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Ii.iiilc -— car c'était bien lui — ne se lit jias trop plier ])Oiir (.'xliilier i|iiaiitité de pièces ])lus ou moins imjiortantes, mais toutes infiniment intéressantes à tous égards, et qui décelaient un talent précoce et fort original. — Je \'ais avoir la grande joie de vous présenter tout à l'heure celles que je crois les meilleures entre toutes.
Et mon interlocuteur ajouta : " Je ne me crois pas assez Ixiii juge en la matière pour apprécier ce qu'il m'a été donné de \ciir et dire ce que vaut ou pourrait \-aloir Darde' ; mais, \-rai, j'ai été profondément èimi, '< c iiipdigné " jiar son (ein're — avant la lettre, ])nurrait-(in dire — déjà considérable, et je me serais lait un cas de conscience de ne vous i-n ]ioint park'r. Allez, voyez, — la honne surprise vous dédommagera amplement du dérangement, — et décidez s'il y a quelque chose à faire pour cet étrange garçon. "
Inutile d'insister davantage, ma démarche auprès de vous dit assez les sentiments que j'éprouvai à mon tour devant les productions de Dardé. Immédiatement, sans la moindre hésitation, comme une chose toute naturelle, la pensée me vint de vous écrire, estimant avec juste raison que l'autorité qui s'attache à \otre nom, jointe à la réputation de l'Art et les Artistes, lui serait la meilleure des conditions pour hâter le complet épanouissement de cet artiste « nature » — ou, pour emplo\-er un vieu.x cliché, « tils de ses ccuvres n — plus que quiconque l'ait jamais été.
Uernièrement, — à l'occasion d'un compte rendu d'une ex]iosition de Rodin, — fort embarrassé pour exprimer la sensation qui se dégage, qui rayonne de toute leuvre de beauté, j'en fus réduit à forger un terme, — peut-être obscur pour autrui, — mais qui rendait toute ma pensée. J'appelai ces sortes d'eftlu\-es esthétiques des radiations plastiques.
Eh bien ! ces sortes de radiations que j'enregistre infailliblement devant toute œuvre capitale — et que ne manquent pas de percevoir tous les êtres tant soit peu affinés et sensibles, — je les ai assez fortement ressenties devant certains morceaux de Dardé.
C'est vous dire ma ferme conviction que cet artiste n'est ]ias quelconque, qu'il promet beaucoup, et ([u'il tiendra bien plus encore.
Paul Dardé est né le 3 juillet iSqo à Olmet, petit hameau perdu au sommet d'une haute colline à 5 ou 6 kilomètres de Lodève.
D'aucuns pourraient disserter longuement sur l'influence du milieu géographique, du paysage sur certaines natures, ainsi que l'a fait Taine dans sa Philosophie de l'Art en Grèce; je ne suis pas qualifié pour cela. Mais il n'est pas douteux que la nature tour à tour gracieuse et chaotiquement tourmentée qui l'a vu naître et grandir ait contribué à l'heureuse éclosion de son talent.
Nanti d'une très nidimentaire instruction primaire, il fut lie bonne heure utilisé aux travaux
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toniiques et quclfiues j)ar tro]) excessives naïvetés, nombre de Ijons i)rofessi()nneIs ne dédaigneraient pas de signer ses meilleurs morceaux.
Si j'insiste sur la valeur de la précoce technique de Dardé, c'est qu'elle a tle quoi confondre, quand on considère son éducation artistique toute personnelle et forcément em]5irique.
Il est comme un jirimitif à (jui, juir une sorte ■ il- révélation m\-stérieuse, toute la science que dé\'eloppcront les générations futures serait subitement, spontanément venue.
l'renez, par exemple, ce masque d'homme à ii>ii])et 1830 qui respire l'intelligence, l'énergie et la sérénité. — et ce buste de Silène, au masque de paillard édenté, — et encore cette joyeuse tête crépue qu'on retrouve un peu moins hilare [ilus loin, à côté du médaillon de filletti- d'un si délicieux I uatuiismc ».
Son olraipien — à force de noblesse et de majesté - pi'ophète Jérémie cpii n'est qu'une réduction ])artielle d'une monumentale statue de glaise, - -sa gracieuse et forte statuette .S"z7)y//t', presque un Tanagra, ses innombrables presse-papier presque tciujours faits de mer\-eilleux médaillons de femmes 111 liaul-reiiet. etc., etc.
Dardé peint aussi, mais pas avec la même assu-
des champs jiar sa famille. C'est due (lu'il n'a pas eu la moindre leçon, ni le moindre contact pouvant déterminer sa vocation : ci qui confirme une fois encore que le « roman d'un peintre » — à quelques variantes \i\\-~
— est vécu à d'assez nombreux exemplaires. Mais, avide de savoir et iiossédé du « démon
de l'art », il prenait sur ses nuits pour s'instruire et tailler à plaisir dans le g\'i>s< et la meulière, — qu'il trouvait à jiroximité,
— avec un outillage digne de l'âge des ca- \X'rnes, des reliefs étonnants.
