VI.\Dl"C DE G.\K.\HIT (.11 (c-r
Le Mouvement Artistique à l'Étranger
AUTRICHE
LES salles autrichiennes de l'exposition internationale (le Munich sont parmi les plus intéressantes; elles ont pu, sans faire rire d'elles, se déclarer hors concours. Elles valent, avant tout, il va sans dire, par Klimt et sa Kunstschati, par les Tchèques et les Polonais. Il est vrai qu'on a eu bien soin de déporter quelques-unes des œuvres les plus importantes de ces derniers dans les combles, de façon à éviter à la section autrichienne un aspect trop sauvagement slave ! Que les visiteurs du Glaspalast n'oublient pas de monter ,-i l'étage, pour les architectes russi'S et pour trois intenses représentations de scènes populaires ruthènes de MM. Sichulski, Jarocki et Fryderyk Pautsch. Je n'ai du reste pas à m'occuper de la Pologne ici et rien de nouveau à vous apprendre sur le prodigieux Klimt (très mal placé, lui aussi), ni sur les Tchèques. Je demande donc la permission de ni'arréter à quelques .\utrichicns, encore Slaves pour la plupart, mais ne faisant pas partie des groupements nationalistes ordinaires.
C'est tout d'abord un sculpteur de mérite, M. .\nton Ilanak, dont un torse maigre, mouvementé et étiré, en marbre rose fauve de Untersberg, semble le tronc d'un saint Sébastien mutilé. C'est de l'effort, de la tension nerveuse, de la souffrance ; le mouvement, le frisson de la souffrance surtout, en beau marbre rude, veineux et poli. Je ne trouve pas, dans les du reste très pauvres halles, réservées à la sculpture, im second morceau de cette valeur. Ce n'est qu'un morceau, mais je ne l'échangerais pas même pour le magnifique cheval de la statue équestre de saint ^'aclav. par M. J. V. Jlyslbeck, qui, après avoir dominé le grand vestibule central du Palais, va s'en aller enfin, après des années et des années de perpétration, piaffer sur la plus vaste place de Prague.
M. Adolf Zdrazila est un Silésien qui, en une œuvre doucement unifiée et chaude, a su enfermer toute la délicate émotion des soirées d'été à la lumière déclinante et sans fortes ombres, sur un toit slave, quelques arbres fruitiers et une mare, couverte de ses jaunâtres écumes organiques. Tout senrble de la même couleur, tant le ciel imprègne de sa spéciale lueur, à la fois plénière et sourde, les objets clairs et sans relief. Le paysage vert de foin fané est ainsi réduit en délicieuse tapisserie. Et il peut passer pour un des types de la campagne slave au nord de \'\\itriche. M. Hugo Baar nous dit l'hiver dans les Beskides, autre région slave, et c'est pour cause de slavisrae encore que son meilleur tableau. Sur le chemin du cimetière, a été rejoindre les scènes rousniaques au triste dépotoir d'en haut, dont quatre-vingt-dix visiteurs sur cent ne sav'ent pas l'existence. La lente démarche dans la neige des deux vieilles aux bisquins de peau de mouton blancs, tandis que là-haut le cortège et le cercueil sur le traîneau atteignent
déjà le petit carré de murs enseveli sous les frimas, le champ presque entier du tableau réserv'é à la neige ; tout comme dans son autre tableau, centralisé, si le vide et l'espace peuvent se centraliser, autour d'une de ces planches votives qui rappellent quelque accident et que l'Allemand appelle si joliment Marterl (de martyre) . font de M. Baar l'un des meilleurs de tous ces peintres de l'hiver, dont j'ai dit l'autre jour à quel point ils abondent.
