‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 52 sur 99 · I.INO SE1.\'.\TU'C) — PORTR.MT DE L.\ COMTESSE MOROSINO · texte numérisé non relu

I.INO SE1.\'.\TU'C) — PORTR.MT DE L.\ COMTESSE MOROSINO

ETKjRE Tllu

PAGES D A.MOrK

on verra se substituer une vision plus large et plus calnie, un de ces r\"thmes harmonieux de formes et de couleurs qui, en reposant IVeil, disposent plus facilement l'esprit à la sérénité contemplative. « Si les expositions ont provoqué incontestablement une sorte de vanité indisciplinée de Tvlividuelle, si elles ont aussi encouragé >e habitude de faire « le tableau pour le

ialLdii, la statue pour la statue », le nouvel aménagement de nos expositions contribuera peut-être à modérer cette indiscipline, parce que les artistes commenceront à se soucier davantage de cette harmonie de rapports entre rceu\Te peinte ou rœu\Te sculptée et les images et les objets destinés à l'entourer, harmonie dont ils connaitront un jour tous les bienfaits.... »

Programme assez complexe, on le voit, et assez difficile à exécuter. En 1903, l'exposition de \'enise se bornait à l'appliquer aux salles des diverses régions italiennes, et en 1905 aux salles de quelques nations étrangères : la France, l'Angleterre. l'Allemagne, la Suède, la Hongrie.

Des expositions ainsi conçues, ainsi ordonnées constituent, comme on pense, un spectacle autrement varié, autrement attrayant et fécond en surprises que nos Salons de Printemps ou d'Automne, malgré les quelques efforts tentés depuis quelques années pour en rendre moins monotone et moins fatigant l'aspect. A chaque catégorie d'reuvres exécutées sous le même climat, sous les mêmes influences de traditions, de mœurs, de pensée, de culture, correspond im décor spécial, un milieu particulier qui les fait valoir, en les situant dans leirr atmosphère ; elles ne sont plus ainsi dépavsées, déracinées. C'est là d'ailleurs le principe qui a été appliqué à la création, au plan, à la décoration du nouveau ilusée des Arts décoratifs de Munich et du Kaiser-Friedrich Muséum de Berlin. Outre qu'il est strictement logique, en principe, son application permet à l'architecte, au décorateur de se produire dans des conditions normales et utiles. A lui, comme au peintre et au sculpteur, l'avantage est offert de ne plus se trouver parqué, classitié, étiqueté comme des marchandises

dans les ravons d'un grand magasin, et son (cuvre ne peut que gagner à se retrouver comme dans son milieu naturel composé d'éléments divers et forcément harmonieux.

Qu'une semblable tentative ait trouvé auprès des artistes de tous les pays, auprès des artistes italiens, auprès du grand public international pour qui l'Italie est un lieu de permanent pèlerinage, l'accueil qu'elle méritait, le succès auquel elle avait droit, U ne faut point s'en étonner.

« La Commune de \'enisi-.

disent les rapports officiels, avait trois buts, en créant ses expositions : montrer au public les spécimens les plus beaux ou les plus caractéristiques de la production artistique contemporaine ; développer et affiner la culture esthétique ; créer un nouveau et important mar ché d'art.

« Les volumes qui con tiennent les catalogues illustrés de nos expositions prouvent que le premier de ce-buts a été atteint : les nomles plus illustres de l'Ai' dans tout le monde civili^i brillent au cours de cpages.

« Le mouvement passion né d'études, d'analyses en tiques, de polémiques tou chant la production artisti que d'aujourd'hui, qui s'est manifesté en Italie depuis 1895, l'importance et la vitalité des i)oints de vue particuliers à chaque camp, attestent que le second but ]TOursuivi a également été atteint.

« Quant au troisième, quelques chiffres sufhront à démontrer que l'on peut en dire autant. »

Ces chiffres sont, en effet, extrêmement significatifs ; point n'est besoin d'en citer beaucoup. Un seul suffît, le total des ventes effectuées par les soins de la direction des expositions de \'enise durant les sept premières expositions 1895-1907. Il s'élève à la jolie somme de 3 043 509 lires, soit

une moyenne de 434 787 francs j)ar exposition.

