‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 72 sur 99 · DE FRAN · texte numérisé non relu

DE FRAN

ATTEAU

11^ e^t des noms Itmids à porter et dont le rayonnement, lf)in de laeiliter le succès aux descendants d'un homme illustre, laisse leur mérite dans l'ombre. Telle fut l.i mésaventure du neveu et du petit-neveu d'Antoine W'.itteau, — les Wiit/i\iii dt- Lille (I).

II) Allt..illr W.lttr.ui. I(i.S.|.17JI.

L..uis Wattc.in. 1731-1 7i),s, I-'r.inrnis \V;ill(-.iii. 17.vS.1S2,.

Louis et François, le père et le fils, ont joui d'une grosse ré]iutation provinciale Nés à \'alenciennes, comme l'Oncle, ils sont restés attachés à la contrée natale, ne se prodiguant point à Paris et conquérant à Lille une situation officielle qui consacrait leur talent. Leurs (eu\Tes sont demeurées dans le \(irtl, contînées dans les Musées de Lille, de ^'alcn ciennes ou les collections particulières, et il a fallu le hasard de ventes privées pour que se révélât au

grand public leur indéniable talent. Le plus bel éloge qu'on en puisse faire, c'est qu'ils ne sont pas indignes de leur nom.

François Watteau, le dernier venu de la famille, ne connut pas les rudes débuts de son grand-oncle, et il faut peut-être le regretter pour son apprentissage artistique. Louis, son père, était à Lille professeur de dessin de la ville. Artiste cons ciencieux, il avait peint avec succès des tableaux de genre, comme la Joueuse de vielh et le Montreur de singes.

qui sont au Musée de \'alenciennes ; mais il s'était spécialisé dans les scènes militaire? :

le Camp de Saiut-Omer.

le Racoleur, le Cong:

absolu, sont des documents amusants et précis sur nos troupi> à la fin de l'ancien régime. Il avait, en outre, de l'indépendance et ne craignait pas les innovations l'autorité supérieuri l'avait quelque temp> suspendu pour avoir substitué dans les écokle modèle vivant an modèle de convention mais lescandale n'avait pas duré....

De son père, Fran çois Watteau acquit une technique excellente, un très sûr métier

En 1774, à seize ans on lui décerna la mé daille d'honneur dr l'Académie lilloise qni lui valait d'être envové

à Paris et l'on peut croire que l'on mit dans ses bagages le pronostic d'atteindre l)ientot la gloire de son grand-oncle et celle même de son père dont Lille s'enorgueillissait peut-être davantage....

Pendant les quelques années où il vécut à Paris — jusqu'en 1785 environ — François Watteau sut voir et comprendre. Il suivait les cours de l'Académie des Beaux-Arts et il en recevait, en 1782, une médaille. Il était encore médaillé, en 1783, à VExposition de la Jeunesse, ces « Indépendants »

de l'époque qui se tenaient place Daujibine, en plein vent. C'est là que Chardin, n'appartenant point à l'Académie et ne pouvant exposer au Lou\Te, avait en 1728 accroche à rau\ent d'une boutique sa Raie et son Buffet que le Louvre aujourd'hui s'honore de posséder. François Watteau ne

lE PETIT BRICOLEUK

nous a laissé ni la Raie, ni le Bh^iV. mais.en venant place Dauphine, il témoignait d'un désir de vivre avec son époque, et l'on doit reconnaître que son meilleur enseignement, il le reçut de la foule agissante, mouvementée qu'il allait observer dans les jardins publics, dans la rue. Il devenait le jieintre attentif, consciencieux de ce peuple en évolution qui, des premières années du règne de Louis X\T jusqu'en 1789, s'achemine insensiiilement, sûrement vers le pouvoir.

ITn artiste sriupiilcnx, qui n'idéalise point se moilèli-s, niais 1rs rend avec une jxirfaite lionne te(é. telle est bien l'inijiression que nous laissent les dessins du petit-neveu de Watteaii. \'oyez ce jietit saute-ruisseau, les che- \'enx einlironssaillcs. les joues bien rondes, le nienlon à fossette, fortement appuvc sur sa tri([ue. Et cet autre, coiffé d'un large feutre, accroupi sur sa boite, le dos au mur, quekiue bi-i(()l(iir en plein \-eiit alleiidant sans inipaiiiiKe. un bâton aux doigts, la clientèle «pii viendrait troubler son farniente ? N'est-ce pas luicpie nous retrouvf)ns ])lus tard, en long earrirk à double collet, les bas de travers, pesamnunt assis sur une chaise des Tuileries ou du Luxembourg, regardant avec ironie défiler les dernières élégantes et tenant un solide .gouiilin, le même ([u'il maniait assis sur sa lioite, le même où s'appnie le jeune sauteruisseau, le même dont François Watteau se sert pour camper son jietit jiaysan au ])rofil ]icrdu si rieur, à la pose si joliment didi.inchée ? Tout cela est vivant et inquiétant. Il y a dans ces mains noueuses bien armées, dans ces yeux pensifs, de la force ciui alfend....

Antoine Watteau ne nous a pas habitués à tout ce réalisme, et son nom seul é\'oque tant de grâces légères qu'on s'étonne d'vn peu

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trouver dans l'ceuvre de son petit-neveu. Il convient de n'en pas tirer contre . celuici de trop sévères conclusions. Si souple que fut le talent du grand Watteau, on l'imagine malaisément au travail à l'époque et dans le cadre social où peignit François. Il y eût à coup stir apporté cet idéalisme, ce raffinement dont sont empreintes ses moindres oeuvres. Il y eût mis la nervosité supérieure d'un crayon en relation constante avec son cerveau et n'eiit pas employé ce procédé par traits, « au carré », qui, chez François Watteau, rappelle parfois l'école. Sans doute. Mais il n'eût pas été non plus le portraitiste fidèle de cette foule inélégante dont il était distant, moins par ses origines que par son sens naturel du beau.

François Watteau a été ce portraitiste. Il a été le ])eintre du « tiers », de la classe qui alors montait. Et si nous ne retrouvons pas, dans ses liourgeoises un peu « posées pour l'artiste », les grâces étincelantes, le trait sulitil et nerveux du grand-oncle, elles donnent en revanche une impression de vérité, 'h' franchise dont l'historien doit savoir gré au peintre. Sa jeune femme au iicliu Marie- Antoinette que ses paniers tiennent posée au d de la chaise et cette autre en bonnet dont ournure nous laisse dans l'incertitude pénible

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