L'un de ces tableaux d'hiver, encore parmi les plus beaux, celui qui réalise le mieux le tj^e des sapins, encapuchonnés ou carapaces, de la cime à la base, de neige et de glace, au point d'en perdre toute forme végétale et de se présenter comme d'éblouissants mannequins recouverts de cascades gelées, aspect dont on a peu ou pas idée en France, et que nous retrouvons fréquemment représenté aux sections Scandinaves et russes, appartient à un .\llemand de Bohême, il. W. Franz Jaeger. Il en est allé chercher le motif dans ces montagnes de l'Iser, immortalisées par le célèbre roman tchèque Babicka. J'y pourrais trouver la page qui servirait le mieux à le décrire. Plutôt que de taquiner de cette façon un pangermaniste avéré, je préfère reconrraitre à un véritable artiste des qualités exquises de grâce stylisée, de fraîcheur distinguée et de consciencieuse observation. Son œuvre est unique en son genre. Elle vaut même les neiges du Suédois Gustave Fjaestad et ne leur ressemble en rien.
L'École de natation de il. Ludwig Ferdinand Graf est encore un sujet étrange. Un bassin, entouré de cabines, dans les arbres, au soleil du soir, semble n'être plus que de l'émeraude en transparence contre de la lumière ; les reflets d'un vert de mousse montent partout dans les poitrines et le long des membres des baigneurs. C'est fort étrange, fort bien observé et cela réalise un accord chair et vert chaud, un vert imprévu et, je crois, jamais encore peint, tout à fait anormal dont on est pas mal estomaqué au premier abord, puis autiuel on revient bientôt, indiciblement fasciné.
M. Albin Egger-Lienz, c'est la rudesse tvTolienne en personne, et c'est l'art de voir et de mettre en scène d'une façon brutalement décorative les épisodes violents de la n Danse des morts de l'an 9 » . Des paysans peints par un pavsan qui voit grand. Xous voici bien loin de Defregger, artiste consommé, mais anecdotique. C'est ici l'épopée, peinte comme elle aurait pu l'être par quelqu'un qui l'aurait vécue. Si il. Egger-Lienz n'émettait pas la prétention de recevoir des sommes fabuleuses, pour qu'il lui soit fait l'honneur de reproduire ses tableaux dans nos revues, il V a beau temps que l'un des plus magnifiques peintres d'Autriche serait célèbre hors de son pays. On ne se doute pas dans le public du stupide rôle que joue cette question hors de France. Parlez d'un grand peintre étranger à
Paris. Que de fois ne lit-on pas l'incréclulité dans les yeux de l'interlocuteur : « Comment se fait-il que nous n'ayons jamais rien vu de lui dans les revues? »
JM. Max V. Poosch, de Klosterneuburg, éveille, un beau matin d'hiver pas trop rude, le Wicnerwald, par l'arrivée des Rois mages sur des haridelles étiques, avec leur suite en costume moyenâgeux. S'agit-il de parachronisme ou d'un jeu traditionnel ! Peu importe ! Comme cela sied bien avec le décor i Oh ! le beau paysage, l'un des plus beaux que les charmants environs de Vienne aient inspiré. Un site d'Autriche qui trouvera des peintres pour s'y installer, tant qu'on restera sensible au charme des rochers terribles et des vieilles ruines au bord d'un grand fleuve,
c'est Durnstein sur le Danube, le point le plus pittoresque de la descente fluviale. MM. Anton Nowak et Max Suppantschitsch y sont revenus avec bonheur cette année. Mais c'est du Waldviertel, cette forestière Sibérie autrichienne, située entre la Bohême et le Danube, que nous vient le plus beau paysage, dû à un artiste viennois : des jaunes touffes d'herbes aquatiques sèches au bord d'un ruisseau. De tristes glèbes montantes, un triste ciel calme. I,e silence, la solitude et l'appréhension de l'hiver, une nature immobile dont le premier mouvement sera le frisson. C'est redoutable et navrant et cela empoigne comme certains accents de détresse chez Mahler, né pas loin do là.... .\uteur : M. Edouard Ameseder. \Villi,\.\i Kitter.
BELGIQUE
^^N commence à s'occuper 1)eaucoup de l'exposition Albert et Isabelle qui doit s'ouvrir l'an prochain, au mois d'avril, et fournir une dos attractions de l'H.xposition universelle de Bruxelles.
