‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 38 sur 99 · L APPRENTIE · texte numérisé non relu

L APPRENTIE

jamais ne se repose sur un succès, jamais ne se répète. Il faut toujours qu'il trouve et c^u'ilcrée autre chose. Il ]iourrait dewnir un spixialis/c, fonction couuuode ri lucrative ; mais il est trop passionné ]5our s'immobiliser dans une note lieureusement trouvée. Il a besoin toujoiu's et toujours de ces bonheurs uouveaux dt.' la lrou\aille impré\-ue. Il travaille ilans une perpétuelle excitation et il se conserve d'une jeimesse absolue, puistiue l'on demeure jeune tant cju'oii ne se répète point.

C'est ainsi qu'aux Salons de 1002 et de 1904 il ouvre tout un lilon de nouveau.x paysages, sortes

d'interjirétations delà nature, les uns sur des thèmes bretons, les autres sur des motifs flamands. C'est ainsi encore qu'au.x Salons de 1907 et de 1908 nous voyons reparaître de grandes études de types liuniains, l' Apprentie, la Vieille femme dans la iicr^c, r Automne de la vie, le Bûcheron et son chien, qui à l'intensitépénétrante d'études i)hysionomiques telles que les ceuvres de début, joignent une exécution 'le\-enne d'une souplesse et d'une richesse parfaites. Il s'en faut que toutes ces étapes qui apportent

I hacune avec elle des séries nombreuses de tableaux, d'esquisses, de peintures toutes significatives et d'une grande valeur, constituent à elles seules les éléments d'activité de Raffaëlli. A côté de -(in leinre pr(>|irement dite, voici qu'il fait acte d'iinenleur, et (ju'à son magniiîque bagage de ]ieiiitre, il ajoute un (euvre de graveur qui suffirait à lui seul jiour faire le renom d'une carrière.

Comme inventeur, il trouve ces fameux « pastels à l'huile ». bâtonnets de couleur réalisant le désir de Titien : " Si l'on pouvait peindre avec des couleurs qu'on aurait au bout des doigts ! » et il entraine à les expérimenter et à s'en servir un grand nombre des meilleurs artistes français et étrangers.

II applique son esprit d'investigation à la mécanique, aux ])rocédés de technique dans tous les arts, et notamment celui de la gra\tire en couleurs.

Rien de plus spirituel et de plus raffiné que ces gra\-ures en plusieurs tons qu'il multiplie, et montre avec un succès toujours croissant, soit seul, soit avec la Société qu'il fonde et qu'il préside, à bon droit, ayant véritablement infusé à cet art une nouvelle vie. Son leuvre de graveur va du simple ( riHjui- d'un jiersonnage tyi^ique ou d'un coin de pays à tles planches comme le Grand-Prix de Paris, qui sont parmi les jilus importantes que la gravure en couleur ait jamais produites.

Enfin le voici à la tête d'un si riche et si imposant ensemble de travaux qu'en cette année 1909 la galerie Georges Petit tout entière n'est pas trop grande ])our en présenter dans son ample développement la multiple et profonde évolution.

J'ai forcément, dans cette rapide étude, omis bien des détails, groupé bien des œuvres sous des indications générales. C'était d'ailleurs mon but ici, non jxis de tracer une biographie ainsi qu'une étude de critique en règle, mais de situer l'œuvre de Raffaëlli à sa vraie place qui est une des plus à part et des })lus belles de notre temps. Reprenons donc, d'une façon générale, les traits les plus saillants de cet (euvre et de cet esprit.

Un caractère tout d'abord nous frappe: c'est que, malgré son extrême di\-ersité, l'œuwe de Raffaëlli est d'une unité absolue et superbe. Que ce soit un des fins jietits tableaux du début ou ime des larges et brillantes peintures de ces dernières années,

L'ART ET l.KS ARTISTK

l'accent est le même, et il n'\', a pas eu de ces hésitations déconcertantes, do ces volte-face qui montrent chez un artiste un arrêt dans la volonté. Un Raffaëlli de 1882 est analogue à un Raffaëlli de iqof) : c'est la même incisive jK'nsée. le même beau métier, imprévu avec chaque leuvre, et constant avec lui-même à travers toutes. De même, parenté absolue entre une figure isolée et un ])aysage, entre rmc peinture et \m dessin, entre une sculpture et inie gravure à l'eau-forte. Ce qu'on a ippelé l'universalité chez im artiste, te n'est autre chose que la persistance d'une volonté ; et en ce sens notre artiste est universel comme les beaux maîtres d'autrefois. Il ne songe même pas au moven qu'il emploie, car il prend immédiatement celui qui convient le mieux à la ]icnsée et à l'émotion du moment. Comme sa technique, son émotion est univer- ' lie : il reviendra aux jiauvres gens .i\ec la même sympathie qu'il va au.x élégances et aux. grands caractères. Une belle jeune hlle le rendra aussi attentif et aussi beau peintre qu'un homme d'action comme Clemenceau, qu'un homme d'art comme Edmond de Concourt, ou enfin qu'une pauvre et âpre épave de la \ie comme la Vieille femme dans la iieiqe. Comme il avait peint les banlieues misérables, il comjwse de fraîches et éclatantes symphonies de fleurs. Il aura tour à tour la note de drame et la note d'enjouement Bref c'est un artiste absolument spontané, et qui ne travaille que dans l'ardeur de la pensée, dans la griserie de la besogne de bel ouvrier.

Si de là je passe à la conception même, c'est-à-dire si je iiiiionti- d.

l'aspect immédiat des (etivres et d.

la commotion qu'elles procurent à l.i pensée et à l'émotion qui les ont iii>pii^ées, je discerne que c'est un idéal très élevé de justice et de bonté ([ui a présidé à la carrière de ce beau philosophe et jieintre. Rien de ce (pii est humain ne lui fut étranger. L'an teur des Vieux convalescents est tendre pour les abandonnés, et en même temps la ses plus suaves caresses, le trouve interprète vinature, aussi bien dans ses ingratitudes que dans brant, observateur à la fois dominateur et attendri.

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