‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 60 sur 125 · LAWRENCE · texte numérisé non relu

LAWRENCE

im^

C'.lU-clinn Chciwny.

Portrait de Ladv X...

Je crois que nmrccpni]uc, où tropdc i;cns donnciaieni les I-'r;ii;onard de la collecuon lîcurdclcv pour une vinj^l-quaire chevaux, eoiiiple encore quelques cousins l'ons. Faui-ilciier MM. Camille Cjroult. de Camondo, de Biron, Moreau-Nc'laton, Anionin l'ersonnaz, Georges Viau, Eugène Bloi, Auguste Pellerin. Doucet. Rouan, Cronier Pevlel. Léon et Henri Michel-Levv, Gallimard, etc.:

Va je liens pour assure que les collections de ce-- \ rais et passionnés amateurs ne furent point constituées selon les méthodes un peu vives des collectionneurs d'autrelois.

()n a de nos l'ours des scrupules, .ladis.

si nous considéronslesamateurs les plu-glorieux, on ne daignait guère s'en alourdir.

Hé oui le tvpe du collectionneur, c'est Verres. Les exactions n'oiiielles pas pour excuse le culte du bibelot ; (Juand Giceron lui reproche ce que M.d'Hausson-

ville nomme des « opérations de police un peu rudes -. il faut faire la part des exagérations d'avocat.... \errés soupe en ville. Il voit luire à la main d'une Sicilienne une perle dont l'orient lui semble beau : il se lève, puis, baisant avec un dandysme exquis les doigts fuselés de la dame, il détache l'anneau et le garde. Rece\ait-il une letti'e, si l'empreinte en était belle, il en voulait aussitôt le cachet.... Et c'est ainsi que ce propréteur artiste " collectionna " les poteries de Rhegium, les coupes de jaspe, d'ambre, d'améthyste et de sardoine....

Et Mazarin ! crovez vt)us qu'il ait apporté une

SODERMARK — i-oRruAn m: stendhal

mansuétude cardinalice en giuLq^ant les hjh tableaux, les 411 tapisseries, les (lio manuscrits, les 21 cabinets d'ébène, d'ivoire, d'écaillé, qu'il regretta amèrement, nous dit Firienne, à l'heure ciili(]ue de la mort !

L'anie du collectionneur est chosj complexe. Le plus honnête homme de la leri'e se sent des mouNements inavouables quand il convoite la

rarissime eauforte, le timbre du Guatemala, l'hortensia pourpi'e. la rose noii'e ! Le vraict)Uectionneur est un spécialiste et un exclusif : il veut tous les T u r n e r q u e Tiuiier a signés ; ou, s'il s'incrusteàNapolé<in, il acquerra, à prix d'or, les moindres boutons de caleçon du grand homme.

Tel dédaigne les latences de Xevers, dont les veux étincellent au seul nom de Deift, et l'amateur de lulipes fait ti de l'oichidée.

(,)u'on me passe ces réflexions d'une p s V c h o 1 o g i e mélancolique .

Il est plus aisé de philosopher sur les collections d'autrui que de s'en constituer une. Venons à notre sujet.

Maure Ghéram\- vit en trois domiciles une triple existence : 1" au luxueux et conlortable appartement de la rue .\rsène-Houssaye, l'homme privé noue sa cravate, déjeune, dme et dort ; 2"le légiste, rue de l'Echelle, — il l'étude, — manipule les fructueux dossiers, fait grossoyer baux et procès-verbaux, postule, conclut ; 3" enfin, il y a la rue Pelouze, la galerie ! une rue paisible, silencieuse, une rue de Valogne, décrite par Barbey... maison secrète, discrète, ouatée.... Montez l'esca-

KPISODl. lil MASSACRE 1)1; SCIO

lier plein de Icnébrcs et sonnez. Nul valet de chambre. M'' (2hc'ramy entr'ouvre sa porte et ne livre le passaj^e qu'aux amis des arts, exhibant patte blanche.

Je suis introduit dans la t;alerie, dans le se'rail, eut dit Elie Mai,'us. le vieux collectionneur balzacien qui décou\i-ait un chel-d'(euvre sous la crasse Centenaire.

Figurez-voLis un spacieux et haut ateliei-, un hall \itré, encombre plus qu'un bazai' d'ispahan dépeint par I.oii. (Quelle est la couleur du papier de tenture, je l'ignore, car ce ne sont que tableaux du sol au plafond, de la plinthe aux corniches. .\ l'intérieur déjà t;alerie, des ranimées dechevalets, pressés l'un contre l'autre, et sur ces chevalets d'autres tableaux, et des tableaux à teire contre les murs, contres les armoires, et des tableaux sur les bras des fauteuils, et des tableaux sur le rebord des croisées

Il faut se glisser entre les chevalets, se fautiler de biais; impossible de circuler, de se retourner. de prendre deux pas de recul, de gesticuler admirativement. Si vous cnes obèse, allez-vous-en vite. La place est parcimonieusement rétrécie. ainsi

qu'aux allées de ces jardins où l'on réserve tout aux massifs. .Te lorgne, staiis pede in iiiio. .le me heurte aux casiers, aux cartons. C'est un entassement, un amoncellement, un ruissellement, une lourmilière. un inextricable et délicieux capharnaum.

M'' Chéi'amy est debout devant moi, les mains plongées dans les poches; il est content; ses favoris perdent de leur austérité, ses veux pétillent, sa voix s'enfle et s'anime ; il est le magicien de cette crvpte féerique, le souverain de ce rovaume. Ces Léonard, ces Goya, ces Boucher, ces Corot, ces Lawrence, ces Degas, ce sont ses amis préférés, ses enfants chéris.

Et non point des enfants adoptés sur le tard! M'' Chéramv est à peti près sexagénaire : eh bien! à quinze ans, il vivait déjà de longues heures d'extase au Lou\ re, et. dès l'adolescence, fut le pèlerin passionné des musées d'iùirope, courant des L'ftizi à TP^rmitage, et de la Pinacothèque à la National Gallery. Son goiit s'v est affiné, sa compétence aflîrmée. Puis, avant vu beaucoup de musées, il conçut et mena à bonne tin le projet d'en créer un chez lui.

Page 1