L'idée de l'exposition, l'appellation <|u'on lui donne surtout, ont provoqué des discussions d'ordre politique. Les partis d'opposition trouvent superflu de glorifier le souvenir des archiducs Albert et Isabelle qui gouvernèrent la Belgique au nom de Phili])pe II. Mais on est d'accord pour trouver (pi'au point de vue artistique on peut réaliser quelque chose de fort beau, un ensemble qu' fermera dignement le cycle commencé jiar l'exposition des F'rimitifs flamands et poursuivi par celle de la Toison d'Or.
L'époque d'.Mbert et d'Isabelle est la plus brillante pour notre art dans le passé. Malheureusement, la plupart des grandes œuvres qu'elle a vu éclore sont à l'étranger, en Espagne, en France, en Angleterre, en .Mlemagne. lit pour en réunir un nombre suffisant, il faut user de diplomatie. Lors des fêtes jubilaires de 1905, les organisateurs de l'exposition des tapisseries anciennes ont essuyé en Espagne un refus poli : le roi ne voulut point prêter les merveilleuses tapisseries flamandes <le l'Escurial.
Cette fois, il paraît qu'on a rencontré à Madrid im pou plus de bonne volonté. M. le baron Kervyn de Lettenhove, l'organisateur des expositions de Bruges, vient de revenir de Madrid avec des promesses de large participation. M. Kervyn avait, il est vrai, rédigé un rapport sur l'exposition projetée, destiné spécialement aux personnalités espagnoles dont il devait solliciter le concours. Le succès de sa mission semble assuier celui de l'exposition .\lbert et Isabelle. En France, en Angleterre, en Allemagne, les sollicitations du comité organisateur et du gouvernouient belge avaient reçu déjà le meilleur accueil. Et il parait dès à présent certain que l'on ])Ourra former pour l'an prochain une sélection d'oeuvres de Kubens, de \'an Dyck, de Jordaens, des De Vos.
On ne peut évidemment songer à offrir un ensemble plus ou moins complet de la production formidable de la peinture flamande à cette époque. Le but est seulement de montrer quelques spécimens marquants, caractéristiques et présentant, autant que possible, un intérêt au point de vue de l'histoire. Car ce que l'on veut faire, c'est surtout une exposition d'histoire. Mais la vie publique, en cette période, est si intimement liée à celle de l'art qu'il y aura de l'art partout. C'est le temps où l'on chargeait Rubens de missions diploniatiipies. Le grand peintre flamand est un des personnages officiels du règne des archiducs. Et même il semble, en dépit de l'étiquette adoptée,
ipie cette exposition doive être, en réalité, l'exposition Rubens, tant le génie de l'artiste domine et personnifte cette [ihase de l'histoire des provinces belges.
On peut voir, depuis quelques jours, au Musée ancien, à Bruxelles, le \'an Dyck de la collection du roi, acquis par l'État afin d'empêcher que le tableau quitte le pays.
C'est, on le sait, un portrait — dedimensions restreintes — du sculpteur Duquesnoy. Le modèle est peint à mi-corps, vêtu d'un large manteau noir ; les mains pétrissent un masque de terre glaise. Ce n'est point \nic des œuvres maîtresses de \'an Dyck, et le portrait d'.Mexandre Délia Faille, au même Musée, lui est certes très suiiérieur. Il n'v a ]K>int. dans le tableau de la collection du roi. cette souveraine aisance de la facture et cette allure d'élégance affinée qui fut le charme du grand élève de Kubens. C'est pourtant un beau morceau : le visage est d'un modelé puissant ; les noirs chauds du vêtement sont siqjerbes ; les mains sont nerveuses et sou|)les. .Mais le Musée de Bruxelles n'a point encore le chef-d'œuvre de \'an Dyck qu'il devrait avoir, quelque chose de comparable aux portraits du Louvre ou à ceux des collections anglaises.
