LA SCULPTURE
PARMI les œuvres innomhi-ables qui som réparties dans l'immense hall du Grand-l^alais, vous chercheriez en vain un has-reliet qui soit vraiment un bas-reliel. jjeaucoup de rigures se disent décoratives; en réalité, leurs auteurs semblent avoir perdu le sentiment de la conception originale de la sculpture, étroitement solidaire et dépendante de l'architecture. Le sculpteur assvrien, chaldéen, égyptien ou grec — il s'agit de la Grèce avant le iv siècle — adaptait sa figure à l'édirice qu'elle devait décorer, et en mariait harmonieusement les grandes lignes avec l'ordonnance architecturale; de plus, il évitait soigneusement, en faisant jouer la lumière sur des méplats énergiquement modelés, de trouer l'édilice par des illusions de perspective; en un mot, il ne faisait pas une confusion fâcheuse entre le bas-relief et la ronde bosse. Ce sentiment décoratif, on le retr(juve au moyen âge, chez les imagiers de nos grandes cathédrales; puis il se perd il la Hn du ^ty siècle pour reparaître chez quelques artistes isolés comme.lean (jouion. La Miirseillaise.de" Monsieur ■■ Rude, coin nie l'appel ai ein ses élèves, est sans doute un chel-d'<euvre, prise en elle-même; maisdu point de vue décoratif d'où
elle doit être considérée, elle perd beaucoup de sa valeur. De nos jours enfin, dans la décoration des socles monumentaux, l'artiste conçoit des figures, des groupes en ronde bosse, et les applique contre la face de l'édifice, d'une manière si ridicule, que parfois les personnages semblent faire des efforts héroïques pour ne pas tomber.
En second lieu, il faut avouer que les monuments destinés à perpétuer le souvenir d'hommes plus ou moins éminents — car souvent le modèle ne suffit guère à inspirer l'artiste — sont d'une banalité indiscutable, sauf quelques rares exceptions que je signale par ailleurs : décoration qui n'en est pas une, groupement nul, bustes perchés sur une colonne au bas de laquelle se morfondent quelques figures figées dans une action banale et factice.
Pour ce qui est de l'exécution matérielle, beaucoup de sculpteurs, s'inspirani d'un exemple illustre, mais dangereux il n'v a pas de pires ennemis d'un maitre que ses élèves — et beaucoup trop confiantsdans la vigueur et l'inspii-aiion de leurs figures, ne nous dciniieni trop souvent que des ébauches au lieu d'ieuvres achevées. Le lini est pour ces messieurs une quantité négli-
L'ART ET LES Al^TISTES