‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 25 sur 125 · BELL · texte numérisé non relu

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Or, ils savaient que l'exposition du portrait de la mère de l'artiste vaut à celui-ci un grand succès à Paris, et ce succès va s'affirmant au cours des années qui suivent. Le bruit qui se fait alors en France autour du nom de Whistler a bientôt sa

e : l'atti-

le Portrait de Miss Alex.\nder.

^ORTRAIT DE LADY .ArCHIBALD CaMP-

deux portes, devant lesquelles on peut se demander si jamais graveur évoqua aussi merveilleusement ces vieux édifices «qui ont de l'eau jusqu'aux genoux». Mais Whistler. graveur, voudrait une étude spéciale, et. si je me suis arrêté de la sorte, c'est pour bien marquer l'odieux caractère du combat queses adversaires reprennent contre lui dès qu'il revient à Londres.

C'est en 1880 que l'artiste rentre d'Italie : il de-

tude de la critique et du public se modifie peu à peu en Angleterre. Le peintre longtemps bafoué trouve des partisans, puis des amis; il triomphe tout à fait lorsqu'on apprend à Londres, en 1891. que l'Etat français vient d'acheter le Portrait DE MA MERE, cclui-là même que. vingt ans auparavant, la « Royal Academy » refusait d exposer.

Ainsi s'achève la troisième période, la grande époque de la vie de Whistler.

l/ART HT l.HS AKilSriS

Whistler tnivnillc dix ans (.ncon.- : il vient se lixer à Paris en i8c)2. Il intente un nouveau procès à un x^ noble lord « qui a voulu lésiner sur le prix d'un portrait. A cette occasion, il dédie à son adversaire une amusante devise: Noblesse abuse. Le procès terminé, il en publie l'histoire sous ce titre : Thh Baroni:t and the Butterki.y. merveilleux recueil de mots et de boutades qui fait le pendant à l'autre volume, The Ghnti.e Art of making ENEMiES, dont le procès contre Ruskin avait antérieurement fourni la matière. Entre temps, Whistler ajoute aux chefs-d'œuvre déjà peints d'autres chefs-d'œuvre : le PoRTRArr di: Sarasate:

le PORPRAIT DU COV.TE DE MONTESQUIOU (Noir e1

or); le Portrait de Miss Kinseu.a (Rose et vert : l'Iris) ; le Portrait de M" Cassatt (Arrangcincnt en noir it" S), toute la série des ligures d'enfants dont une seule. La Petite Rose de Lyv.e Régis. suffirait pour immortaliser le nom du modèle et celui du peintre: puis, des dessins, des lithographies, une œuvre innombrable et variée dont la dernière page date de lannee même où le grand artiste meurt, à Londres, en igo'.

Je me suis plu à retracer cette vie à grands traits, parce qu'il me semble que. pour entrer dans l'intimité des créateurs disparus, il est nécessaire de saisir tout d'abord le sens général de leur existence, la manière suivant laquelle ils ont w fait ^^ leur vie.

Du peu que j'ai pu dire, il ressort cependant que Whistler fit de la sienne un combat presque perpétuel. Il était de caractère indépendant : lorsque les manifestations de cette indépendance naturelle se trouvèrent contrariées, il se jeta en avant pour les défendre, et, lorsque la lutte parut devoir se ralentir, l'habitude étant acquise, il prit à son tour l'oflénsive.

Mais cet amour du combat, signe manifeste d une indompt;ible énergie, n'est encore, et vous le sentez bien en regardant la curieuse figure dessinée par Helleu. qu'un côté de la personnalité de Whistler.

Il est un autre côté qu'il faut absolument connaître si l'on veut découvrir, après l'homme, l'artiste ; je veux dire sa sensibilité.

De ce point de vue, Whistler est de ces créateurs que leurs œuvres racontent. Il n'y a qu'à regarder, qu'à questionner quelques tableaux de Whistler, pour découvrir et comprendre Whistler.

Hn voici trois rassemblés à dessein : la .Symphonie EN Bl.ANC. N" ^. le Po;iTRAlT DE MA MERE, le

Portrait de Miss Ai.exander. qui figuraient à l'exposition de Londres.

La Symphonie en bi.anc N" ' est de 1864: j en fais mention parce qu'elle établit que, dès l'année de son arrivée à Londres, Whistler sait ce qu'il veut et ce qu'il cherche. Il choisit un w sujet ^^ insignifiant, une scène dintimile qui ne peut valoir que par l'exi'cufion. Voyez plutôt ; un divan couvert d'un voile blanc léger, qui devient gris par transparence ; une jeune femme assise, le buste incliné, en robe toute blanche : à droite, une fillette, assise à terre, en robe blanche aussi, mais d'un blanc plus mélangé cette lois et qui tire sur un ton d'ivoire : un tapis bleuâtre, la note rosée d un écran japonais, un feuillage menu : et c est là tout.

Deux choses frappent dej.'t : d'une part, 1 indifférence du peintre pour le s% sujet ^^ en .soi, indifl'érence qui ne se démentira plus, et, d'autre part, une recherche évidente de l'arrangement des couleurs, de la couleur générale du tableau.