Le cercle des Indipcndnnis a fait une exposition i Bruxelles, dans les salles du Musée moderne. Cercle de jeunes, impressionnistes fougueux jiour la plupart. On avait invité le sculpteur impressionniste Rosso que l'on ne connaissait pas ici. Et si certaines œuvres, très artistes, mais de forme un peu trop confuse, de M. Rosso ont dérouté, ont paru méconnaître un peu la beauté essentielle <le la sculpture, d'autres, comme /.. Rieuse, Mire et Eii/aiil, ont été fort admirées pour leur intense et délicate expression.
Parmi les peintres, il faut citer M. Craha\-. ilont les marines et les figures sont d'une égale vigueur et d'un style ample ; JI. Jefïcrys, impressionniste subtil ; M. -Michaux, M. lleintz, M. l'rison, M. Lantoine, M. Willem, M. Oleffc, M. Leroux, M. Martinez, .M. Patterson, M. Paerels, M. Otmann, M. Petyt, M. Thévenet, M. Spillaert; M. Thonet, paysagiste vigoureux ; M. Lemmon, M. Guilbert, M. Fain; .M. Alfred Bastien, avec d'éclatantes étuiles peintes en .Vlgérie : les dessinateurs Blandin, Constant et Edmond Van Offel, M. Paulus.
Parmi les sculpteurs, JI. Marnix d'Mavelooze dont les
portraits l't 11110 Siiln)iii sont d'iint- savoureuse et Apre vision ; M. Wouters. M. \\'ansart, M. Schirren. Mlle \'ar Hall, et JI. A. Lambert ilont les panneaux en cuivrt repoussé sont artistement décoratifs.
Vùlifiera-t-on le niouuineii Meunier? L'État avait acqui
T)i'vatl de Constantin bas-reliefs et les figures
ijui le composent pour les exposer dans une salle du Musée. Mais, à l'exposition Meunier ouverte à Louvain, on a dressé le monument en plein air. tel que l'artiste l'avait conçu, la figure du Semeur le dominant.
Lt l'on parle d'édifier l'œuvre ainsi, définitivement, soit à Bruxelles, au faîte du futur Jlont des Arts, soit à Louvain. où il semble que les autorités communales soient favorables au projet.
G. Vanzype.
ETATS=UNIS
icains de l'Oue de mer, surtout
cote ])ar les gens riches rester (Mass.) choisisse l'été exposition très intéressante
T 'ÉVÉNEMENT artistique de ce mois fut le grand .spcctacle en plein air à Harvard Collège, Cambridge, où la Jeanne d'Arc de Schiller fut représentée par presque deux mille acteurs, avec Mautl .\dams dans le rôle de Jeanne.
Jamais spectacle, chez nous, n'attira une si grande foule. Il y avait plus de quinze mille spectateurs I
Ce succès éclatant est une preuve de notre progrès dans le domaine du Beau.
C'est grâce à votre poète Mistral, créateur d'une véritable renaissance de ces spectacles de plein air aux arènes anciennes, qu'ils ont pris place parmi nos divertissements les plus à la mode.
En cela, comme en toute chose d'art, nous avons subi l'influence de la France.
Pendant l'été, beaucoup d'AnK viennent dans l'iîst pour les bains New England.
Cet envahissement de l.i e.xplique que la ville de Wi pour son exposition d'.irt, qui vient de s'ouvrir.
Nos meilleurs artistes y envoient leurs tableaux, leurs sculptures, surtout cette année, parce que tout le monde espère y vendre un chef-d'iruvre 1 Un milliardaire a récemment légué six uiillions de dollars (trente millions de francs !) au Musée de Worcester! Pareille munificence est à souhaiter pour beaucoup d'autres musées chez nous où le gouvernement ne s'en occupe pas. Mais si tous ne peuvent pas espérer six millions de dollars, beaucoup ont dtqà reçu des legs considérables.
Heureusement, nos riches ,-\niéricains commencent à s'intéresser à l'embellissement de leurs villes natales. Même les employés, les ouvriers, les enfants des écoles veulent donner quelques sous pour augmenter le Fuiid. fondé par les riches pour ériger des statues artistiques dans les rues ou pour rendre plus beaux leurs parcs publics.
