‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 86 sur 99 · EMILE BOURDELLE · texte numérisé non relu

EMILE BOURDELLE

ON oppose volontiers l'art antique et l'art du moyen âge, et sans doute dans leurs périodes les plus pures, au moment où les caractères spécifiques l'emportent sur les caractères généraux, l'art grec et l'art gothique se différencient visiblement, le premier soumettant peu à peu les formes à un code de beauté préétabli, le second, au contraire, recherchant surtout l'expression de la vie. Ces périodes, que les uns tiennent pour celles de parfait épanouissement, sont par d'autres considérées comme les ]:)remiers moments de la décadence ; elles marquent en somme tout à la fois l'extrémité d'une montée et le commencement d'une descente. Or, si l'on a facilement constaté que l'art ancien et l'art moderne se rapi)rochaient ensuite aux temps de la Renaissance, on a moins aperçu que les primitifs gothiques tenaient d'assez près aux primitifs grecs et même aux l'gyptiens. L'un des mérites du sculpteur Emile Bourdelle a été de s'en

rendre compte el d'en tirer le plus grand ))rolît.

Avant, en effet, que les sculpteurs grecs arrivent à une grâce un peu apprêtée et convenue, avant que les sculpteurs de France ai rivent à un vérisme trop savant peut-être, ils suivaient, comme les Égyptiens, des règles plus architecturales, conservant les masses puissantes, soumettant complètement le détail aux ensembles, reliant tous les membres en de grands blocs, simplifiant les silhouettes et donnant par cela mênre aux lignes plus de pouvoir expressif. Une longue évolution nous fait comprendre mieux maintenant le prix de pareilles oualitcs. Et si on les connaît vraiment, si l'on ne s'en tient pas aux apparences et aux pastiches, si l'on donne une force nouvelle à ces vérités antiques, une formule d'art tout à fait intéressante en peut résulter. Emile Bourdelle en aura été le précurseur.

Les dates d'un Masque de iw'r et de sa Mur-

chaude de fleurs (iS()i)) le montrent a\'ant Mailloi préoccupé de puiser airx sources égyptienne et grecque ; et dès la iiiênie époque, en ses premières études jujur son buste de Beethoven, le vieux tourment gothique le trouble ou plutcit le dirige. Mais qu'il s'agisse du mas- (jue de noir ou du masque de Beethoven, c'est la recheiche des s\-nthèses qui domine en son art; rinnnoliilité de l'un, le mouvement de l'autre ne détruisent pas ce caractère premier.

S'il lallait jioiu'tant classer selon ce mode

quelques-unes des (euvres d'Émile Bourdelle, on rattacherait

sans doute à la série d'inspiration grecque la Miirehaude de fleurs, la Fenuiie sculpteur au travail (iqo;), VAngèle l'aleufi et le buste de .1/. Rouveyre. à la série d'ins])iration gothique le bas-reliel des Couitjattauts, le (Itevalier Rnlaud. la Vieille jemui- eu prière et la statue de Carreaux. Néanmoins, de pareils classements ont toujours quelque chose d'arbitraire, et la majorité des sculptures d'Emile Bourdelle y échapperaient. Si attique que puisse paraître la Femme sculpteur au travail. inspirée précisément par un modèle athénien, habillée d'un costume à jilis sinq^les qui rajjpellent naturellement les draperies, il ne s'agit pas là cependant d'une adroite reconstitution : la nature de l'auteur se dévoile dans le groupement massif des formes, à tel point que cette œuvre toute greccpie d'inspiration est en même temps très proche du phis primitif gothiijue ]iar le grand caractère.

Emile Bourdelle n'unit d'ailleurs en lui le troût

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