C.nlkctioii A. liesiurit
BERCK D'après une fcinturc à l'huile d'Albert Besnard.
qui donnent ses expressions alternées au visage de la vie.
Autrement et autant que Carrière et Rodin, Besnard est un grand plasticien qui pense. Ces hommes, aux couleurs de la palette comme aux plâtres ou aux glaises, mêlent des pensées substantielles, levains visibles de la matière dont est fait leur art. La pensée de celui-ci est un amour égal, et sans cesse partagé, pour la joie et la peine, la vie et la mort, la beauté heureuse et la beauté douloureuse, une résolution violente de jouir de tout par la force d'une compréhension intense, avant que tout et lui-même s'évanouissent dans
nute et le paroxvsme la seule vérité du contact de son être et de l'univers. De là sa création fébrile, saisissant, avide et décisive, l'instant essentiel de toute vision, et la quittant aussitôt pour une autre. Des facultés de notateur magistral et rapide secondent le mode de sa pensée. Ainsi a-t-il peint des paroxysmes et des féeries. Ses portraits ne sont que mouvement, vie, surprise, gestes, regards, éclats saisis au vol de leur fugacité : vérités certes, mais vérités passantes etmarchantes, effigies qui sont des actes. Ses plus beaux chefsd'œuvre, étonnants et à lui seul, de la Réjane au portrait de Mme Jourdain, sont ceux d'êtres
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i|ui surgissent, lout embrasés de vie, du lourbillon des moires lumineuses que déchaine en luxueuses ampleurs le mouvement cache' de leur corps. La joie, dans son art, c'est le mouvement : robes, nuages, tout plane et se meut, comme les planètes que sa foi évoluiionniste lance, blafardes, aux ellipses de ses tirmaments décoratifs. Vertige et lumière le sollicitent sans cesse. Et son don de voir profond dans l'instantanéité est tel, que souvent il parvient à descendre, comme s'en vantait La Tour, au fond de ses modèles et à les rapporter tout entiers, malgré la rapidité de sa notation. Bcsnard est un peintre de la femme tout à fait admirable, parce qu'il a une àme féminine, un génie féminin : il sent que la femme est un être qui sait tenir tout entier dans une minute, et il connaît cette minute. Et ces beaux ctres exaltés par l'orgueil d'être demi-nus.
suaves, diamantés, chovés et somptueusement inutiles, ces fleurs humaines si heureuses, il les cueille d'un seul regard courtois et sagace, pare leur grâce du prestige de son propre celai, et les peint avec luxe et amour, comme les plus suaves incarnations de ces minutes en qui son rêve mélancolique reconnaît la seule vérité perceptible, le seul contact licite avec l'infini.
•' Bijou rose et noir >•, la Féerie intime, parmi tant d'opulentes images ressucitant le charme épanoui des port rai tsx vu i'' siècle ou les claires et précises féminités d'Ingres, nous livre l'àme tout entière de ce grand virtuose voluptueux et triste. Scintillement,nudité, abandon et mystère, odeur charnelle s'avançant 'du fond d'ombres balsamiques et tièdes, le chef-d'(L'Uvre fascine les sens et donne à l'amc une envie chaste de pleurer. La spiritualité ici nau du sensualisme, par la complicité de la nuit .y étoilée de joyaux, avec
une si étrange, si inquiétante morbidesse! Là s'alanguii en un baudelairisme câlin et grave l'habituelle volupté éclatante, opulente ou nerveuse, du peintre des rousses de Flandre ou des minces et musclées PIspagnoles. Ce songe fastueux attarde et invite à je ne sais quelle union nbscure des sens et de l'idéalité, avec la force de son titre admirable et magnétique. Cette femme nue dans les ténèbres, belle et seule avec ses pierreries, perdue dans l'insondable mirage de sa lassitude pensive, et déjà pourtant touchée en sa chair rose par l'irruption trop vive du jour dont son buste rejeté se défend, c'est une pensée, c'est toute notre pensée lyrique, indicible.... Et c'est surtout l'image confidentielle de l'àme charmeresse de Besnard, la hantise constante de l'ombre et de la lumière en ce coloriste éperdu; en son désir d'art comme en ce tableau, ce rais de clarté montante divise l'amour du mystère et l'amour de la chair.
Cnlli'ctton Choin.Tr.i.
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La divcrsitJ de cette nature se révélera en cette exposition de portraits par l'aptitude surprenante à varier la facture et le style selon la psychologie des modèles, au point qu'ils semblent peints par eux-mêmes. Le protée les a tous assimilés, et ce furent leurs âmes qui guidèrent sa main. Ce serait perdre son temps que de vanter la maîtrise, le goût et la distinction, la tenue sans sécheresse ni redondance de cesarrangementsdécoraiifs, de ces corolles hardies des robes autour des pistils de chair vivante, saturée de reflets, que sont les femmes peintes par Besnard. fêtées par tout le luxe riant, capricieux et français de sa couleur éblouissante ou tendre, par son modernisme dont l'antécédence est au Louvre et à Versailles. Elles sont saisies dans l'instant radieux de leurs vies ornementales; leurs âmes légères, qu'emplit tout entières le désir de briller, apparaissent avec la vanité exquise de leurs bijoux.
Les paysages, les marines aux vastes ciels de volutes et de ravons, les ardentes nudités joyeuses dans l'eau qui les réfracte, les svmphonies fauves et bleues du soleil sur les robes des chevaux arabes, les larges aspects de montagnes, donneront en cet ensemble d'œuvres une impression majeure du sain amour de l'artiste pour la robustesse, la viridité, le triomphe de la pleine nature, en contraste avec toute cette féminitéséductrice et miroitante, glacée du luxueux reflet des girandoles. Devant le paysage se ressaisit le désir de serein équilibre et la belle joie de palette du créateur oublieux des subtilités citadines. Là parle l'hérédité traditionnaliste et l'instinct décoratif de Besnard, — et c'est encore une de ses âmes, après celle de la Fccric intime, celle de l'Ecole de pharmacie, celle de l'Hôpital de Berck, celle du plafond des Sciences, puisque enfin cet homme a autant d'àmes qu'il y a de beautés. ij
L'intéressant pour le critique sera de rechercher jusqu'à quel degré l'œuvre de chevalet de Besnard, seul visible ici, se solidarise à son œuvre mural. Il apparaît clairement que la persistance de la fiiiiiiciiidc ornementale, considérée comme l'élément fondamental du tableau, préoccupe l'artiste dans le cadre restreint comme dans l'ordonnance de la vaste surface. Auiaiu d'elliptique amplitude s'inscrit aux plis de la robe de Réjane qu'aux volutes des nuages, aux molles ondulations des montagnes, aux courbes hardies des planètes que Besnard agence, impétueux jusqu'en sa retenue. Pour son impatient génie, le rectangle d'or contient niai le niou\eniem. la spirale, le clair tumulte des combinaisons nuiltiples de la forme. Un portrait de Ricard ou de Whistler vit dans le rectangle de son cadre ei en petiple à soi seul la sévère solitude, .lainais une
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L'ART V.T I.KS ARTISTr:S
Collcclir,,, Bon,