Cette recherche d un accord plus complet, d'un ensemble plus accorde, si j'ose dire, n'est ce pas déjà tout Whistler!- Notez qu'il écrit au bas du tableau et à la pointe du pinceau ces mots : Syiiipboiiy in icbite n" ?. L'exécution répond donc bien à l'intention et nous reconnaissons, une fois pour toutes, combien se justifie l'emprunt de certains mots fait par Whistler à la langue musicale.

La Symphonie en blanc N" î est, à proprement parler, une œuvre de début. Le Portrait de ma MERi:, qu'il peint trois ou quatre ans après, est, tlejà, un chef-d'œuvre. Il vous est assez familier pour que je n'aie point a le décrire en détail. Whistler en a lait un Arrangement en gris et noir : noir de la robe, noir plus mélangé, presque brunâtre, de la tenture à gauche: gris du fond, gris verdàtre des tableaux : tout cela peint à plat, sans le moindre empâtement, par une brosse qui a tout dit et semble, cependant, ne s'être arrêtée nulle part. Cela vaut par le merveilleux accord de toutes les parties colorées du tableau entre elles : cela vaut aussi, et c'est l'amélioration, par l'expression du portrait, expression que celte manière de peindre seule pouvait mettre à ce point en valeur^

Le Portrait de Miss .Ai.exander (Cecilv-Henrietta). De surprise en surprise ! de chef-d'œuvre en chef-d'œuvre! L'autre jour, à Londres, m'étant attardé devant, je me suis demande s'il ne passait pas tous lesautres? Whistler l'a sous-titre : Harmonie en s:ris et vert : gris le fond, en effet, gris rompu de j.iune par transparence; verte l'étoffe brillante à gauche, sur un siège bas; gris très franc le feutre que tient à la main la fillette: vert le voile léger, transparent qui l'entoure : \'ertes et

l.ART HT I.HS ARllSTHS

grises, les inoLisseliiics nièlccs. superpnsées, iloiit est faite la ceinture; noire, la partie basse du nuu' de fond: noirs, les menus escarpins: noir, vert avec un p(jint d'or, le n(uud de ceinlLue en cocarde; et, rassemblant, rappiochant. unissant, accordant, rellétant tout cela, la robe blanche de Miss Alexander : non d'un blanc Ir.nic et biutal. épais et luisant sui' la toile, mais d'un blanc à peine frotté et auquel s-- viennent mèlei" les gris, les verts, les oi's. les noirs, toutes les autres nuances du lableau.

I.a desciiption est insuffisante, je n'ai pas de honte à l'avouer: mais un tableaii de Whistler ne se deci'it p:is et, si j ai insiste sur ceu.\-ci c est seulement poui' précise!' la manière de l';irtiste. le but qu'il se propose d'atteindre.

11 veut, de couleurs rappiochees. f.iire ime « symphonie ^^ : il veLit, un ciitique délicat. M. P.iul Desjardins, 1';! dit loi't justement, w sim- « plilier. noyei' le détail, pour mieux haimoniser v\ entre elles et avec son sentiment propre les « taches colorées qui correspondent aux ob- « jets *>.

L'œil le moins exercé imaginera sans peine les difiUcultés que dut résoudi'e le peintre ayant ose NN inventer ^^ ainsi dans son ait et pour peu que l'être humain, en possession de cet œil, soit seii sible, il admirera en Whistler l'artiste doué d'une telle sensibilité, qu'il put meiiei' cette «invention «

au degré de' peilection où mius la \o\-oiis alleindie dans le PtiRiKAir m. Miss Ai,H\ANi>ia<. * -x-

Une étude plus approfondie des autres chefsd'cxHivre de WhislKr pourrait nous ménager (.l'autres SUI prises : autant d cruvres, en elfet, autant de combinaisons difl'eieiites de couleurs assemblées, accoidées. autant de w svmphonies ». d \v harmonies ». . Mais quant au principe, quant a la manière de concevoir l'ail de peindre, un examen plus détaillé ne nous ap|iiendrait rien de plus.

Toutefois il f.iul encore f.iiie remarquer que dans l'œuvre de Whislki il n'y a pas antinomie entre la beauté artistique el l'expression; seulement, et comme il arrive chez les plus grands, c'est de la beauté artistique que naît l'expression.

11 suflit d'ailleurs, pour s'en convaincre, de regaider e|UelqLies uns des Porlrail^. et particulièrement des Portiûils de femmes, qu'il .i peints.

Aussi bien, Whistler peintre de la femme voudrait-il une étude spéciale, comme Whistler graveur, comme Whistler lithogiaphe, non point parce que Whistler est diflicilement saisiss:ible, mais plutôt parce que Whistler est infiniment varié.

... Mais il ne fallait ici que vous le signaler : n'en point dire davantage a son sujet, c'est vous laisser la joie de decouviir une des mille laces de son génie, un des mille aspects de son œuvre.

François Cunci'.

MISS n.ORENCH LF.YLAND {D\iprh lin croquis ii l'cihii' cic Chiiif.

Le Mois Artistique

Un très malicieux confrère avait rêvé jadis de fonder à l'aris le i'j/o// pcniiancnt. dans lequel auraient fusionné toutes les sociétés de peintres et sculpteurs, petites et grandes, sœurs ennemies ou

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