‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 54 sur 125 · ALBERT BESNARD, PAR LUI-MEME · texte numérisé non relu

ALBERT BESNARD, PAR LUI-MEME

D'après tiii croquis au crayon.

une inouïe complexité : cet esprit est merveilleusement vibrant à toutes les influences Huidiques de son temps, et les assimile, et les concilie, et dissout leurs antinomies les plus opposées avec un génie tout de prestige, une faculté d'adaptation plutôt féminine. Aucune àme d'artiste actuel n'est à ce point ductile. On trouve en Besnard, simultanément, un dessinateur de la tradition ingresque, dont l'homme parle avec une respectueuse compétence critique; un passionné du xvnr' siècle; un Français clair et direct, traditionnaliste et non académique; un héritier de Rubens, de Van Dvck et de Boucher; un léaliste épris de paysages amples, de vie au grand air. de sport, de belle nudité; un mondain séduit par le luxe féminin, la sensualité fine du décor, soie et lumière, de l'amour; un rêveur hanté ci'occultisme, avec des spleens, des sur-

CR0Qi:iS Al! CRAYON D ALBERT BESNARD

{Plafond du Thcâtrc-Fraiiçais).

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CotlcCll:,!! Honsso.i.

LA FEMME A L ŒILLET D'après une peinture d'Albert Besn.Trcl.

lourciit en foule. Mais il a le puuvoir de les appeler ou de les renvoyer, selon l'heure, et ainsi tout son œuvre est une immense et prodigieuse illusion de joie, de santé et d'équilibre, sous laquelle ses rêves personnels demeurent peut-être déçus ou tragiques.

Son intelligence aiguë, assimilatrice, ornée par le travail et le goiit natif des alluvions intellectuelles, mais surtout soutenue par un instinct

divinateur, l'eut peut-eli-e enliauié aux hasards inégalement heureux d'une création fantastique, lyrique, trépidante et follement littéraire, à l'expression tumultueuse d'hallucinations vraies, s'il n'avait été retenu, tempéré, dosé à souhait par une hérédité et une éducation anglo-française et d'inoubliables impressions d'enfance auprès de femmes très fines. Le besoin irréductible de tradition, de l'ustification logique de toute audace.

SOI K lin:

Djyrcs une fciiitiirc d'Albert licsiuirj.

l'admiralion de la vie saiiu-, iciulrc cl t;raci jiisc, uni fait ik- Bcsnard l'artisK- composite, à la fois oLiirancicr cl retenu, qu'il est. Mécanisme étonnant et plein d'attrait de ce cerveau ! Nous sentirons parl\)is l'acerbe et hautaine mvslicité de Poé en ce peintre de chairs blondes ressouvenues sans servilité de Rubens. Et le virtuose des haii^nades eiisoleillJes, des gorges nacrées dans les salins, des cheveu.N moirés de clarté, le réaliste savoureux de la vie luxuriante est aussi l'inventeur ertaré, mystérieux, de la série d'eaux-fortes sur la iiKjri où s'élabore, sans vain détail macabre, le drame

lent cl angoisse du iranslorniisnie et sa lerreur logicienne, résignée, scientifique, pire que l'épouvante irraisonnée des vieux âges.

Besnard n'en est pas moins le peintre de la joie, si l'on entend parler d'une joie n'excluant pas la pensée, la ct)nnaissance des compensations vitales. Il sait que la gaité est fausse ; il sait que la vraie joie est la contemplation aimante des énergies, qu'elle se double des douleurs complémentaires, dont la part est d'être respectées et comprises. Il sait qu'après les joies et les douleurs la spirale de la vie humaine s'élance dans une trans-

A. BESXARD

Jeune fille.

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