L.\ l'L.VCE DE 1V.\KUZ.\.V LIIUT.V
En grand désordre dans les branches, autour de la grande régularité des rues centrales ; là, chaque maison placée de même, l'une connue l'autre, de même forme, sous im même chaume et d'une égale blancheur, mais rehaussée d'une autre frise ou d'un autre soubassement aux plus violentes couleurs.
Puis, longeant les ruisselets qui gazouillent sous les aubéjiines, nous entrons dans les vallons et remontons par les bois, vers les lourds ciels d'orage et le vent froid des frontières et des cols. De cet acheminement aussi ces aspects, sans ciel, de brochettes de chamnières, enfilées le long d'un chemin ou d'une haie, à mi-cêjte des cultures zébrées : colzas jaune-citron, trèfles roses, chanvres brunis, pavots roses et blancs, vulnéraires cadmiumorange, lins et luzernes bleus. es])arcettes lilas.
d'intensité dans l'espace, jus(prà l'extrême lointain, où l'on devine les inunensités plates de la Pologne ei de la Russie, pages angoissantes par le sentiment d'infini hostile que ces mornes régions dégagent. Au premier plan une p\ramide de ])ierres plates et triangulaires, jeu de i)àtresà demi .sauvages, évoque la farouche mohila, le sé]nilcre sacré des ancêtres. Tels les sujets de cette (euvre une et inulti])le. Comment dire les variations d'un pinceau agile et hardi à l'excès, sans fausse virtuosité, sans trucs, sans recettes au service de cette cause? Le paysage est en désordre, le paysage est immense ; res])rit anarchique slave souflle sur les toits et les guérets. Pour faire sentir la grandeur de ce jiaysage, mieux vaut et! couper un morceau brut qu'y établir un ordre factice. L'harmonie résultera, si l'on veut, des
subtiles associations de viok-ncL-s homéopathiques ou au contraire du cii à tue-téte de complémentaires exaspérées; mais toujours, en même temps, de l'exquis sentiment d'amour et d'intime jouissance d'un artiste aux \cux \'ierges et à l'imagination fraîche en lace de la nature natale. Aucun préjugé d'école, aucune maladresse de paysan endimanché. L'art tout nu, d'une àme toute nue, devant la nature nue. ("e mathématicien émérite ne raisonne plus devant son motif, il lui obéit et il jubile de sa journée de liberté en plein air. Les enfants, les chiens, les pâtres ou les gendarmes viennent le flairer, il n'a cure quv de la décomposition des nuances au fil de l'heure. Peut-être pense-t-il à la page de l-iacli du de Smetana qu'il a jouée la veille, au binnnie de Newton qui, dans les
devons d'écoliers, l'attend à la maison, à de beaux vers de Brezina, à une élucubration du mystique Bilek, jamais, jamais à un cancan des cercles artistiques de Vienne ou de Prague, jamais à braver ou capter l'opinion du voisin, à damer le pion à un confrère. Et rentré chez lui il entasse une ou deux aquarelles géantes de plus sur les monceaux des années précédentes, sans l'idée même de les montrer à d'autres qu'à sa femme et à ses amis, et nul d'entre eux n'a cure des querelles entre les /.s7t',s- et les ismes à la mode.
Et il est heureux. Puisse-t-il ne pas cesser de l'être, aujourd'hui qu'il a commencé à devenir célèbre !
William Ritter.
Cl. ,1e râtelier RcUdi.
.W.\XT LE PRINTEMPS
ART DECORATIF
MILJSS©]
Aujourd'hui, parmi ceux qui collaborent à eu qu'on est convenu d'appeler " les arts appliqués à l'industrie », ou « l'art décoratif ", il \- a deux catégories nettes. Les uns font des dessins, ou plus exactement des « desseins » (comme on écri\-ait au temps de l'ancienne Académie royale de peinture et de sculpture), des projets, des cartons, ([u'ils remettent à un patron, à un entrepreneur. Celui-ci envoie le carton à des artisans chargés de l'exécuter. Une hiérarchie distingue la concejJtion de l'exécution, les dessinateurs des ouvriers.
Cette hiérarchie est née de l'industrialisation et de la spécialisation du travail :
la machine tend à remplacer l'ouvrier, seul l'artiste reste l)our ainsi dire le cerveau de la machine. Il n'en allait pas de même à une époque où la machine n'existait pas, où la main-d'œuvre conservait tous ses
droits, restait souple, patiente et intelligente, où l'individu social, ayant des privilèges, affirmait sa personnalité par tous les mo3'ens, par sa bravoure, son esprit d'initiative, dans sa maison ou son château, dans son luxe, dans son costume. Imaginez, au début (hi .\x<= siècle, un homme qui
aurait ])u \i\re au xv^' siècle, tra\-aillant dans sa maison, au milieu des siens, sans le secours de la machine, avec l'aide de ses seuls outils — les plus anciens sont les meilleurs, — et réalisant, pour le compte d'amateurs, des objets d'art qui ne soient pas de monotones répétitions ou des copies mal déguisées, — tel est Husson, dont M. Hébrard vient d'exposer dans sa galerie l'ieuvre inlinimeiit divers. Husson est le type de l'artiste artisan.
Il exécute sa propre conception. Il fait un ])rojet, un simj)le crocjuis, qu'il interprète, au cours de l'exécution, en l'élar- 1,'issant ou en l'amenuisant, suivant les nécessités de la technique employée, et corrigeant ainsi ce (jue le dessein pourrait avoir d'im ])eu abstrait.
