‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 48 sur 125 · LA GRAVURE · texte numérisé non relu

LA GRAVURE

/^"i:ST ici le temple des traducteurs. Ce qu'ils ^ traduisent est trop souvent banal, inutile. Quelques-uns, cependant, s'imposent fortement à notre attention. M. Barbotin. en un burin très savant, nous fait admirer l'Homme au gant, de Rembrandt (musée d',\msterdami ; M. Crauck a retracé les traits de la délicieuse Vierge à la Pomme, de Memling; M. Maveur a interprété Turner. Et j'ai vu avec intérêt les eaux-fortes de M. Laguillcrmie [Portrait de Marie-Louise de Tassis. par Van Dyck ; de M. Mathev portrait de Williams Villiers. parVan Dvck ; de M. Henri Lefort [les Joies de la vie. par Roll ; les lithographies de M. Maurou id'après les peintures de M. Humbert qui sont au Panthéon ; de

M. .-Mexandre Leleu id'après le Bourgmestre d'Anvers, par Rembrandt ; de M. Lachniti d'après la Matinée, de Trovon. de la collection Thomy Thiery . Mais ce sont les gravures originales que nous voulons chercher.

La place qui leur est faite dans le temple n'est pas très large. Les bois et les lithographies dignes d'attention sont en pauvre quantité. Verrons-nous un jour une véritable renaissance de la lithographie originale? et de la gravure sur bois!-... Malgré les efforts de quelques artistes respectueux des belles traditions, ces deux procédés sont eiiciiie fortement malades du même mal : le mal industriel. M. Bracquemond. à la science de qui il faut toujours avoir recours lors-

A. BELLEROCHE

i^Lithogrjfhie)

TETE DE KICMMIC

qu'on veut parler de la gravure, a dit très justement : « Ces deux procédés, si dissemblables à tous égards, ont entre eux, maintenant, ce point commun de se diminuer, de s'évaporer pour ainsi dire dans les facilités de leur virtuosité technique, virtuosité particulièrement manifestée par l'envahissement des teintes sur toute la surface des estampes. L'encombrement de la totalité des blancs du papier est un des svmptômcs de l'état maladif de l'art moderne, état maladif dont le diagnostic est celui-ci : confusion entre la lumière elle-même et la couleur de cette lumière, c'est-à-dire, oubli des plans en faveur de la couleur.... « M. P.-E. Vibert est parmi les graveurs sur bois l'un de ceux qui, à côté de Lepère, ont jusqu'à présent le mieux travaillé à ramener la xilographie vers sa tradition. Lui aussi sait parler nettement de son art, et il écrivait ceci, dans des notes publiées par un petit journal mensuel, la Gravure et la Lithographie françaises : « C'est à la contemplation des estampes du xvi<^ et du xvn"^ siècle, que l'esprit prend conscience pour toujours des qualités essentielles de la gravure sur bois : large et franche distribution des noirs et des blancs, harmonie des tons et des plans dans les camaïeux, tailles nerveusement expressives, et cet aspect frappé et indélébile qui est le plus particulier apanage de la tvpographie. ■■ Ces qualités essentielles, M. P.-Eug. Vibert les met dans ses œuvres avec intelligence, force et

délicatesse. C'est un charmant croquis que celui que nous reproduisons ici, celte petite chaumière discrètement assise derrière un bouquet d'arbres frêles et nerveux, aux branches enchevêtrées. L'artiste v a dépensé beaucoup d'habileté et de savoir, mais cette habileté et ce savoir s'v dissimulent et l'ieuvre a une grâce tout à fait primesautière.

C'est par une grâce primesautière aussi que se signalent les croquis lithographiques de M. Belleroche, qui est l'un des jeunes peintres d'aujourd'hui les plus amoureux de cet art. 11 n'abuse pas des teintes, il obtient ses lumières par de larges réserves logiquement équilibrées entre elles. M. Belleroche aime surtout confier à la pierre des figures et des silhouettes de jeunes femmes; il surprend avec vivacité les expressions et les attitudes, et tous ses croquis, très vivants, ont un joli caractère de modernité. Je reviens une seconde à la gravure sur bois pour signaler les. vilographies en couleurs de M. Claude Firmin. de Mme Anny J. Dacker {Maternité), de M. Alfred Ardail, de M.Bully, artistes respectueux des bons principes.

Les aquafortistes originaux sont assez nombreux. Le Suédois Emile Zoir se signale par un dessin énergique et de belles lumières ! Tempête sur la côte] mis au service d'une vision simple et forte. M. Vanteyne grave directement d'après nature. Il y met une vivacité, une vigueur et une souplesse singulières [Béguinage à Raaldvyk, l'Oude Delft à Delft.

M. Jean Frélaut, de qui nous avons vu des dessins d'un caractère simple et franc, d'une inspiration poétique, nous donne comme graveur de très belles promesses. Ses eaux-fortes me séduisent par leur intimité et leur vérité d'expression, par leur finesse de lumière. La Foire au village se distingue particulièrement par le pittoresque de la composition; on v sent un observateur fin, sincère, ému. M. Désiré Lucas, le peintre des intérieurs bretons, se révèle aquafor-

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