Le cas de Dardé tient du ]irodige. Dè> l'enfance il a compris le langage de l'art et l'a parlé d'instinct.
Avec l'audacieuse foi des néophytes, il s'attaqua au roc et de suite sut l'animer ; il lui communiqua la vie en des (euvres i)leines de force.
Ce furent d'aiiord des icônes Ijarbares, iniis, un ]h-u plus tard, de roides figurine> gothiqui's ([u'on l'ùt cru descendues des niches et des chapiteaux d'une cathédrale ilu XIII'' siècle. Les rej^roductions que je vous adresse vous diront, mieux c}ue je ne saurais le faire, à quel point il est arrivé à adoucir les angles et assouplir la matière. Si ce n'étaient quelques « faiblesses » ana-
l'uKrK.MT n'iiOMMi; (mcd.iilloii en marbre)
raiicc. la nu-ine virtuosito, — je dirai jilus — la inéine joie qu'il met à sculpter. Néanmoins, tel (juel, il fait encore un [H'intre ])eu banal.
Ses tons bitumeu.x. et d'une manière générale le défaut d'air et de eoulrm-, enlèvent bien un peu de leur charme à ses étranges compositions.
]Mais ça viendra, n't'U doutez pas ; l'étude et la connaissance des maîtres auront raison de tout cela.
11 i>eint sur tout ce qui Un tombe sous la main : londs de \ieilles boites, \ieilles j)lanches vermoulues, tissus tiuelconciues enduits de n'importe quoi, et, malgré sa palette rudimentaire, il obtient des effets superbes, sur des éluculirations merveilleusement origmales, d'une conception très personnelle et neuve.
Je regrette intinimeut de ne ]iou\-i.iir vous envo\'er connue sj)écimen île sa peinture ([ue le (Sli)'isl ,111 jiirdiii (/(-s Olives cl l'aiili) et I-rdiuesea. scène tuée de VEiifer du Dante (édition jnètée à l'artiste j)ar quelque rustique bibliophile du voisinage), l'aurais voulu \' joindre sa Lutte de Jacoli ireec l'Aiii^e cjui, à mon humble avis, est son meilleur morceau de peinture. A son défaut, je vous communi<iue deu.x idées différentes de cette composition, que Dardé avait cherchées au fusain -- un ] ugeiiieii! (leniier grouillant de \iiniiiie humaine qui atteste une fornudable iiiiaguiatiiin. .Mais l'objectif s'est refusé à rendre tes .ipocalypliques visions, les clichés étaient nn'connaiss.ililes et ne donnaient que les grands clairs (i).
(I) L'i''tat de ri permis que n> mis ductions.
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Bien plus, Dardé, tpii m'avait vu graver et tirer cpielques pointes sèches, me pria de lui en expliquer sommairement la valeur technique et le procédé dans ses grandes lignes.
Peu de temps après, je le vis arriver m'apportant des rognures de zinc qu'il avait récoltées au passage, chez quelque ferblantier. Mais ces bouts de métal, il les avait « égratignés » de belle manière avec la pointe de son couteau, et il venait me prier d'en tirer quelques épreuves sur ma petite presse en taille-douce.
Ces épreuves, qui jettent un jour nouveau sur les multiples aptitudes de notre artiste, pourraient faire l'objet d'une étude ultérieure sur Dardé graveur.
Je dois me limiter, cai il serait superflu de ne donner qu'une sèche nomenclature de quantité de belles choses, anciennes ou récentes, dont l'espèce de cave humide et mal éclairée qui sert d'atelier à Dardé regorge. Mais vous voudrez bien certainement estimer avec moi qu'il ne lui reste pas beaucoup à apprendre pour créer de belles (euvres pleines de force et de vie.
Il est d'ailleurs d'une grande énergie et, s'il est mis à même de comjjléter ses dons naturels par de solides M humanités i', notre pays comptera un nouvel artiste d'une étonnante originalité.
Soyez son " Homme-Providence » — selon le mot d'un très distingué magistrat, lequel prétend que les êtres de réelle valeur rencontrent tôt ou tard leur homme-providence pour les révéler aux foules — et vous aurez, une fois de plus, bien mérité de l'Art.
Veuillez, ilonsieur le Directeur, agréer l'assurance de ma plus respectueuse considération. ;\L\\ ThÉrox, peintre-graveur.
OUTII.S DE L .\RTISTE
GEORGES GRËGCJIKE - la fontaine lm<\
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