HENNER, PAR LI'I-MKME
{Musée des Offices, à Florence)
simplifiées et indiqués par larges masses, tout distingue Henner des peintres des écoles rhénanes, précis, fermes, secs, anguleux, curieux du détail, soucieux de donner à chaque objet sa couleur propre et bien tranchée, même lorsqu'ils ne sont pas naturellement coloristes.
On pourrait objecter que Henner a une passion pour Holbein. Déjà célèbre et lorsque sentaient était complètement formé, Henner s'est remis à l'école du peintre d'Augsbourg et n'a pas cru inutile de le copier attentivement, comme le prouve la reproduction qu'on voit à l'F^cole des Beaux-Arts de la Femme et les Enfants if Holbein du musée de Lille. Mais quelle trahison que cette traduction! 11 voulait très sincèrement faire un Holbein : il a fait un Henner. La dissemblance se manifeste également dans les sujets que Henner a repris après Holbein, et en s'inspirant de
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J.-.l. III^.WI^R JIOINK KILLE EN DEUIL
lui, tels que le Christ au Tombeau i musée de Lille;, figure aux tons satines, trop satines, qui aurait bien étonné Tami d'Érasme.
Ce n'est pas d'ailleurs sans profit que Henner s'est mis à récole d'Holbein, comme Véronèse s'était mis à l'école d'Albert Diirer. Ces études sévères ont fait que ses figures les plus alanguies n'en conservent pas moins les proportions les plus correctes. La science du dessinateur, si enveloppée qu'elle soit, est partout présente.
Holbein a été surtout un grand pornaitisie. Henner, qui aime à faire des tableaux avec une seule figure, devait se tourner vers le portrait. Cependant, il ne se tii vraiment remarquer en ce genre que lorsque, d'autre part, sa réputation était déjà faite. Quelque renommée que le portraitiste ait acquise, nous persistons à croire qu'en
général ses tableaux valent mieux que ses portraits.
Lespremières toiles de Henner ne présageaient pas ce qu'il devait être et annonçaient un réaliste insoucieu.x de toute poésie. Rien de moins séduisant, presque de plus vulgaire, que la figure de prêtre peinte par lui en i855 et qui est aujourd'hui au Luxembourg. C'est à se demander, au piemier abord, si c'est une caricature ou une satire que l'artiste a voulu faire. \on. En y regardant de plus près, l'œuvre est naïvement sincère et d'une précision qui rappelle les dessins d'Ingres. Les sourcils clairsemés, trop pales sous des cheveux trop noirs retenus par des branches de lunettes, accusent, sans mauvaise intention, que le bon abbé poi'te perruque; le regard gris et fin, pénétrant jusqu'à l'indiscrétion-, est tempéré par la bouche excellente où le jeune peintre faisait preu\e d'une souplesse dans le modelé que devait affirmer d'une manière supérieure, trois ans plus tard, son prix de Rome.
Dans ce tableau se montrait bien déjà l'harmonie de ces tons gris bleuâtre et de ces noirs profonds, d'une finesse rare, qui sont le trait le plus caractéristique de sa manière. Le succès lut grand à l'école et dans le public.
Cependant Henner, pendant son séjour à la Villa Médicis, comprit sans doute, malgré ce succès, qu'il devait se défier de sa propre manière, et qu'il risquait de se perdre dans la mollesse et l'indécision, s'il ne s'imposait pas, pendant qu'il pouvait se considérer encore comme un écolier, une discipline exacte. C'est ainsi que nous expliquons cette Suzanne au bain qu'il envova au Salon de i865, figure d'une tenue vraiment classique, d'une coloration variée, qui n'a rien de crépusculaire, et surtout d'une franchise dans le ton local qu'on devait rarement retrouver dans les toiles qui suivirent. S'il devait depuis peindre différemment et affirmer davantage son originalité, il devait rarement faire mieux.
Cette originalité se manifeste en pleine maîtrise dans la Femme au Divan noir (1869;. Il y montra qu'il pouvait dès lors s'abandonner à ses colorarations préférées sans craindre de tomber dans une convention monotone et qu'une science assurée pouvait laisser au pinceau toute liberté d'estomper ei d'atténuer le détail des formes sans risquer de sacrifier la justesse et la solidité à des effets de surface. Pour les artistes comme pour le public, cette figure classait Henner.
Depuis, le peintre ne s'est jamais démenti. Sans doute toutes ses œuvres ne sont pas d'égale valeur let de quel artiste pourrait-on le dire!-; mais toutes se recommandent par les mêmes qualités d'exécution, par ce souci de la forme et de la cou-
J.-.I. HENNER. LE LÉVllE DLI'HKAIM
Grande iiicitaillc du Salon de jAVy.v.
leur prises en elles-mêmes, par une conception avant tout picturale, préoccupée de la pondération et de rharmonie des masses. Ce n'est pas que Heuner soit exclusivement un peintre de .< morceaux «. Ce serait singulièrement le diminuer. C'est bien un peintre de tableaux. Mais qu'il s'agisse simplement d'une nymphe étendue au bord d'un ruisseau, ou d'un sujet bien déterminé, comme le Bon Samaritain ou le Saint Sébastien secouru, il traitera le tableau comme un morceau. Partout aussi, dans une fantaisie mythologique comme dans une peinture religieuse, le nu rendu avec pleine franchise dans la force où dans la grâce, sans aucune atténuation ascétique, sans aucune abstraction philosophique, paraîtra avec une noblesse parfaite qui laisse toujours dominer le sentiment de l'art. Pourquoi faut-il que les procédés matériels employés par lui mettent absolument en question la durée de ses toiles: Beaucoup deses empâtements craquellent, les glaces s'usent par places et changent de ton. Ainsi dans l" Idylle, qui est un morceau de maître et où le modelé du buste de la femme debout vue de face fait songer à celui des enfants de la Vierge aux Rochers de Léonard, les craquelures s'accusent, s'allongent, et la jambe gauche de la nvmphe n'a déjà plus la même coloration que la droite.
Le Salon de 1898, à la suite duquel Henner obtint la médaille d'honneur et la croix de commandeur, fut en etïet particulièrement remarquable.
Dans la femme du Lévite d'I:'fhraiiu pleurce par son époux, il avait su conserver à la rigidité de la mort une grâce touchante et n'avait jamais montré plus de style et de poésie dans la manière de comprendre le nu. A ces qualités plastiques, dont le mérite était depuis longtemps indiscuté chez lui. il avait su joindre un pathétique qui ne fait pas défaut dans ses œuvres en ce sens qu'elles sont complètes sans cela, mais qu'on était heureux d'v voir apparaître. 11 exposait aussi un de ses meilleurs portraits, placé aujourd'hui au Musée du Luxembourg, une jeune fille « dont les longs vêtements de deuil avaient fouini à l'artiste l'occasion de faire éclater une fois de plus ces symphonies magistrales de beaux noirs où nul n'a excellé comme lui' et où il semble pourtant que, cette fois-ci, il se soit surpassé lui-même en harmonisant ces noirs avec un fond de turquoise mourante qui en exalte à ravir les valeurs- ».
Pendant son séjour à Rome, Henner avait déjà envoyé des portraits au Salon: le peintre Schnet^, l'architecte Joj'aH (i863!. Aux expositions suivantes, on en avait vu avec plaisir quelques autres. Mais un des premiers qui. pour le grand public, lui donna une place parmi nos premiers portrai-