‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 57 sur 125 · LA LOGE · texte numérisé non relu

LA LOGE

D'après un: peinture d'Albert DcsnarJ.

créature de Besnard ne se contentera, vivace et cabrée, de cette prison : elle s'agite, et veut sortir, et passe, et dans l'envol de ses soieries le vent de l'intini insiste, sollicitant un essor.

Une pensée m'est souvent venue, que cette exposition renforcera sans doute : entre toutes les femmes peintes par Besnard, les boiseries d'or sont inutiles et gênantes. Brisons ces barrières : du portrait de Mme Jourdain à celui de Réjane rétablissons une logique continuité. Nous les verrons toutes, ces effigies, comme une seule théorie de féminités radieuses, une frise expressive de l'époque, une frise de portraits sur la muraille de notre histoire récente.

.l'ai prononcé le nom de Whistler. Il contiendra, en ce moment, un enseignement entier. Il nous aura été donné, auprès de la cohue des Salons, de voir en mai une merveille d'art, en juin une autre. Deux tels groupements, exceptionnels en fait, nous ramènent simplement à la normalité désirable de l'art : des expositions particulières ne devraient avoir lieu qu'en de semblables circonstances. Whistler nous est apparu cohérent.

classique, amoureux de perfection, musicien prodigieusement nuancé, mais malgré tout un peu froid. On sent qu'il mettait l'art au-dessus de la vie, et se créait un monde tout de rêves esthétiques où nous ne pénétrerons pas toujours à sa suite. Besnard donne l'éclatant contraste français : la vie avant tout, l'art pour la chanter. Et d'autant plus le chatoyant virtuose la célèbre qu'il est compréhensif de la mort et en pèse la redoutable éventualité. Cet art de Besnard se cramponne tenacement à toute la série des mirages qui précèdent l'ombre. " Les poètes, dit Shelley, sont les miroirs des ombres gigantesques que l'avenir pi'ojette sur le présent. » Besnard est un de ces i^uroirs toujours prêts, saturés de mystère dans la lumière. Car il n'v a pas que le mystère de l'ombi'e, en art, il \' a aussi le mvstère de la clarté, qui n'est pas moins redoutable. Les réticences du rêveur des Nocturnes, de Chelsea, valent les évidences du féerique nerveux dont je pai'le ici : un même magnétisme s'en dégage. L'un et l'autre donnent à penser, celui qui illumine une minute de beauté comme celui qui la condense, et les per-

sonnages de Besnard sont ceux de Whistler avant fait un pas de plus, du fond des cadres, vers le ravon de soleil qui passe et les revêt tout entiers.

Contraste fécond pour nous, que celui de ces deux fêtes successives.

Dans un printemps encore inquiet, « trempé de pluies )' et allégé à demi des grisailles du ciel timide, se sera groupée l'œuvre whistlerienne qui dit tout à demi et parle bas.

C'est au seuil du chaleureux été, bleu et orange, que Pieuvre de Besnard en portera les couleurs. L'égal éclat de tous ces paro.xysmes fera de tous ces tableaux un seul, et créera pour l'ensemble une unité sereine, une atmosphère de radieuses réversibilités.

Beaucoup de choses s'expliqueront l'une l'autre, et leur cohérence, leur sagesse étonnera. Après l'harmoniste suprême, le coloriste aux audaces

logiques dérinira ici un autre mode, non moins beau, de la peinture.

Cette exposition longtemps souhaitée, différée par l'artiste jusqu'à l'heure d'une maturité glorieuse, sera par son éblouissant cortège d'ieuvres l'événement de l'école franv;aise en cette année. Les eaux-fortes cursives et insistantes, les illustrations d'une élégance romanesque, les dessins surtout seront ici l'appoint indispensable et la leçon des peintures: on saisira par ces beaux dessins toute la structure prudente et réfléchie de cet esprit oseur, de cette invention verveuse et Ivrique. L'armature cachée et linéairement classique de la féerie, volontaire et spontanée tout ensemble, de Besnard, s'y accusera, péremptoire et rassurante, comme le solide et léger filigrane de ses joailleries chromatiques.

Camu.li; Maici.air.

PORTRAIT IM-: KHiMME D 1:1 fiés une pcinlinc d'Albert Besnard.

Page 1