I.E lîUCIiEROX F.T SON CIIIICX
L'ART ET I,ES AKTISTl^.S
Je regrette de n'avoir pas la place nécessaire pour citer quek]u'un de ses nombreux écrits sur l'art, sur la philosophie. On y verrait un esprit sans cesse en éveil, d'une indépendance absolue, se dressant aussi fièrement contre un privilège que résistant à une revendication injustifiée. Dans ses Promenades au Louvre, Raffaëlli a donné une théorie remarquable de la façon dont il entendait que l'on peignît le peuple : avec sympathie, mais sans servilité ; en lui donnant les moyens de s'élever jusqu'aux esprits éclairés, mais non en contraignant ceux-ci de s'abaisser vers lui.
Il n'y a pas à dire : une belle pensée est créatrice d'une belle œuvre d'art. Que chaque artiste pense à sa manière, soit. Qu'il ne puisse s'exprimer que
par les moyens matériels de son art, c'est non seulement naturel, mais c'est nécessaire. Mais que l'on ne soutienne pas qu'il faut ne pas penser pour faire de belles œuvres, ou même simplement que c'est inutile. Tous les grands artistes de tous les temps, aussi bien Raphaël que Rembrandt, Chardin que Watteau, Corot que Puvis de Chavannes, ont été à leur façon des poètes ou des penseurs.
].-¥. Raffaëlli, épris de pensée, ardent contemplateur de la nature et de la vie, se classera parmi les plus vaillants et les plus originaux artistes de notre époque, et ce « jugement des vivants >> dont nous parlions au début, et qui s'instruit en ce moment à la galerie Georges Petit, est déjà prononcé, et sans appel, en sa faveur.
Arsène Alexandre.
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LE DÉMÉN.\(;E:MEXT (sra\un- on couleursi
SKALICA EX HONGRIE lSl..\ ,iq\ii()
VACL AV JICHA
LA .Moravie est, entre la Bolirnie et la H(iii,i;rie slovaque, une terre bénie, mais où les |)o])ulations slaves, qui y sont chez elles, endurent une lutte terrible contre l'invasion allemande, armée de capitaux inépuisables. Aussi, malgré leur infériorité financière, cherchent-elles à en remontrer à l'adversaire, dans tous les domaines de la culture, et particulièrement dans celui des lettres et des arts. Cette émulation ])roduit, il va sans dire, d'e.xcellents résultats. Au surjilus, ce margraviat llorissant est, en Autriche, depuis des siècles, le pa\'s par excellence de l'art populaire. La terre fertile et l'habitant aux costumes bariolés sont un jk'u à la patrie tchèque et à Prague, capitale morale des Slaves, ce que le midi de la France est à Paris. Avec la hâblerie en moins ! Car, chose curieuse, si un Fartarin tchèque devait se rencontrer, on le trouve-
rait ])lus faciU'ment en iîoliéme que dans cette large et douce vallée, épanouie au soleil du côté du Danube, vraie patrie et dernier refuge de la chanson, de la broderie et de l'ornement jiopulaire slaves.
Les maîtres d'école moraves sont renommés, (le])uis l'époque de Comenius et de la h'ralcrnité déj.à. Paris a entendu, à l'Héitel de Mlle, l'an dernier, les concerts d'un de leurs grouj^es choraux qu'on a présenté comme tchèque, afm sans doute de n'avoir pas troj) de nuances ethniques et linguistiques à défuiir. L'artisteque je demande à mon tour la permission de présenter aujourd'hui donne des leçons de mathématiques et de dessin dans la l)etite ville de Straznice (Slrajcnitsé, 6 ooo habitants an plus). Il n'a que ses jours de congé et ses vacances pour dessiner et peindre. Il n'a jamais fait de son art un métier et avant le mois dernier n'avait
jamais t'xjiose.
der. Et ce lut ; graviat, qur ^I (ieniain, fut aili
Il a fallu un liasard jujur l'\' ilécii BiiU) (Miunni, capitak- du uiar- . X'aclav Jicha, du jour au leniii> au preuiur rang îles artistes do
sa patrie et jugé digne de former, avec il.M. Jozka l'prka et Buhumir Jarcmel:, un trio niagnitujutment tyjiiciue de l'art et de la nature moraves.
Et s])écialement de cette région de la Moravie, déjà nettement slovaque, qui s'étend entre la rivière dont le pays tire son nom et la chaine des Petites Carpathes. C'est la mieux conservée. M. Ujirka en a célébré l'halntant et ses travaux, ^I. Jicha nous en montre les aspects variés en des séries d'immenses et lumineuses aquarelles, enlevées avec une verve rapide et audacieuse, où la sauvagerie des maisons blanches, sous chaume ou bardeaux, enluminées d'ornements écarlate, orange et bleu céruléen, éclate délicieusement vive dans la tranquille symjihonie des branches, dorées par l'automne, ou des fouillis buissonneux, que le printemps saupoudre de cendre verte. De ]ilus rapides, de plus tranches, de plus jo\'euses, dans des
dimensions monumentales, je n'en ai vues en aucun- pa\-s.
Elles ont une santé et une jeunesse un peu rudes qui sont celles mêmes de la contrée. L'ensemble de l'œuvre équivaut, piour la Moravie slovaque, à la collection des ])lanchettes à l'huile de Grigoresco pour la Roumanie et de Stanislawski pour la Pologne et l'Ukraine. Les décrire, c'est décrire le pays lui-même.
La rivière d'abord, cette
Morava blonde que les atlas
allemands baptisent Marsch,
et dont la lenteur morcelle en
îlots un vaste territoire de
ramilles (comme nous apprit
à dire Pouvillon), tout inondé
au printemps. Alors des lacs
de plusieurs lieues s'extra-
\-asent, traversés par les routes
sur remblais et des ponts de
•■ . bois ou de fer, d'où l'on
~-^- domine des réfractions de ciels
T, (t de nuages miraculeuses.
'^''' ' De grands arbres paludéens
forment des bocages cente-
^ naires d'où s'échappent les
cerfs et les biches. Au loin les
' ' coUines historiques de Velehrad
et de Buchlov bleuissent d'un
coté : de l'autre, celles de la frontière hongroise,
les vignobles de Skalica [Skalitsa] , la ville du gibet
slovaque, passent de l'or à l'outremer avec les
lieures. C'est une première portion de l'ceuvre,
consacrée aux arbres et aux lointains, à la rivière
et à ses inversions de la berge et du zénith. La seule
dont on pourrait trouver à la rigueur l'analogue,
très peigné et amoindri, dans certains paj-sages de
France. J'en aime surtout les aspects d'automne
où le lileu du ciel redouble à travers l'or des
fi\)ndaisons et où les parterres sont tout semés
des pietits clous lilas des colchiques.
Puis les abords des petites villes et des villages, qui se marquent surtout par d'autres agglomérations, vrais villages de meules celles-là, dont ^I. Jicha est une façon de Claude Monet aquarelliste. Les aspects baroques de Skalica formeraient en quelque sorte la capitale de ce royaume d'aquarelles barbares et savoureuses, Skalica, ville de couvents, qui joua un peu le réile, dans cette vallée, de Trnava, la Romeslo\-aque, dans celle du \\"ah, de l'autre côté des horizons boisés. C'est-à-dire que ce fut un