que personne encore n'ose imiter.
Employée ainsi, la mie de pain semble bien être « l'argile idéale » ; aucune pâte n'a cette suave douceur, cette transparence, cette finesse; Mlle Suzanne Meyer la transpose en statues de fleurs, colorées des nuances les plus tendres et les plus justes.
La jeune artiste, qu'un succès sans précédent encourage, n'est qu'au seuil de sa découverte et elle nous réserve, sans nul doute, de délicieux étonnements.
Judith Gautier.
servateur du musée, et Ralph lîrown. Président Donnât, directeur de l'École des Beaux-.\rts.
La Commission d'achat vient de commencer ses opérations par des avis favorables à l'acquisition de nombreuses peintures, estampes, aquarelles et gouaches se rattachant exclusivement à l'histoire et aux divers aspects de Paris.
Citons parmi ces œuvres des vues de Paris ou de sa banlieue de Corot, Dargand et Mailland; tout un superbe lot d'estampes de la Révolution provenant de la célèbre collection Baudon; des dessins, aquarelles et gouaches de Martel, Maurice Robin, Fraipont, Prévost, Jourdain, Vahanin, etc., etc.
Et puisque nous parlons du curieux musée de l'Hôtel Sévigné, disons qu'il vient de recevoir deux dons fort intéressants.
L'un, de la marquise Arconati \'isconti, est un délicieux colTret sculpté, en bois de violette et bois de couleur, représentant des figures révolutionnaires et des attributs de l'époque.
L'autre, de M. Jules Maciet, est une excellente peinture de Renoux représentant la jolie « maison de François I" », au Cours-la-Reine.
Le donateur a joint à cet envoi un dessin du xviii' siècle : Décor de Fête.
Au Musée de Versailles.
Les curieux de porcelaine de Sèvres peuvent voir depuis quelques jours une série, nouvellement exposée, de huit tableaux qui représentent les chasses de Louis XVI, arrangées d'après les compositions d'Oudry pour les chasses de Louis XV. On y reconnaît les sites de Compiègne, de Fontainebleau, de Marly, etc.
Ces morceaux sont les plus importantes peintures exécutées au xviir siècle sur porcelaine tendre, et leur valeur est, par conséquent, inestimable.
M. Pierre de Nolhac, qui vient de les exhumer, assure qu'il a pu les replacer dans les cabinets intérieurs du Roi, à l'endroit même qu'ils occupaient autrefois, les pitons anciens étant restés en place. On les trouvera dans le salon qui servait de salle à manger au roi Louis XV.
On verra aussi, dans les salles du xviu' siècle, deux tapisseries ovales des Gobelins, signées de Cozette, et qui sont les portraits de l'impératrice Marie-Thérèse et de Joseph II, frère de Marie-Antoinette. Ces précieuses pièces viennent d'être reconnues comme ayant appartenu à la Reine; elles figuraient dans sa chambre à coucher.
Le Musée Carnavalet vient d'être doté, comme la direction des Beaux-Arts, d'une Commission d'achats, composée de MM. Olivier Sainsère, Victorien Sardou, Feuardent, Georges Villain, Georges Gain, con-
M. Ch. Sellier vient de communiquer son rapport sur les fouilles de la place de la Bastille; l'éminent archéologue vient d'adresser à la Commission du Vieux-Paris l'historique des travaux exécutés sous la place de la Bastille pour la construction de la ligne n' 5 du Métropolitain. On a mis au jour, en premier lieu, les vestiges de la porte Saint-Antoine, élevée en 1190 par Philippe Auguste, augmentée par Charles V, et, en 1.^49, par Catherine de Médicis, décorée plus tard par Jean Goujon et l'architecte Blondel en 1672. Tout fut abattu en 1773.
Deuxièmement, les restes de la contrescarpe et du pont dormant du fossé oriental de la Bastille. Ce mur est celui qui faisait face aux quatre tours du front oriental du château. Il séparait le fossé intérieur du terre-plein du bastion qui commandait autrefois l'entrée du faubourg Saint-Antoine.
Enfin, le mur d'escarpe de l'enceinte de la ville entre la Bastille et l'Arsenal. Ce mur, construit sous le règne de Henri II, occupait l'emplacement de l'ancienne enceinte de Charles V. Un petit bastion, placé à mi-distance entre la Bastille et l'Arsenal, flanquait de part et d'autre ce mur, dont un large fossé défendait l'approche.
On a découvert dans les fouilles de Delos quatre cents pièces de monnaie en argent, du temps d'Alexandre le Grand. Une grande quantité d'objets
d'art, dans un excellent état de conservation, a été mise au jour. La découverte a été faite dans les fondations d'une maison. Les objets trouvés seront envoyés à un musée d'Athènes.
La liste des récompenses à l'Exposition internationale des Beaux-Arts, à Munich, vient d'être proclamée. Nous y relevons les noms suivants des artistes parisiens : MM. Joseph Bail, Eugène Carrière, Caries Cottet, Edouard Détaille, J.-B. Antoine Guillemet, Tony Robert-Fleury, Auguste Rodin, Alfred-Philippe Roll, auxquels a été décernée une médaille de première classe; MM. Edmond Aman- Jean, Joseph Avy, Léon Bellemont, Jean Béraud, Henri Caro-Delvaille, Paul Chabas, fimile Priant, Frédéric-Charles Friesecke, Hippolyte Lefebvre, Maurice Lobre, Alfred-H. Maurer, Henri-Français Morisset, Lawton Parker, Stéphane Popescu, Victor- Joseph Ségoffin, Alexis Vollon, qui ont obtenu une médaille de deuxième classe. Au point de vue des nationalités, on constate que l'Allemagne a obtenu lo premières médailles; la France, 8; l'Italie et la Hollande, 3; l'Autriche-Hongrie, la Belgique et la Suède, 2; l'Angleterre, l'Amérique, la Suisse, l'Espagne et le Danemark, une.
