‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 85 sur 99 · SS · texte numérisé non relu

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'I J'ai acheté, ccrit-iL <lii lanuux Liotanl un tablfau de pastel d'environ j pieds de hauteur. 11 reiirésente en profil une jeune fille de chanilne allemande, qtii porte un bassin sur kxjuel est un verre d'eau et une tasse de chocolat. Cette peinture est presque sans ombre, dans un fond clair, et elle prend son jour de tleux fenêtres dont l'image se réfléchit dans le vcrn , l'.llr r<t lr;n-;iill('-c à

malicieuse et mélancolique. Le visage est maigre et fatigué, Liotard la peignit en 1738, lorsque, très souffrante, elle vint à Genève pour être traitée par le D' Tronchin. On ne jieut regarder cette (euvre remarquable sans songer au ])ortrait que Mme d'Epinay fait d'elle-même dans ses Mémoires et Correspu)idciiiccs :

je ne <iii< ]w>int Julie ; je ne suis ce])endant pas

demi-teintes, avec des dégradations de lumière invisibles, et d'un relief parfait. Quoique ])einture d'Europe, elle serait du goût des Chinois, ennemis jurés de l'ombre.... «: les portraits du maréchal de Saxe, de la princesse de Galles, de l'empereur Joseph II, de l'impératrice Marie-Thérèse, de l'archiduchesse Marie d'Autriche, et surtout celui de Mme d'Épinay, un petit chef-d'teuvre qui vaut à lui seul un pèlerinage au Musée de Genève.

C'est une merveilleuse image, toute vibrante d'expression. \'oilà bien la sjjirituclle et charmante amie de Grimm. L'ne de ses mains tient un livre à demi fermé, le Petit-Prophète de BoehmiscMwoda. peut-être ; l'autre soutient sa figure à la fois

laide ; je suis i)etite, maigre, très bien faite. J'ai l'air jeune, sans fraîcheur, noble, doux, vif. spirituel et intéressant. Mon imagination est trancpiillc ; mon esprit est lent, juste, réfléchi, et sans suite.... )>

Qui veut vraiment connaître Liotard et iiénétrcr tous les secrets de son art, d'ailleurs juni mystérieux et très sinij^lifié, n'a qu'à étudier ce portrait, admirable synthèse de toutes les qualités du iieintre. A lui seul, ce jiortrail suffirait à la gloire de Liotard.

" Je ne sais, a dit M. Ingres, s'il y a un i>lus lieau portrait que celui-là dans toute l'Italie. ■

On ne peut vraiment songer sans tristesse que, jiarmi les u-uvres innombrables de Liotard, (luel-

ques-uncs s^ulcnuiU sont conmu'S du piililic.

Puissions-nous, par la publication de ces quelques notes, contribuer à faire sortir de la poussière des cartons celles qu'une coupable négligence y a laissées jusqu'ici. Parfois je me plais à m'imaginer ce que serait une exposition où figureraient jiar centaines les jxistels, les cra\'ons, les croquis, les gravures d'Etienne I.iotard.

Quel régal ])onr les amateurs persistants des formes précises et des couleurs raisonnées ! Et cjnel

jirécieux enseignement aussi pour l'historien du XVIII'' siècle, qui verrait soudainement revivre devant ses yeux la plujiart des figures qui illustraient cette époque, toutes reproduites avec la plus grande sincérité sous le lumineux cra\on cl'un Holhcin en pastel.

L'expression est du comte Algarotti, un des plus fins connaisseurs de ce temps.

Armand D.-wot.

M. PÉLER.-\N, CONSUL DE FRAN'CE A SMYRNE, i; \ I7;>

E. DEZAUNAY

Jeune Bretonne

L'Art et les Artistes, ii» 54.

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