I.A NKIGE
fait un vt)lumc rclutimt ses trois expéditions en Annam:ce sera une relique précieuse pour le culte pieux que sa mère endeuillée lui garde.
Lin comité s'est formé pour élever au génial statuaire de la Fiare, de la Danse, de l'UsToliii, un monument par Fagel dans les alentours dti Louvre. Associant le souvenir du fils à celui du père, on pourra sur le socle mettre un médaillon de Charles Carpeaux.
Alfred Sislej- à Moret. — Dans ht petite ville pittoresque où pendant plus de quinze ans le maitre a peint, sans se lasser, des sites dont il fit des chefs-d'œuvre, on vient de lui rendre un hommage justifié, de lui élever un monument, et c'est là l'ironie habituelle de la Destinée, en même temps que l'on organise une vente en laveur de la veuve restée sans fortune, on statufie l'artiste qui était refusé d'abord au Salon, et dont le grand succès, celui des enchères et des marchands, n'arrive qu'après la mort.
C'est sans nul doute par son école de paysagistes que le xix'^ siècle fran^-ais tiendra une place éclatante dans l'histoire de l'Art; après Corot, Rousseau, Daubigny, il y a Claude Monet,
Sislev. Pissaro, etc. Parmi les impressionnistes, Sisley occupe le second rang (le premier restant dévolu au puissant magicien de la lumière demeurant à Givernv* ; il nous apparaît plus doux, plus humain, visionnaire plus près de nous; il ne nous émeut et ne nous étreint pas autant, mais nous charme peut-être davantage avec la simplicité limpide et aérée de ses modèles, la légèreté de ses ciels, les friselis des feuilles au long d'une route, la transparence vibrante des miroirs d'eau, où se reflète si souvent le vieux pont sur le Loing. Que ce soit la forêt à Marlotte, un coin de Hampton-Court, l'abreuvoir de Marlv, une rue de Sèvres, l'église de Moret, — telles, les étapes de sa vie, — il se reconnaît toujours par cette galté de la couleur, ce papillotement frais, cette nature où de l'air passe, où le regard s'en va dans une profondeur limpide.
Comment concevait-il son art? Il est précieux de répéter ses propres paroles : « L'intérêt, dans une toile, est multiple; le sujet, le motif, doit toujours être rendu d'une façon simple, compréhensible, saisissante; celui-ci doit être amené, par l'élimination des détails superflus, à suivre le clieniin que le peintre lui indique.... Tout doit
contribuer à donner l'illusion cic !a vie sans laquelle il n'est pas d'oeuvre d'art : la forme, la couleur, la facture.... Et quoiqu'une des qualités du paysagiste doive être le sang-froid, il faut que la facture, en de certains moments, plus emballée, communique au spectateur l'espèce de fièvre artistique par laquelle le peintre a passé.... » Le millier de tableaux qu'a laissés Sislev est la mise en action de ses principes, et l'on comprend que les amateurs soient venus à cet art séduisant, plus posé que Jongkind, moins lyrique que Monet, idviles de lumière chantante qui sont d'une intimité exquise.
Théodore Duret, qu'il faut toujours consulter en l'occasion, a écrit de Sisley qu'il était " le mieux doué de tous les impressionnistes », et l'appréciation parait exacte, maintenant que, sans attendre le recul de la postérité, on peut avoir une vue d'ensemble de cette école tant décriée jadis, si exaltée aujourd'hui, qui n'est, à bien juger, que la suite logique et française de celle qui l'a précédée.
Un souvenir de Sébastopol. — Odessa, Sébastopol, deux noms que l'histoire fameuse du Potcinkin a faii repasser souvent devant nos veux depuis quelques Jours. Sait-on qu'il existe à Paris deux croix, deux objets d'art, deux souvenirs d'une époque également troublée par des luttes, apportées de Sébastopol à Paris? L'une de ces croix, en fer forgé, est dans le jardin de Clunv, c'était celle qui ornait le faite de l'église de Saint- Wladimir, à Malakotf; l'autre, plus précieuse, celle que le trésor de la même chapelle cachait avec un soin jaloux, est non loin de là, rue Du- Sommerard, dans la collection de M. Salmont, le maître bien connu au barreau.
Son histoire vaut d'être brièvement contée. Le village russe, enlevé à la baïonnette, était livré au pillage. Les vainqueurs, du reste, les Français, étaient décimés par le choléra, et le corps médical, dévoué et surmené, était à bout. Le docteur Constant Poignet, harassé par des jours et des nuits d'incessant dévouement, terrassé par le mal asiatique, était à son tour couché sous sa tenie. attendant courageusement la fin. Son ordonnance, Breton dévoué et crovant, oubliait le pillage pour rester auprès de son officier, quand on lui apprend qu'à l'église une croix vénérée est cachée, crt)ix guérissant les maladies. Il s'élance la baïonnette au poing, pénètre dans la chapelle, déloge les derniers Russes, qui résistaient faiblement, prend la croix et la rapporte à son maître: « Major, t'étais f..., mais t'es guéri maintenant, » et il pose la croix sur l'abdomen du médecin. .'\u même moment le commandant Joly, celui qui
plus tard fut le général .loly à Vincennes, entrait et remettait au major une autre croix, celle des braves au ruban rouge.
Le docteur Poignet se redressa sur son lit : " Croix pour croix, mon commandant, vous me donnez la votre, voici la mienne, » et il offre au commandant .Tolv la croix de l'église qu'on vient de lui apporter.
.( Qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse? » répond le commandant. " Gardez-la, réplique le major. Si vous mourez sans enfant, vous me la rendrez. »
Les soldats n'ont qu'une parole. Trente ans plus tard. la tille du commandant .loly meurt sans enfant, et le docteur Poignet reçoit, ce jour, enveloppée dans sa vieille serviette blanche de làbas, la croix de Sébastopol accompagnée de ces quatre mots : " Je vous la rends «.
C'est un jo\au de prix. Sur un fond de vermeil gravé et ciselé, se détachent des émaux, de style bvzantin, qu'encadre un ruban de très beaux et très purs cailloux du Rhin.
Elle est digne des souvenirs qu'elle évoque; elle était intéressante à rappeler en ces jours, troublés à nouveau, de Crimée.
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