‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 68 sur 125 · NEW-YORK LA NUIT · texte numérisé non relu

NEW-YORK LA NUIT

Page de la Revue « Die ^Woche », qui a servi de motif inspirateur à M. Hoffbauer

Le Mois Artistique

Exposition li' Albert lh'siiai\i. — C'est et ce sera le grand événement artistique de l'année: bien qu'on regrette l'absence des admirables peintures de la Sorbonne, de l'École de Pharmacie, de l'Hôtel de Ville de Paris, de l'église de Berck, du Musée des Arts Décoratifs, on a devant ces tableaux, ces aquarelles, ces pastels, ces dessins, qui emplissent les deux salles et le vestibule de la galerie Georges Petit, l'impression émouvante d'un superbe labeur; nous avons le bonheur de pouvoir, sans attendre les jugements de la postérité, apprécier le Maître à sa réelle valeur, ce que n'ont peut-être pas fait les contemporains d'un Rubens ou d'un Delacroix : c'est à dessein que je cite ces deux noms; il y a parenté de puissance, de fougue, decouleur, de« joiede peindre >■, chez Albert Besnard. Après l'étude que lui a consacrée Camille Mauclair, il serait superflu de détailler par le menu cette exposition : il fallait cependant la noter, en première place, dans les annales de la vie artistique.

Photo-Club de Paris. lo'' Exposition internationale.— Dans les sous-sols du Petit-Palais, qui désormais ne seront plus prêtés par la Ville et serviront à une exhibition, bieii inutile d'ailleurs, des plâtres actuellement entassés dans les « tirés d'Auteuil », selon le mot de John Labusquière, voulant désigner ainsi les magasins de la rue Lafontaine. La photographie est-elle un Artr La réponse est affirmative maintenant à cette question posée jadis. Le procédé purement mécanique du début est devenu entre les mains des opérateurs une manifestation d'esthétisme, et telle épreuve, de figure ou de paysage, vaut un tableau : il est même curieux de constater comme certaines toiles à succès des Salons sont aisément imitées, ou suggérées, ou documentées, par les simples épreu\es du coUodion; il v a là des .loseph Bail avec les visages de dentellières sous la buée blonde d'une fenêtre, des Chaigneau avec le moutonnement des troupeaux parmi les champs, des Le Gout-Gérard avec les Bretonnes au marché, des Gœneutte et des de Nittis d'antan avec les passants de Paris, travailleurs de la rue matinale ou gentille midinette qui martèle de ses talons le trottoir de la place de l'Opéra. Et voilà encore, dans un jardin, des femmes auréolées de voiles blancs et qui tiennent un enfantelet. Vierges de Luc-Oli-

vier Merson ou de Dubufe, des modèles nus en des décors de rochers farouches, préhistorisme de (Mormon, des vues du Parc Monceau le soir à la lumière électrique, modèle qu'avait copié Munkacsy. Les effets que recherchent les peintres, ambitieux d'originalité, sont obtenus par la photographie : bateaux dans la brume, liseuse sous la lampe, rêverie de crépuscule, zébrures de pluie, solitudes de neige, apparitions de nuages, fureur des vagues, chaos des glaciers, toutes les formes, tous les aspects, toutes les heures sont surprises, enregistrées; la collaboration du soleil n'est plus indispensable, on l'évite même, et les subtilités, les finesses, les demi-teintes, sont maniées comme par des artistes. D'aucuns, parmi les exposants, le sont réellement.

Les dessins de la Vie Parisienne.

Ils ne sont plus de Marcelin, d'Edmond Morin, de Gustave Droz, ou même de Meilhac, raretés -du temps lointain, mais nous apparaissent signés d'humoristes du crayon qui s'appellent Bataille, Caran d'Ache. Crafty, Gerbault, Hermann-Paul, .leanniot, La Nézière, Mich, Métivet, Robida, Sahib, etc., et je puis en parler ici à cause de l'exposition qui en a été faite dans les galeries de Susse, boulevard delà Madeleine; les cartons des journaux sont parfois remplis ainsi d'originaux intéressants, et ceux-ci, tout imprégnés de parisine, annalistes fêtards, raconteurs indiscrets, ret'-oussis de mots et de jupes, déshabillés et maillots, seront documents d'une époque : le croquis est comme la chronique, il renseigne souvent d'avantage qu'une œuvre plus importante.

