PORTRAIT DE MAHOMET II
collection Layard, est une merveille de pénétration. Il y a du incrcauti dans ce type de malice patiente et de savante fourberie. Grand seigneur, malgré tout, mais avec plus de coquinerie que de seigneurie. L'n terrible sournois, un félin. Le sourire qui pourrait sortir de ces lè\Tes serrées et secrètes ne saurait venir que de la joie lie la vengeance. Ce joli monstre, gracieusement féroce, épouvante à force de douceur. ]\Iahomet II fut ravi de son peintre. Tout au plus soupçonnat-il quelque magie chez ce sorcier venu d'Occident qui savait dérober ainsi leur secret aux âmes.
« Qitalche divino spirito addosso », dit Vasari. Le Grand- Turc n'en conféra pas moins à Gentile le titre de Bey et, en jirenant congé de lui. lui passa au cou une chaîne du poids de deux cent cinquante ducats.
PORTRAIT DU BIHMU.rKErX Jl-IIMl
A la suite dv ([ucllfs aventures ce portrait du sait aux Turcs, ayant écrit des Cumincnlarii délie
sultan l'Sl-il \'enu trouwr asile au jialais Layard ? ('<>se de' Tiirei. L'effigie révélatrice du caractère de
C.entile avait ra|i|i(irté à W'uise un second exeni- .Malioinet II devait figurer à une place d'honneur
plaire de son (ruxie. Le tableau de la collection dans la galerie du docte prélat. Paul Jove, histo-
l.axard est sans doute <elui ()ui figura dans la rien professionnel, devait admirer et respecter en
galerie de Paul |o\-e, sui" les bords du lac de Cônie. (ii-ntile Px'llini un de ses plus puissants prédéces-
L'é\e(|ue di' .\o( ( 1.1 n'ii.iit pas homme à dédaigner seurs dans l'art de raconter les mteurs et de scruter
un jiari'il ilief-d'uin le. (iio\-io était collectionneur les âmes,
parce (pi'il était axant tout historien. Il s'mtéres- Hexry Roujo.x.
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R.-P. BONMVCTON
Vue de Venise (aquarelle»
L'A ri et les Artistes, n'
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Ph. T. Filippi. PV»
BEPPE CIARDI — i.E RÉVEIL dc printemps
La
POSIT
TERNATIONÂL!
de Veni,
QUAND, il y a qiiin/.r ans, la nouN'elle sf irpandit dans les nillii'iix artistiques (|iu' la municipalité dc Venise jinnait l'initial i\T d'organiser tous les deux ans une ini|)i)i tante expu^ition iiiteinationale d'art nuMleiiie. elle ne piiAocpi.i on ]ieut bien le dire, anjonrtrinii (pie le sueeès le ]ilus grand et le ])lus mérité a couronné les eftorts des promoteurs de cette entre])rise — cpie le doute et la méfiance.
Une exposition d'art moderne à Venise ! s'éeriat-on. Une exposition d'art moderne dans la patrie des Bellini et de Carpaccio, de ïintoret et de Véronèse, de Guardi et de Tiejxilo, cela ]xuiit uni' chose impossible ou folle; cela, aussi, lit à certains l'effet d'un blasphème. Où sont donc les ])eintres
et li'S sculiiteurs, ^e demandaient ceux (pu ne sont ni peintres ni sculpteui>, (pii auront l'audaee d'alironlei' le voisina,t;'e de tels niaitres. d'accrocher leurs toiles, de dresser leurs statues aussi pri"'S des immortels chefs-d'duvre dont les éi,dises, les palais et les musées regorgent ? ^hlis il n'\ a pas (pie le C(")té artistique à envisager. Une l'exposition s'ouvre ; qui la visitera ? Parmi les étrangers (pii de mai à octolire peuplent l'eiieliantei esse \ille, jjèlerins enthousiastes de son passé et de sa gloire, combien \' en aura-t-il j)our s'intéresser à une exposition d'art moderne? Est-ce doue là ce qu'ils viennent chercher à Venise, et quand ils ont l'Académie, le musée Correr, Saint-Ckorges des Esclavons, l'Ecole Saint-Kocli, le palais des Doges,
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XOSTAICIE
comment jienscr <iiril> tcinnt le moindre effort ])oiir se tenir an eonrant des dernières nouveautés artistiques de lierlni. de Paris, de Bruxelles, de Londres^ Pour ee ijui est des Italiens eux-mêmes, l'art iiKMkriie. rdiitinuait-on injustement, l'art moderne n'existe pas en Italie, i-t le nombre, in tout cas, de ceux i|ue jiassionne le mouvement de la production artistupic contemporaine en Eiu'op' n'est certainement pas assez grand ])our assurei la réussite, sinon matérielk', morale du luoins, de cette tentative.
