‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 2 sur 99 · I M> Mil 1-^ JolAM · texte numérisé non relu

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tatiK'ttes grecques

h-i\'enu ut d'un raraetèri

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idéales de Phidias et .!(

in la sculpture s'iiarniouisait ;

tiiialr il<s t(uiples, tabernacle;

d'iu'i s'exhalait le soutlle clivui de la \-ie intérieure et inunualile, tandis (pi'au l\'' siècle la statuaire se réclame <la\anlage de la liberté jiictiuale vn exaltant le sens di- la vie l'xtérieure, devenue miiins religieuse, ])his pau nue, ]ilus sccj^tique, et dcint Praxitèle l't Sccipas huent les artistes, les jioètes inconi])arables.

I£t l'art, autrefois si jirès des dieux, en s'hunianisant se féminisa ; tout lut à la jeunesse, à la beauté, à l'anidur. ("est ]i(iurqn(ii les statuettes du IV'' siècle n'ont jias ce canutère di\-iii de haute moralité, en r.ipjielant, toutefois, plus d'une leuvii' antérieure.

("est alors que la soujilesse ondulée des corps, la vérité adorable des attitudes, un certain laisser-aller fait de grâce amoureuse remplacèrent les poses archaïques, désormais passées de mode. Mais la coutume d'adorer les dieux et d'honorer les morts entretint pendant de longs siècles l'industrie des terres cuites, florissante tant en Grèce qu'en Asie Mineure, en Italie, en Afrique et ailleurs, d'où proviennent de nombreuses statuettes, qui n'ont certes pas la grâce inimitable des Tanagréennes.

Et rien ne fut-il plus charmant qu'une jeune fille, sur le parvis du temple, portant sur son sein sa petite image peinte, Éros. femme drapée ou nue, et faire hommage aux dieux, non pas d'un simulacre divin, mais de l'image de sa propre beauté, émanation de la beauté divine : et les dieux durent être satisfaits. Les morts aussi furent heureux de se sentir entourés de visages aimés et beaux, de gracieux enfants, de tendres femmes, minuscules souvenirs de leur vie passée devenus compagnons de leur v'oyage éternel. Et Corinne eut son partage : de poétiques statuettes « au blanc péplos » tenant des lyres lui eut offertes a la muse nationale comme .iiitant de stro-

ihe

d'amoui

et (l'orgueil. Pi à cette ])oési< de la mort nous devons les petits ( liels -d'ieuxie (]ue nous aimons et ou re\it toute la \uluinnouieuse it liuinaineiuent belle de la ( ité hellénique.

Mais, ainsi que l'écrit M. I\ittier, dans un livre (pi'il publier, chez I.aurens, sur les statuettes grecciue--.

Il comme chez les ]ieuples qui vont mourir, on sent dans la (irèce un besoin inésistible de \ivre et de jouii.

Ceux ipii s'étonneraient de \-oir coïll-

FEMME Dfi.VPEE

L'ART Kï l.i:> ARTISTES

cider la décadence des iik luis avec les cliannante.s figurines qui nous plaisent tant, ceux-là n'ont pas compris la vraie Grèce. Il y a dans ces jolies statuettes, comme dans les œuvres du xviii'' siècle français, un certain germe morbide. La grandeur de la cité, de la patrie et de ses dieux n'est plus le but unique et suprême de la vie sociale ». On comprendra donc, ajoute .M. Pottier, que les sujets familiers abondent à une pareille époque.

En effet, les figurines du IV* siècle montrent tout ce que le v^ siècle cachait dans l'intimité de ses demeures ; la vie s'étala insouciante au grand soleil de l'indiscrétion dans ses i^his fugitives inil)ressions, prises comme par (pielque Cyclol)e de la Cliaml>re noire. Ainsi se présentent des courtisanes ]iarées avec recherche, des jeunes femmes voilées en leur coquette ]>udeur par l'himation relevé sur la nuque, l)romeneuses tenant l'éventail, coiffées du chapeau léger, allant et venant, offrant à chaque heure une silhouette nouvelle, délicieusement jeunes, énigmatiquement séduisantes.

L'une d'elles n'est-elle pas gentiment moderne avec sa

Guovi'i; DU. r)i:r.\ itmmks Korimiic)

longue mantille? La main levée, elle parle, elle

passe avec une grâce infinie....

D'autres s'arrêtent, posent ou se reposent, taiidis

que plusieurs, assises, mélancoliques et rêveuses,

près d'un terme de Priape, semblent attendre. Des jeunes filles jouent aux osselets, à la

balle : l'une, qui a perdu, porte sur son dos sa

compagne, pénitence innocente appelée enkolylc.

Celle-ci cueille des fleurs, celle-là joue de la mandoline, pince de la l\Te ; d'autres se livrent à des passes gracieuses, dansent, tournoient, et le bras en avant, le torse cambré, le ])ied levé, semblent improviser quelque cake-walk antique ; et toujours elles évoquent la beauté vivante, animée, soulignée sans cesse ]>ar l'arabesque des plis enveloppantsetchatoyants qui caressent les jeunes corps |iétris d'amour et de vénusté.