Le prix Saintour, d'une valeur de 3ooo francs, et le prix Cambacérès, 1000 fr., qui reviennent de droit aux graveurs prix de Rome, après la dernière année de leur pension, sont acquis à MM. Quidor et Dezarrois, graveurs en taille-douce.
La Manufacture de Sèvres, la grande manufacture nationale dont les produits sont donnés en guise de prix dans tous les concours et figurent comme lots dans toutes les tombolas officielles, possède des archives qui, jusqu'à ces derniers jours, étaient disséminées dans les différents bureaux de cette administration artistique, et dont la majeure partie gisait abandonnée dans les sous-sols, dans les combles et parmi les réserves du mobilier.; Sous la direction de M. Emile Bourgeois, maître de conférences à l'Ecole normale, on vient de les réunir et de les classer ; prochainement elles seront à la disposition des travailleurs.
Ce classement a montré qu'il existait à Sèvres des trésors pour l'histoire de l'art et pourcelle;;de l'industrie d'Etat. Cet ensemble de documents,' qui va de 1741 à nos jours, enveloppe, en effet, plus de 100 000 pièces et 65o registres. Le catalogue comprendra dixhuit séries, marquées par les lettres de l'alphabet.
Les Gobelins du Sénat.
Nos sénateurs ne vont pas s'ennuyer. Les meilleurs tapissiers des Gobelins travaillent actuellement pour eux. Ils ont déjà reçu, l'année dernière, une superbe tapisserie, Vénus et Adonis, dont les cartons sont dus à l'excellent peintre Maignan. Ils recevront prochainement la suite de cette tapisserie, du même auteur.
W'niis pleurant la mort d'Adonis, que les Gobelins achèvent actuellement.
Ces deux belles pièces ne forment, d'ailleurs, que l'amorce de toute une série de tapisseries, conçues par le maître Maignan pour la décoration intérieure du Sénat. La série mythologique sera, en effet, suivie d'un Jupiter et Sémclé, qui est depuis plusieurs mois sur le métier.
Uneseconde série, tirée des Métamorphoses <i'0\\Ae, vient également d'être mise sur le métier. Elle se compose de cinq panneaux destinées à compléter la superbe décoration de la grande galerie du Sénat. Mais, hélas! un certain nombre de sénateurs ne verront peut-être pas l'installation de cette série, car cela demandera des années
Le concours institué par M. Fenaille, depuis plusieurs années, à la manufacture des Gobelins, pour encourager l'étude de la tapisserie parmi les artistes de la maison, a été jugé samedi dernier. Le sujet du concours était une feuille d'écran représentant une des saisons de l'année. Treize concurrents y ont pris part, et la moyenne a été généralement jugée supérieure à celle des années précédentes. La composition qui a obtenu le prix fondé par M. Fenaille est l'Automne, de M. Gagnot. M. Maloisel, avec deux panneaux : Printemps et Automne, a été classé second. MM. Issartier et Delille ont obtenu le troisième rang; MM. Boucher et Chevalier, le quatrième.
Le jury s'est préoccupé surtout de la destination de la peinture et de son application à la tapisserie
Il est question d'élever à Dinant un monument à Antoine Wiertz, sur la promenade de Meuse, en face de la rue qui porte déjà son nom.
La statue en bronze du célèbre artiste sera placée sur un rocher de trois mètres de haut. Elle aura près de trois mètres de hauteur.
Elle est l'œuvre de M. de Haene. Wiertz, d'après la maquette, est représenté le manteau rejeté sur l'épaule, tenant une palette d'une main et un pinceau de l'autre. On espère faire l'inauguration du monument cette année.
La statue du général Dumas sera prochainement installée sur la place Malesherbes ; c'est le sculpteur Moncel qui en a été chargé, et la maquette définitive qu'il vient de terminer représente le général, debout, l'épée haute, marchant à l'ennemi. Sur le piédestal, trois bas-reliefs, exécutés d'après les indications mêmes d'Alexandre Dumas fils, évoquent le combat de Brixen, l'entrée à Alexandrie et le fameux bastion d'où le général sortit en faisant le moulinet avec un fusil et en mettant à mal deux ou trois cents Autrichiens qui lui barraient le passage. Ce monument sera placé entre ceux des deux autres Dumas, au débouché de la rue Montchanin.
Benjamin Godard aura bientôt un monument à Paris. Ce monument sera exécuté par M. V. Cham-
peil, grand prix de Rome, l'auteur du groupe élevé à la mémoire des « Enfants du Cantal ». L'emplacement choisi est le square Lamartine.
Le Service municipal d'Architecture va faire apposer les deux plaques commémoratives suivantes, rédigées par le Comité des Inscriptions parisiennes. La première, sur la maison n» 40, rue Sainte-Anne:
JACQUES-BENIGNE BOSSl'ET
ÉVEQUE nE MEAUX