Exposition Henri Gervex. — A cause de la ruée des tout jeunes, des trop jeunes, à la célébrité, à cause des variations du snobisme, de l'ignorance de la critique, de sa partialité outrancière, à cause aussi de la production envahissante, l'œuvre complète d'un artiste peut être oublié, méconnu, et Henri Gervex, favori d'antan de la louange parisienne, a eu raison de vouloir rappeler un peu quelle personnalité il est; il a réuni chez Georges Petit quelques toiles de différentes époques, spécimens de ses études très variées, car, n'obéissant qu'à sa seule fantaisie, il a butiné dans tous les genres sans se restreindre à une unique et facile marque de fabrique, il a été tour

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il tour peintre t-lc nus. Je mcidernitcs, de portraits, cft'.v i^o^t'i', est le (.icrnier portrait qui ait été tait de paysages, d"allégories plafonnantes, de com- du Campanile. Henri Gervex préside lui-même inémoraiions oflicielles, et, quoi qu'on dise mé- à son exposition en une effigie intéressante : son chamment, injustement aujourd'hui, il a été l'un buste par M. Maillard, des premiers à admirer Manet, Degas, à éclaircii' *

la palette enfumée de l'Ecole, à regarder la Vie K.-B. Hirschkkld. — Concanieaii la nuit, tel

autour de lui, sans se soucier des traditions ré- est le titre général de ces vingt-six tableaux trogrades; il fut un enfant terrible, un révolu- d'effets curieux et non monotones quoique appationnaire au temps de sa série blanche, les Coin- rentes : rues de la petite ville étoilées pauvremiinidiitcs. i'Aiilopsic, le Retour lin hcil, Rulla:\[ ment de réverbères, bateaux au port avec des anima la nudité de passion : il se fit l'historio- lanternes accrochées aux mâts, remparts décougraphe de nos modernités, portraictura la femme pés par la lune, maisons aux lueurs de lampe actuelle, habillée ou non, Alfred de Musset dupin- derrière les carreaux des fenêtres, chenal et basceau, poète et viveur, dont les « soirées perdues » sin zébrés par les rais d'un phare, vagues argense passèrent plus à l'Opéra qu'au Théâtre- tées et mauvais temps au crépuscule; il n'v a pas Français. 11 est regrettable que certaines grandes toiles d'antan n'aient pu reparaître à cette exposition, des morceaux comme celui qui à la Nationalecette année rappelait la décoration de la mairie du XIX" arrondissement; de petits

cadres seulement servant de rappel de l'œuvre chez, tableaux, dessins et eaux-fortes. — Parmi ancienne. L'étude de Rulla où ne se voit que le cette très nombreuse exposition se trouvent les corps de la femme dans sa pose audacieuse de esquisses des deux tableaux que nous avions volupté et de lassitude parmi le désordre du lit remarqués au Salon, le Tournant de Rivière évoque ce tableau jugé jadis obscène à cause du et la Grand'route; talent âpre, violent, brutal corset et du chapeau haut de forme; /a ^o/'fï'e tfe parfois, auquel conviennent les sites rudes, l'Opéra, la blancheur tentatrice des épaules nues dunes ou grèves, a fait comme Cottet la cathéque convoitent des habits noirs au balcon de drale de Ségovie, de l'Espagne noirâtre; certains l'escalier, est d'un historiographe de la Vie Pari- dessins et aquarelles ont une belle sauvagerie; sienne, qui acontédu reste bien d'autres chapitres; les eaux-fortes sont particulièrement puissantes. le Tnb est une indiscrétion familière à l'auteur de la célèbre Femme au masque; la Dormeuse, ta

Musette boudeuse, ont un charme apparenté aux MisÉr: Galliera, fer forgé, cui\ re, étain. —

joliesses du xvm'' siècle. Parmi les portraits, on a Les salles des Musées ne peuvent et ne doivent revu avec plaisir ceux du duc de Tallevrand- serviràdesexpositionstemporaires, parcequ'alors Sagan, de Mlle Fouquier, de M. de Borda, et une admirable toile de Cazin est cachée et menasurtout ceux de M. Luiz.de Mme Edwards, de la cée par un modèle de cage d'ascenseur, et cette marquise de Ludre. Parmi les paysages, une très grande galerie de Galliera, jadis si calme, si vielle étude : Chemin de fer du Nord, a les gris recueillie, avec ses tapisseries merveilleuses, son fins et légers d'un Lépine; Z)/e/7;7e /c )Hc7//h, avec buste de Victor Hugo par Rodin, sa vitrine les lointains dans la brume, ferait honneur à un curieuse de Carabin, ses céramiques charmeresses, paysagiste de profession ; la Rivière de l'Huisne semble le rayon encombré d'un magasin de ferest une verdure intense; Nocturne, ironie ou ronnerie, un déballage de spécimens pour une gageure, apparaît whistlérien, Venise; le Palais décennale; d'autant que les étiquettes des com-

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