Chaque mouvement a son INtlline suggcstil. ( haque flexion du cor)).^ est la ])hrase d'un poème cadencé, ainsi (]ue l'a si bien révélé Isadora Duncan dans ses danses grecques exquises de grâce musicale. Et dans tout ce monde féminin l'amour se faulile, l'amour tiirte :

Lros couron-

nés. les ailes (lépk>\iVs, nus. drapés ou court vêtus, malins et fripons, conseillers imprudents et toujours écoutes, ainsi ciu'ils se montrent à Pompéi dans les portraits de fennnes auxquelles ils chuchotent à l'oreille la chanson éternelle.

Pour charmer da\-anta!,'e. à la grâce des formes, au stvle de la ligne, à l'inspiration amoureuse, vient s'ajouter le ramage des ci uleurs. car touteles statuettes de Tanagra seraient polychromes si le temps n'avait ])as aidé à en dépouiller plusieurs dr leur brillante parure. Et que do femmes aussi ralfinées que les 'lanagréennes n'aient pas varié de modes pendant de-; siècles, cela étonnerait ; les couleurs du vêtement ainsi que maints détails, de Corinne à Hérakleides, pnurraient montrer des variantes sensibles ; toutefois l'himation ordinaire, qu'il soit long (péplos) ou court (calyptra) , à toute époque fut porté de couleur blanche. A Tanagra, les courtisanes ou les femmes à la mode se drapaient dans l'himation rose avec bande jaune, pourpre ou noire (le péj)los en laine et la calyptra en lin).

La tunique (chiton), généralement bleue, rouge ou rose, rarement lilas ou vert-jxinnne. est quelquefois blanche, gris foncé, noire ou jaune. La chaussure, comme le dit le i>oète grec, est collante, avec le /dessus du i)ied jaune et la semelle rouge, — ainsi les babouches turques. Les cheveux, rouge brun, rappellent le châtain clair des femmes béotiennes, leurs yeux ont des teintes de pervenche sous l'arc noir des sourcils, ensemble harnionisé du rose clair fondu de l'incarnat des joues. Certains visages sont enduits d'im émail qui conservait les couleurs

JOUEU:

tendres, tandis que les colliers, les diadèmes, les boucles d'oreilles sont tout pimpants d'or.

Mais parmi les façons de coiffures, il en est trois principales : tantôt les cheveux sont redressés vers le sommet de la tête et liés par un bandeau, de manière à former une touffe, — la petite lavipe — et dont les mèches folles simulaient la flamme ; tantôt aussi la chevelure est divisée par une raie tracée au sommet de la tête, chaque moitié disposée en boucles et formant derrière la nuque une sorte de chignon en boule ; tantôt encore les cheveux, rejetés en arrière, sont maintenus par une étofïe agrafée au sommet du crâne.

Quant à l'éventail, en forme de feuille de lotus, il était bleu, parfois rouge ou des deux couleurs ; le chapeau était en paille jaune.

Que l'on s'imagine alors la foule bigarrée, élégante et souple sous le soleil, dans une viUe aux murailles peintes, et nous reverrons toute la gamme chantante des nuances grecques de la couleur, de la joie et de la \'ie.

Parmi cette foule, on rencontre à peine un pour dix de hgures masculines : éphèbes vêtus de la chlannde ou de la courte chemise, le large chapeau de feutre sur la tête. Jlais si nous allons de Tanagra à M\rina. ville ruinée du|^ni<^ siècle, située entre Pergame et Smyrne, la piroportion change considérablement, et nous pourrions souvent y confondre certains types de statuettes avec celles de Tanagra qui, longtemps, }• importa ses produits. A M\Tina, toutefois, les Eros ont pris des libertés, ils ont quitté leurs socles avec les Psychés et les Xikés pour \'oyager vers l'infini au gré de leur caprice. Ce petit monde ailé accompagne et \'énus et Bacchus

DE M.\NL)(iLP

Myrina a ((inservé cjuclques noms. On lit fré- (liK'inmeiit au dos dos statuettes la signature de l'artiste : Diphilos, Pythodoros, Ménojjhilos, etc. En modelant ces figurines avec tant de vérité 1 t de vie, les artistes grecs ont surtout cherché à j)laire à leur clientèle, et il ne faut ]>as trop demander, quand le sujet n'est jjas nettement défini, si telle statuette rai)i)elle A])hrodite, Démeter ou Ariane, car la ])lus grande fantaisie présida à la confection des modèles, souvent traités avec des variantes qui en faisaient des cL'uvres nouvelles. Ainsi l'Hermès au bélier, en terre cuite, du Louvre, peut aussi bien se rapprocher de l'œuvre de Calamis que représenter cet éphèbe choisi chaque année parmi les plus beaux de Tanagra, et qui, religieusement, taisait le tour de la ville en portant un bélier :

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