On trouve dans ses origines les éléments d'une personnalitéaussicomplète.
Husson, fils d'un serrurier, a commencé par apprendre le métier de son père, et l'art du fer est resté sa principale occupation. Une belle clef exécutée en cachette, montrée et vendue trois ou quatre louis à un amateur, voilà le point de départ de sa carrière. Entre temps, il suit les cours de dessin, le soir, travaille à des
VASE (cuivre
CriLLER A SITRE (art;<iit cisi-lc-i
mt-nbles dans \v guut ilc la Kiiiaissaïux-, i)i)ur le compte (rcntrepifiK'Uis. aluliciiu' touti.' espèce d'individualité, renonce à sa signature pendant vinL;t-sept ans. ins(jn'an jour où le fondeur Héhrard, discernanl to\it ce cpi'il y avait en lui de talent dévoyé, d'orii^'inalilé véritable et de sûreté technique, l'encourage et le rend pour ainsi dire à lui-même.
Le genre d'existence q\w mène Husson explique sa conception ornementale. 11 vit en jileine campagne, près de Mantes, dans une vieille maison du pa^■s, au milieu des fleurs et des champs. Les papillons et les coléoptères qu'il collectionne, les plantes qu'il arrache ou qu'il entretient lui-même dans son jardin, lui suggèrent chaque jour des thèmes de décoration. Par l'exactitude et le scrupule qu'il ajjporte à imiter la nature dans
'^(■s manifestations et dans ses combinaisons, Hussein est un ]>ur gothique. C'est à Chartres, à Reims et à Amiens, aux portails des cathédrales, aux ])iédroits qui se répartissent de chaque ci")té des tympans, sur les chapiteaux fouillés dans la ])ierre, que vous observerez le même griiuillenunt de la vie humVile, simple, infinie des cli.uuiis. le même souci naïf et presque enitiutui - ce mot veut définir la fraîcheur de -■iiisatiiin \isiu-lle — à reproduire des détails liimiblrs (pii >'harmo!iisaient à merveille avec hi npréscntatiiin des saints et des apôtres, mus du pciqile. coiimie chacun sait. Les Grecs aimaient à sculjiter la feuille d'acanthe, parce iinc l'acanthe abonde dans les jardins grecs. De mi'ine. les artistes français du moyen âge re- ^'ard, lient autour d'eux : une bête à bon Dieu sur une leuillc, un colimaçon sur un chou, un lézard qui se laufile sur un mur, des feuilles de lierre, \ii]là toute leur imagination. Ainsi Husson croque iir son carnet des chauves-souris clouées à un unir, des cigales, des libellules, du lierre, du panet sauvage, des algues, des poissons, des colimaçons, des bêtes à bon Dieu, des sauterelles, du houx.
11 les note avec leurs moindres particularités, i\. ciuimie cet artisan du portail de Vézelay, il remarque par exemple que les linéaments du lierre qui grimpe se tordent au gré des spirales d'enroulement. ]Mais ces notes, il ne les emploie ])as à tort et à travers. Toujours il leur donne une destination logique, appropriée à l'usage de l'objet qu'il s'agit d'orner. Sur la panse d'un grand \'ase s'épanouissent les ailes éployées d'une cluuu'e-souris, et entre les ailes, pour mettre de la
FEKMAIL (l.r cibi-le et îi.rgé)
L'ART F.r I.i:S ARTISTES
l'LAT DE CUIVRE CISELE ET KEPCJLSSE
variété dans cette ornementation un lun rii^iilr, il prodigue la floraison du panit ^au\ai,'r. Aux parois d'un petit vase, ce seront des cit;ales grimpant sur les graminées on sur les roseaux son])les.
A un plat, il donne la forme d'une coquille; une tête de Sirène (ornrera knœud de la cocpiille, et la chevelure se r é p a n tl r a parmi les algues. De jiart et d'autre d'un j)lat à poisson, il représente des têtes de grondins. Je pourrais multi]>lier les exemples ; j)artout c'est la même harmonie entre le détail ornemental et l'ai chitecture.
Le même équilil)r<existe entre le choix du décor, la matière utilisée et les techniques propres à cette matière. Ici Husson se montre un artisan merveilleux autant qu'un artiste et réunit les deux termes de la hiérarchie.
Husson, qui est à l'oc- .ision menuisier, exécute parfois des émaux chainj»levés, dont on \-erra quelques exemples à la galerie Hébrard. Mais l'artl
du métal l'attire tout ])articulièrenient ; Plusson aime à le forger, à le repousser, à le ciseler, à l'incruster. Tantôt il emiiloie ces (iratiques si diverses séparément, tantôt il les combine, dans une exécution souple et variée où se rencontrent des délicatesses d'orfèvre et les accents robustes d'un ferronnier. A ces combinaisons de pratique, il ajoute des cond)inaisons de matière et les raffinements de la patine. Il introduit ainsi, dans des objets d'un usage familier et vulgaire, un peu de citte noblesse que les artistes s'ingéniaient à mettre, ])ar toutes sortes de moyens comme la niellure, la damasquinure, la ciselure et la fonte des métaux, dans les armes dont on ne se soucie guère aujourd'hui, mais (pu i)articipaient à la gloire de Godefroy de Hoviillou ou de la cour île François F''' comliallant à l'avie.
D'une manière générale, il emjjloie le
cuivre rouge qu'il rejxjusse, parfois dans
une épaisseur formidable, pour former les grandes
lignes du décor. Là-dessus il Ncisr (Us roulées
d'argent. Si, à l'arrêt di' l.i - .;iir ilc
Hâi|