\'oilà, dans ses grandes lignes, le bilan de r(i'u\Te

accomplie par la municipalité de \'enise. Elle est

LIBER* ) ANDREDin

LKS TROIS IWKQIES

loin, d'ailleurs, d'être achevée ; chaque année ou, plutôt, chaque couple d'années l'améliore, la perfectionne, l'enrichit. C'est ainsi qu'en 1907 fut bâti dans les jardins le pavillon de la Belgique, que cette année furent inaugurés trois autres pavillons, celui de la Hongrie, celui de l'Angleterre, celui de la Sécession de Munich. En I9ii,elle renouvellera le décor de certaines salles, notamment du salon

(rhdiiiK'ui- (|ui. de]uiis njuj. L'St orné de peintures décoratives d'Aristide Sartorio symbolisant, avec des mythes de l'antiquité classique, en quatre grands et dix jietits ]ianneaux, le ]ioème de la vie humaine.

Pour mener à l)ien une telle entreprise, pour triomjiher des difficultés qu'i'Ile ne peut manquer de rencontrer au cours de s(in exécution, l'intelligence, la méthode, resjirit de suite, le sens des réalités ne suffisent jias à ceux qui assument la charge de la mener à i)ien et i]ui y réussissent a\'ec autant dv maîtrise et d'éclat. Il leur laut des facultés d'enthousiasme, de dévouement à leur cause, une clairvoyance passionnée de tous les instants, une volonté ardente et zélée. MM. Kicardo Selvatico et Antonio Fradeletto.

à <iui revient l'honneur d'avoir été les l)roniiiteurs de cette grande œuvre, les possédaient, ces qualités. M. Ricardo Selvatico était maire de \'enise ; il est mort il y a quelques années. M. Antonio Fradeletto est député de Venise et secrétaire général de l'exposition. C'est un orateur du i>lus haut mérite, un

éminent esjirit, un ardent patriote, un caractère. Il s'est voué avec l'énergie qui le caractérise au succès de cette entreprise qui est, on iieut le dire sans diminuer en rien les mentes tle ses collalKirateurs, la sienne. Avec le concours du comte Grimani, maire de Venise, justement soucieux de la beauté et de la gloire de sa \-ille, il assure l'organisation entière des belles manifestations artistiques auxquelles [l'Italie doit en grande partie le rang qu'elle est en train de conciuénr dans le mou\-ement des arts européens.

municipal, que les noms les plus illustres de l'art universel figurent aux pages des catalogues. Les noms non seulement les plus illustres, mais aussi les jjIus représentatifs des diverses orientations qui caractérisent la j^roduction artistique des deux mondes. On aurait de la peine à citer un artiste de vraie valeur, de réelle originalité à qui, toute question de notoriété mise de côté, les expositions \-énitiennes n'aient ouvert, une ou plusieurs fois, leurs portes. Les idéaux les plus différents, les plus

opposes.

:lierchc

les plus audacieuses, les formules d'art les plus avancées s'y sont manifestés, y ont été accueillis avec une égale bienveillance ; jamais l'on n'a vu à Venise, comme on le \oit trop souvent dans nos Salons, des œuvres d'art reléguées aux mauvaises places pour la simple raison que l'esthétique de leurs auteurs n'a point l'approbation de leurs confrères charges du placement et de l'accrochage.

De tout ce que je viens de dire, on peut juger de l'action exercée par les expositions de Venise et sur le goût du public et sur le goût des artistes italiens. L'Italie se trouvait, de par sa position géographique, relativement à l'écart du grand mouvement artistique qui se ramifie de Berlin à Londres par Paris, et de Paris à Amsterdam par Bruxelles. EUe manquait de sources d'information, elle restait trop isolée, elle vivait trop exclusivement sur elle-même et de son passé. La généreuse émulation que crée entre les artistes d'aujourd'hui le coude-à-coude dans les salles des grandes ex]iositions internationales, l'encouragement qui leur est apporté par le suffrage Il me reste à parler, avant d'aborder l'exposition des amateurs et de la critique, les points de comde cette année, des tendances artistiques qui se paraison qu'il leur est alors plus aisé d'établir entre sont manifestées à Venise et qui ont présidé au leur idéal et celui de leurs coexposants, le profit choix des œuvres exposées et des artistes invités iprils ne peuvent que retirer de se trouver tout à depuis la première exjiosition. M. Fradeletto avait couj) transplantés dans un milieu différent du leur, raison d'affirmer, dans son rapport au conseil tout cela, les expositions de \'cnise l'ont fourni

ZANETTI ZILLA

LES VOII.lERi

PIETKO CHIESA — la maison des sorcières (panneau central)

PIETKO CHIKSA — VERS la forêt

(panneau de gauche)

PIETRO CHIESA — le retour

(panneau de droite)

aux artistes italiens. En nu-me temi)s que se faisait rédiicaliim d'un i)ublic, assez indifférent, on ])iut bien le dire, aux choses de l'art moderne, — indifférence (jui a son excuse dans la prodigieuse et inépuisable surabondance de chefs-d'teuvre consacrés au milieu desquels il vit, — les jiroducteurs euxmêmes \- trouvaient un enseignement précieux, d'utiles et fécondes leçiins dont déjà l'on discerne tout le bénéfice qu'ils ont su tirer.