Depuis dix ans nous avons fait un progrès immense au point de vue de l'esthélupie municipale. Prenez, par exemple, la ville de Ilarrisburg, la capitale de Pennsylvania. Si vous l'avez visitée peuilant l'année 1900, elle vous aura choqué par sa laideur, par son manque de propreté, dont la conséc|uence est une considérable mortalité.
-\ujourd'hui vous la trouverez une des plus belles, une des plus propres parmi nos villes de l'Ouest.
Le 20 décembre 1900, Mlle Mira Dock a fait une conférence publique sur The City Beaniijul.
-■\vec un grand nombre de projections, elle a montré aux citoyens de Harrisburg la différence entre leur ville laide et sale et les plus belles villes du monde.
Harrisburg, comme Paris, est divisée par un fleuve ; mais, au lieu d'embellir la ville, cette rivière était devenue
dégoûtante à cause des déchets, des chiffons jetés sur ses rives ; par suite, il y avait beaucoup de fièvre typhoïde parmi toutes les classes de citoyens.
La conférence de Mlle Dock fit beaucoup d'impression ; tous les journaux en parlèrent et les hommes d'affaires, aussi bien que les philantliropes, s'organisèrent en une Lccigue for Mtinieipal Improvement.
-Xprès quelques séances, le maire de Harrisburg et tous les officiers de la ville étaient invités à s'unir aux membres de la Lccigue pour bien étudier et discuter The City Beautiful.
Trente mille francs furent offerts par quelques citoyens patriotes pour les frais de la ligue. Trois ingénieurs très célèbres furent invités à venir à Harrisburg pour faire un plan intelligent et pratique en vue de l'embellissement de la ville.
Quand tout cela fut bien préparé, la ligue déclara qu'il fallait cinq millions de francs pour transformer Harrisburg en une belle ville. Les habitants furent consternés! I^our une ville de moins de cent mille âmes, emprunter cinq millions de francs était chose très grave : il fallait recueillir le vote de tout le monde.
-Mors, commença une campagne politique unique dans l'histoire de nos villes.
A cause de l'augmentation des impôts, le plan adopté par la ligue rencontra beaucoup d'opposition.
Les membres de cette société donnèrent partout des conférences avec projections ; leurs brochures furent distribuées par les jeunes gens des écoles publiques ; tous les ministres des Églises furent sollicités de faire leurs prônes sur le sujet de Good Government. L'évêque catholique publia une lettre pastorale en priant ses paroissiens de \-oter pour les hommes voués aux réformes, au progrès.
Les grandes dames appartenant à la ligue visitèrent chaque école d'Harrisburg pour parler aux enfants, pour leur bien expliquer le plan. Grâce à leur éloquence, elles éveillèrent un vif enthousiasme parmi les élèves, eux qui ont tant d'influence sur leurs parents, surtout parmi les classes pauvres.
La Compagnie électrique prêta à la ligue un tram électrique pour parcourir la ville jour et nuit, tout couvert d'annonces et de photographies, les plus laides possible, du Harrisburg actuel, et, en contraste, de la belle ville du " pla)! >•.
Le samedi avant les élections, la ligue publia un journal intitulé The Harrisburg Plan, résumé de toutes les discussions en faveur du progrès.
Ce soir-là, il y en eut un exemplaire distribué en chaque maison de Harrisburg par les High School boys !
Enfin, un grand meeting se tint à l'hôtel de ville, où le gouverneur de Pennsylvania, un sénateur, deux ministres et le représentant de la ligue supplièrent les citoyens
d'ouvrir leurs yeux au danger de l'eau impure qui sème les maladies, à la laideur des écoles publiques sans jardins, à la tristesse des rues sans arbres, des quartiers pauvres sans parcs, à la hideur des annonces partout répandues.
Quand le résultat des élections fut proclamé, tout le monde, même les membres de la ligue, fut étonné du triomphe !
Sans exception, les personnalités cjui avaient donné leur adhésion au plan étaient nommées, qu'elles fussent Democrat ou Republican. Qu'importaient au ])ub!ic leurs sentiments politiques! Tout ce qu'il demandait, c'était leur assentiment aux réformes !
