‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 79 sur 125 · I.i: DlMANCHi; A LA CAMPAGNK · texte numérisé non relu

I.i: DlMANCHi; A LA CAMPAGNK

The Lcagitc nf Anicrican Arlists. — Au premier éiage d'un vieil hôtel situé i'}^. rue Sain;- Honoré, est ouverte une exposition exclusive d'artistes américains. C'est là une innovation fort intéressante, et qui semble très naturelle en cette t'poque de l'année où Paris devient Cosmopolis. On retrouve d'ailleurs des noms déjà connus par les Salons annuels. 11 v a plus de trois cents numéros au catalogue. Citons Maurice H. Sterne, avec le Café si juste de tons, avec le Family ou thc Beach et At llie Circiis et ses pittoresques notations à l'eau-forte; Franck C. Mathewson et ses aquarelles; Frederick C. Friescke et ses jolies silhouettes de femmes; Edwartz Ertz et ses fleurs; Alfred H. Maurer, que nous avions remarqué à la Nationale et qui triomphe ici: Geo. H. Taggart; ."Mexander Harrisson; Miss Helen Kihbey; Geo. Elmer Browne et ses marines; William S. Horton et ses marchés; i\L S. Grewne et ses pastels.

Pas trop d'influence française ou autre, une note personnelle et de valeur, une exposition qui mérite d'être vue, attentivement, des noms de véritables artistes à retenir.

(2t!elques-i'ns. — Autre nouveau groupe logé chez Pierrcfort, rue Bonapai'te; catalogue avec bois de Vibert et préface d'Elie Faure : " .... La plupart sont presque inconnus cl jeunes, et ce sont les plus vénérables. Tous les livres sacrés enseignent qu'il nous faut écouter les vieillards. Les livres sacrés mentent, pour briser les ailes de l'àme. Sans doute nous devons regarder la \ ieillesse d'un œil très déférent, puisqu'elle a cimenté dans notre manière pensante les assises de nos maisons. Mais notre vrai respect doit aller aux êtres en marche, à ceux qui portent le futur.... » C'est de hautes et solennelles considérations pour une aventure qui n'a rien de bien spécial, pour tout simplement une exposition de plus.

Robert Besnard, qui possède une virtuosité atavique, en attendant qu'il y joigne des études sérieuses et une expérience savante, s'amuse à des chansons de couleurs avec de très simples natures mortes, noie dans l'ombre une femme assise nue qui rappelle par la pose une des plus magnifiques toiles vues en ce moment chez Georges Petit; Brunelleschi, lui, manque de verve, son pinceau

est patient, sa palette sombre; Dupont travaille en tourmente, avec une fougue curieuse; Charles Guérin a vu dans un music-hall des modernités, un grouillement à la Monticelli, mais très atténué; p'rancis Jourdain poétise et agrandit le canal Saint-Martin sous la neige; Lucc a tait la même Femme causant que Guillaumin, comme lui d'ailleurs fait songer à la célèbre pagede Murger: >' De l'influence du bleu dans les arts » ; Matisse, à la remorque de Signac et de Cross, trace des petits carrés de mosaïque pour rendre la grâce d'un bouquet de fleurs; Petit jean ne pousse pas ce procédé à l'excès, rénove Henner à sa façon avec sa baigneuse, a des paysages d'une lumière intense; les dessins et estampes de Vibert sont connus, il vient après Lepère dans cet art à tort délaissé de la gravure sur bois.

Des sculptures complètent cette première manifestation de Quelques- L^NS : les plaquettes et médailles de Durousseau, et de Hœtger un buste de jeune fille qui s'apparente à Maillol, et de minuscules statuettes déjà en bronze.

Première exposition des Artistes Impressionnistes. — Pourquoi des jeunes gens qui forment un nouveau groupe, dans le magasin de librairie de A. Prath et P. Maynier, 4, rue de Lille, prennjnt-ils ce titre qui n'a jamais voulu dire grand chose? est-ce pour s'excuser de ne présenter parfois que des esquisses, des pochades, des croquis, impressions sommaires? est-ce pour s'apparenter à la grande école qui eut cette désignation ? Le désir ne suflît pas. Néanmoins, ce début est intéressant, en cette toute petite salle décorée d'une frise macabre. A. Bcaufrère procède par grandes masses solides pour rendre des vues des fortifications, de la mer il Douèlan, de Saint-Cloud ou d'Anionv; Bellerv-Dcsfontaines balave de nuées

grisâtres un temps triste; Diriks ensoleille un village; de Ricardo Flores un moulin dans le Finistère, des fleurs, d'harmonie très juste; d'Emile Oihiin I-'riesz, des châtaigniers de la Creuse, et une vue de Falaise, d'atmosphère limpide et lointaine; Léon Laugier, très fin de ton, touche délicate dans Cimetière en Crimée, a combiné des panneaux décoratifs qui semblent du MucITâ che/les sauvages; Marcel Noblot a des pages de carnet pleines de silhouettes amusantes, prestement saisies, des instantanés au cravon; citons encore les eaux-fortes en couleurs de Mlle E. de Krouglicoff, des tableaux et aquarelles de Luce, et, en souvenir de Vincent Van Gog, une petite toile de lui très raisonnable, aucunement outrancière.

Olivier de Penne. — On a inauguré à Mariette, en souvenir d'Olivier de Penne, le monument très modeste que nous avions vu au Salon l'année dernière, un buste, des attributs de chasse, des chiens, et cela rappelle quelle fut la spécialité de l'artiste, ses aquarelles légendaires, ses tableaux de chasse à courre, de meutes, de rendez-vous, d'hallalis. Un détail qu'on ignore, c'est qu'il avait commencé par des caricatures et des croquis d'humour; je citerai, dans l'Illustration du 3omai 1857, une grande page intitulée « la Barbe en iSSj >' ; — du 29 mai i858: «la Fêtede Barbizon >■, petit dessin pittoresque séparé en neuf motifs; — du 3i juillet i858 : " le Public des omnibus dans les bureaux >■, page humoristique en six cases. L'homme était sympathique avec une allure d'officier, n'avait rien du rapin. bien qu'appartenant à la colonie artistique de b'ontainebleau, habitant ce village de Marlotte connu comme Barbizon pour ses auberges aux panneaux peints, pour ses joyeuses et pittoresques réunions d'artistes. AL^URicE Guillemot.

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