La façon dont a été organisée, aménagée et présentée la huitième exposition internationale d'art moderne de X'emse, relie actuellement ouverte, est une ])reuve de ]ilus du souci de nouveauté qui a toujours donmié les organisateurs. La construction des pa\-illons de la Hongrie et de la Sécession de Munuh, rmstallatiiiii ilu ])avillon de l'Angleterre dans un ])etit éditu e )>ir-.(iue abandonné à l'extrémité des Gz((;'(/(»/. du r(]|é du I.ido, ont contribué grandement, il'.dinrd, à marquer celte exposition d'un caractère ]iarticulii'r. Le comité d'organisation a eu, lie ce fait seul, à sa disposition, beaucoup ])lus

de jilace dans les bâtiments du Palais central, ce qui lui a ])ermis de combiner tout différemment que lors de la précédente exposition les éléments fonciers de celle-ci.

Le Palais, en Kjoj, était divisé en trente-quatre salles, dont onze réservées aux huit nations étrangères invitées, soit l'Allemagne, l'Angletef^eJ'Autriche, la France, la Hollande, la Norvège, la Russie, la Suède, douze aux différentes régions italiennes, Rome, la Vénétie, la Lombardie, l'Emilie, le Piémont, la Toscane, plus six salles internationales, dont deux consacrées aux « Artistes du Rê%'e ».

Cette année, au contraire, les salles nationales collectives ont été remplacées par des salles nationales individuelles, pour ainsi dire ; au lieu d'inviter plusieurs artistes à représenter leur pa3's, le comité de l'exposition a jugé bon de n'en inviter qu'un. C'est ainsi que notre Albert Besnard représente, fort noblement d'ailleurs, et fort magnifiquement, la France, tandis que AL Peter Severin Kro\'er re]irésente la Norvège, M. Franz Stuck l'Allemagne, M. Anders Zorn la Suède. Ils occupent chacun une salle, et ce n'est pas un des moindres attraits de cette huitième exposition de Venise

PAVILLON DE .MUNICH — intérieur d'une s.\lle

i.'Ai>:

AU ri^i'i-:s

EMMA C.IARDI — le jardin de e'amour

que d'y ])ouvoir se faire une iilée eoniplète. ou à ]>eu près, du talent, de l'art, de l'duvri' de ces n)aîtres éminents. Ensuite, outre six salles internationales, dont quatre limitées à la gravure, ou, )iour être plus exact, au blanc et noir, on a accorde une salle aux artistes américains résidant à Paris, et une autre aux États-Unis ; le reste aux artistes italiens, en accordant aux plus importants, aux jikis représentatifs des tendances de leur région, une plus large place, de sorte que dans cette section spéciale de l'exposition il est permis, comme dans la section étrangère, grâce à une série, naturellement plus nombreuse, d'expositions individuelles, de prendre contact plus étroitement qu'à l'ordinaire avec nombre de peintres de vrai mérite, qui sont les chefs des diverses écoles de la jiéninsule.

Franchissons maintenant le seuil du clianiianl l'alais des Giardini, et donnons un regard attentif aux décorations dont le ]M;intre GalilcoChini a orné la coupole du premier salon d'entrée. Dans des harmonies de colorations extrêmement brillantes où les bleus et les oi's dominent et qui donnent aux tranches de ce dôme octogonal l'éclat de certaines

coupes d'émaux cloisonnés de l'i-lxlrriiic-f )iiciit , l'artiste a symlxilisé l'histoire héroïque, mystique et sensuelle de l'Art. C'est d'abord les Origines, la naissance de l'Art ; la Beauté, portée jmr les Muses et guidée par l'Amour, va vers l'homme ; puis les Arts primitifs, l'Egypte, Babylone, l'Assyrie ; viennent ensuite la Grèce et l'Italie, l'Art byzantin. Dit moyen âge à la Renaissance, Michel-Ange, le Règne dit Baroque, la Civilisation nouvelle, où l'on voit figurées les énergies modernes qui inspirent les artistes et les artisans, dans l'éclatante lumière de la science où les chevaux de l'industrie et du commerce s'élancent jmur les conquêtes de l'ax-euir. L'effort de M. Chini est des ]ilus estimalile ; il témoigne de dons de création décorative jieu communs. Le parti pris qu'il a ado])té, par exemple, de diviser en trois zones le cham]) de chaciue tranche de la coupole est extrêmement ingénieux, et il fait montre, dans l'ornementation de ces différentes ]iarties, d'une imagination très vive et très brillante. Quant aux figures, elles ne sont souvent que troji mouvementées et elles m'ont paru d'échelle un ])eu tro]) réduite ])ar rapport à la hauteur où elles se trouvent placées et au rêile qu'elles jouent ou