Les événements ont dduné à ces prévisions le démenti le ]>lus formel, et tous ceux qui aiment l'art s'en réjouissent. 11 faut diie que rien n'avail été épargné dés le déliut |Miur forcer le succ('~, que rien n'a été é])argné depuis jiour le conserver et l'accroître.
Le lieu choisi pour ces expositions est l'un dr-endroits les ])lus plaisants de Venise : ces char mants Giardini ([ui, à nu-chemin du Lido, soin une délicieuse halte de verdure, une oasis dans h paysage de marbre où traîne sans cesse, selon V joli mot de Maurice Barrés, « ce soupir suspendu cette tristesse voluptueuse dont Venise éternellement se pâme ". A travers les arbres, l'eau île la lagune miroite et l'on voit étinceler tendrement là-l)as, parnu l'air nacré, le décor miraculeux du
(juai des Esclavons couronné ]iar les coupoles d'argent mat de Saint-Marc.
C'est dans les Giardini que fut construit le petit palais destiné aux expositions de la municipalité de X'enise. Il était loin d'être, quand s'ouvrit, en iNii5, la première « mostra veneziana », tel que nous le vox'ons ; dès la seconde exposition, il était augmenté de cinq salles nouvelles et il n'a cessé, dejiuis, de s'agrandir, de se transformer, de s'embellir.
Contrairement à ce qui s'est passé chez nous lors de la construction du Grand et du Petit Palais, on s'inquiéta surtout, en en dressant les plans, de sa destination, et, en l'aménageant, des nécessités éventuelles qu'il serait appelé à satisfaire, des modifications qu'il serait susceptible d'avoir à subir. L'enfouir parmi les arbres, c'était, déjà, s'interdire toute dépense excessive, si vaine, d'ailleurs, en ce genre d'édifices, de décoration extérieure; c'était se libérer sans inconvénient de toutes les entraves que comporte l'aspect monumental imposé parfois par le milieu arcliitectonique.
Les salles du palais des Giardini sont claires, de pro]K)rtions harmonieuses, point trop vastes, point trop élevées; elles se group)ent logiquement — et ripenilant avec assez d'imprévu pour enlever à la promenade que l'on fait à travers elles toute monotonie — autour d'un grand salon d'honneur auquel on accède par une salle octogonale, dite salle de la coupole, précédée elle-même d'un vestibule.
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Les quatre premières expositions, 1895, 1897, 1S99.
1901, furent très brillantes, ainsi qu'on le verra par les chiffres que je citerai tout à l'heure, mais c'est à partir de la cinquième.
1903, que fut applique plus largement le programme qui devait faire de ces expositions des manifestations artistiques d'un intérêt et d'un agrément incomparables. La fusion des arts, de l'art pur et de l'art décoratif en matière d'expositions, à laquelle on av-ait donné déjà tant de soins en Allemagne et en Autriche, devait vraiment se réaliser à Venise.
« Les salles d'exposition habituelles, froides, monotones, où les œuvres s'alignent avec une uniformité si fatigante ou s'entassent pressées, doivent se transformer en des milieux vivants, sympathiques, imprégnés de chaudes habitudes humaines. Chaque salle aura l'aspect d'une petite galerie aménagée par un amateur intelligent qui.
non seulement excelle à collectionner de belles clioses, mais tient à les jirésenter bien et à bien \i\-r<' au milieu de leur amicale compagnie.
i( La présidence de l'exposition a l'espoir (pir cette innovation, si imparfaites qu'en soient les premières ])reuves, sera féconde en hevneux résultats dans le ])résent et dans l'avenir
« Aux sensations frat;mentaires et contradictoires qui assaillent aujourd'hui le N'isitc ni" d'une exposition :illisti(iue et l'obligent à un tra\Mil jiéiiible d'orientation et de choix,