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PANNEAU DE DROITE

LART ET LES AKTISTEs

gardant des traces d'opuence. ne montre ])lus rien qui la rattache au siècle de sa prétendue fondation.

Vaste, solitaire, dégradée, rebâtie par parties à diverses époques, elle est belle encore, et touchante, malgré les modifications irrespectueuses apportées à son plan primitif.

Entouré d'un cini.etière. le temjile ]irend pied à même les herbages que le lent apport des générations a, peu à peu, haussés le long de ses soubassements.

Le retable y demeura.

à sa p)lace primitive sur le maître-autel, jusqu'au XYiiii^siècle. Il fut ensuite transporté dans la cha- ]ielle de la Vierge. Combien nuitilé, incohérent dét\ii et cruellement déjiaré }iar des restaurations malhabiles jourd'hui à nos yeu.x !

Evidemment, dans son orddunance ]irimiti\-e, Ja composition s'agençait en trois compartiments formant triptyque, une partie centrale et deux volets, se dévelopjiant en rangées superposées de sculptures.

Autour d'un crucifiement placé, avec ses groupes symétriques de saintes femmes et de bourreaux, au centre de l'ouvrage, l'artiste a\-ait résumé en treize épisodes significatifs toute l'histoire compliquée de la fondation de l'église.

On y voyait les noliles filles se plonger dans leurs oraisons ; les maçons procéder aux constructions ^uccessives; les anges se hàtir de démolir les murailles à peine conunencées ; l'oiseau, messager céleste, expliquer la volonté divine ; puis les bûcherons abattre l'éjiine miraculeuse ; plus loin l'église définitive érigée ; les ouvriers payés ])ar le maître de l'ceuvre ; l'essai de consécration ]iar les évêques mal inspirés et,tnfin,le Christ en jx^-sonne sortant de l'édifice comme de sa demeure.

Sans doute, ces groupes expressifs occujiaient jadis le bas des compartiments, tandis qu'au-dessus étaient placées la statue du Père Éternel — celle-ci couronnant l'encadrement arrondi dominant le centre — ci celles, plus petites, d'une série d'Apôtres, de Saints et de Saintes.

Dans l'arrangement actuel. Dieu le Père, beaucoup trop grand à cette place, a été descendu là où s'élevait jadis le Christ en croix, entre les deux scènes à petits personnages retraçant classiquement V Évanouissement de la Vierge et le Coup de lance.

Ces remaniements ont eu lieu à la suite de plusieurs incendies auxquels les groupes et les statuettes mobiles du retable ont pu être arrachés, tandis que la partie architectonique formant la huche primitive, fixée à la paroi, était abanilonnée au feu.

Ces groupes et ces

figurines sont les seuls

exemplaires conservés en

Belgique de l'art de nos

sculi)teurs sur bois de

la seconde moitié du xiv*" siècle. Ils constituent

des documents fort imjiortants pour l'histoire de

l'école Brabançonne.

I^es trois sœurs sont tout particulièrement tyjiées. Elles portent les ajustements caractéristiques de réjioque. Leurs robes, tout d'une venue, moulent étroitement leurs bustes renflés, leurs tailles cintrées et leurs hanches rondes. Leurs manches longues et collantes retombent sur les mains ou se replient au poignet. Leurs chevelures emprisonnées dans des résilles se massent en deux touffes rondes au-dessus des tempes. Debout ou agenouillées, les jeunes patriciennes se tiennent en des poses familières. Elles sont un peu courtes de btature dans le jet simple et souple des draperies largement traitées par l'artiste. Toujours identiques à elles-mêmes, elles reparaissent dans les divers épisodes, et l'aînée des sceurs, afin que nul n'ignore leur munificence, ne quitte pas une énorme sacoche bourrée d'écus.

L'n des groupes les plus cin-ieux montre l'architecte — ou l'entrepreneur — payant ses hommes en présence des fondatrices. Cet agencement de quinze figures, touffu et cependant aisément intelligible, abonde en détails pittoresques d'une observation sainement réaliste.

Les statues du Créateur, des Apôtres, des Saints et des Saintes, n.'oflrent pas le même caractère

P.\XNE.\U CEXTR.XL (LES TROIS SŒURS

)ffr

de portraits d'après nature; elles sont ])lus traditionnelles et prévues, mais non moins adiniral)les d'expression et de vie.

La huche actuelle, de style ogival flruri. surmonte de ses pinacles ciselés des niches jumelles. Il est manifeste que les architectures ménagées au milieu de la partie centrale sont maladroitement mises en œuvre et mal raccordées.

Non seulement le crucifix a disparu, mais d'autres morceau.x importants n'existent jïIus et ne nous sont connus que par des répliques de basse exécution. Des têtes et la plupart des mains ont été renouvelées ou restaurées de la plus barbare façon.

Enfin il ne reste aucune trace de la polychromie primitive ni des inscriptions qui jadis ajoutaient à l'éloquence naïve et sa\'oureuse de la sculjiture

les ressources significatives de textes ex])licatifs. Des hypothèses, des attributions, des contro- \-erses d'érudits se sont élevées nombreuses autour du retable ancinxnie d'Haekendover. Faut-il y voir une aiivre de CoUard Garnet qui tra\'aillait à Bruxelles vers I3f)j et fut l'auteur apprécié du tombeau, scul])té en pierre de touche, érigé à Jean III, duc de Brabant, dans l'église de l'abbaye de \iilers? Les éléments de com]iaraison et d'ajiprédation font défaut. Et d'ailleurs, ([u'iuiporte à l'artiste un éclaircissement liistori([ue et archéologique ? L'émotion d'une (LU\'re fiiNriite et pittorescjue ne suffit-elle pas à sa dilection et le niy-^tère imjiénétré qui la pare n'ajoute-t-il ]ias encore à son prestige et à sa séduction.-'

P.\UL L.\MBOTTE.

Inspecteur des Reaux-.Vrl?

(«.•IgiqiK).

DKT.MI. Dr r.\NNE.\r CENTK.M, (l-ES TROIS SŒl'KS)

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