[;ak'

ET I.KS ARTISTES

(iIKoLAMO ( AIKATI

AITOMNE Sl'R LE LAC DE GARDL

ilf\iairiit joinT dans l'fnseiiihk- de la décoration. M. Cliini est je ])cnso, l'élcvc di- M. Aristide Sartorio. dont nons aurons l'oixasion de jiarler.... En tout cas, il nie ])arait a\oir subi trè^ tortement, trop fortement, jieut-étrc, son influence. .Mais ne nous attardons jias....

La salle Albert Besnard est éblouissante : (jne de grâces, que de sourires, quel triomphe di; lumière, d'élégance, de fine et tière beauté ! Puis, (pielle verve du pinceau, quel sentiment e.xquis et >omptueux de la fi}niie ! Et (juelle imagination et qui'lle compréhension, unique, vn vérité, de la modernité ! Tout n'est pas là, et bien des leiivres lesjilus magistrales du grand [leintre — le portrait de Réjane, notamment — se font regretter, sans parler des (cuvres décoratives, intransportables celleslà ; mais que l'on jniisse \' voii', parmi ]>h\> de cinquante toiles fort bien choisies et (jui lorment un admirable ensemble, quelquesunes des jilus célèbres et des jilus parfaites ieu\-res d'.^lliert Besnard, les ])ortraits de la princesse Mathilde, de Mme Besnard, de .Aime Lisle, île Mme Roger Jourdain, lie ]\Ime Rouché, les Clwvdiix luinc/cs par des fiio)is, les Lacustres, la I.cda et la toujours enivrante Féerie intime, cela suffit, et bien au delà, à montrer sous toutes ses faces le généreux talent du plus grand de nos peintres contemporains. Le succès de Besnard, cela ne surprendra personne, est très vif à Venise ; on le fête, on l'admire et on l'aime ; on salue en lui, et fort légitimement, le représentant le plus digne et le plus glorieux de l'école française : ses com-

jiatriotes ont le droit, n'est-il pas vrai ? d'en être tiers.

De la salle Besnard, on entre dans la salle Zorn. M. Zorn est, dans toute l'acception du ternie, un excellent peintre, qui connaît comme personne les ressources de son métier. Il a de la vigueur, de la souplesse, du piquant. Quand il veut se modérer, il touche presque à la jierfection; mais, même alors, que lui manque-t-il ? car on sent qu'il lui manque quelque chose pour y atteindre tout à fait. Je ne sais.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, le grand ]ieintre suédois est admirablement représenté ici, par quatre portraits de la famille royale de Suède, les effigies, déjà célèbres, de M. W.

Olsson et de M. Westrup, un portrait, tout à fait beau et du modernisme le plus aigu, de M. Charles Deering de Chicago, une série de ces études de nu débordantes de vie, presque trop vivantes, qui ont tant contribué à sa gloire, et quelques toiles d'un réalisme étonnamment vibrant, comme Vlntéricur d'une brasserie, Effet de nuit, les Dentellières de ]'enise. Mais c'est aux eau.x-fortes de AI. Zorn ciu'iront, quel que soit le prestige de ses lieintures, tous les délicats. Qui oserait ici se permettre la moindre restriction ? M. Zorn est un maître graveur du génieleplus vif.leplusaudacieux. le ])lus spontané et le plus spirituel. Ah ! comme on oublie vite le peintre excellent qu'il est, devant ces planches si expressives et si profondes ! A'oilà de l'art, et du ])lus grand.... et de l'art universel. De l'art uni\x'rsel ! Ce n'est pas à propos des

PAVILLON" HONGROIS (façade

Roger BhIIu.

Armand D.iyo Borniat. Roty.

J.U<,bs,

Del^Linche.

Bonnat. Rot:

Chapu. Falguic

Mercié.

Paul Dubois.

P. S. KROYER — LE COMITÉ de l'exposition fkan(;aise des beaux-arts

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