En deux ans cette ville hideuse et sale est devenue
belle et propre: les maladies, la mortalité, même les crimes, ont beaucoup diminué.
« C'est de la magie 1 » s'écria tout le monde. Mais non, c'était seulement la bonne volonté d'un peuple uni dans un but supérieur : la conquête du Beau et la réforme municipale.
Depuis ce temps -là, presque toutes nos villes, encouragées par ce bon exemple, ont organisé une Municipal Leagtie, et partout ces ligues, composées de nos meilleurs citoyens, jouent leur rôle de fées, et nos villes deviennent trannée en année plus belles, plus dignes de notre grande république.
A. Seaton-Schmidt.
ITALIE
CHATE.\t: DI-: CASTEr-DEI-MONir. lAlTIIE), I-IEVIC l'.\R FREDERIC II Hii
1" A richesse souterraine de l'Italie, violée fiévreusement par les hommes nouveaux, offre généreusement ses merveilles aux investigateurs. Les fouilles se multiplient partout, et les résultats en sont étonnants. Les insistances des amateurs d'art auprès du gouvernement arrivent peu à peu à le fléchir, quoique l'aide officielle, qui devrait être très réelle, n'est souvent qu'illusoire et toujours
insuffisante, .\insi que pour les fouilles, les quelques connaisseurs acharnés à rectifier ou à préciser ou même à renouveler l'histoire de l'.Vrt par la découverte des documents richissimes que les siècles ont cachés, souffrent de l'indifférence officielle pour toutes les restaurations que réclament les innombrables monuments historiques répandus dans la péninsule. La région apulienne, qui garde
particulièrement les plus parfaits documents des origines de l'architecture italienne au moyen âge. et les docu- ■ ments les plus précieux de la domination et de l'art normands dans l'Italie méridionale, commence à peine à acquérir la connaissance des trésors qu'elle renferme, et ces trésors, à peu près inconnus ou méconnus jusqu'ici,' sont sans doute parmi les plus imposants de l'Italie.
Le gouvernement italien n'a pas pu cependant rester trop longtemps indifférent aux recherches, méthoditiuement répétées, des Allemands. Vn bureau de « Surintendance pour les monuments de l'Apulie et du Molise » vient d'être organisé à Bari. Les travaux confiés à. ce bureau sont de la plus haute importance, pour la joie des savants historiens comme pour la joie pure et simple des amateurs d'art.
Le château de Bari va être liientôt entièrement restauré. Ce château, comme presque tous les châteaux apuliens, se compose d'une masse de quatre tours réunies par quatre courtines. Sa construction est de la plus pure architecture guerrière sarrasine, enrichie très sobrement et très sagement de réminiscences classiques, dues, celles-ci, à l'apport de la main-d'œuvre indigène, d'un peuple d'origines helléniques. Une des tours du château date des temps les plus reculés d'Apulie, étant une tour messapienne. Et l'immense bâtiment sarrasin s'élève encore admirablement campé en face de l'Adriatique, ramassé et puissant. Sur quelques chapiteaux, on lit les noms de quelques-uns des constructeurs, arabes et apuliens. Un chapiteau déclare : Ismatl me fecif ; un autre porte le nom apulien de Melis de Stigliano, un autre de Minerbus de Canusio.
La cathédrale de Bari, dont j'ai parlé dans ces chroniques il y a quelques années, chef-d'œuvre d'architecture médiévale entièrement « habillée « par le plâtre baroque du xvii" siècle profanateur, sera bientôt ■ déshabillée ». Son
architecture primitive sera dépouillée des ornementations de plâtre sui>erposées, et révélera entièrement son ancienne et aimable structure. Le bureau de Bari va s'intéresser aussi avec une activité renouvelée à cette pure merveille architecturale qu'est le Castel-del-Monte, l'original et incomparable château de chasse, que Frédéric II de Souabe, le roi poète, éleva à la gloire de son plaisir. La porte du château montre le passage de la forme arabo-romane apulienne au classicisme. Elle est due à Jean de Giovinazzo ; on la retrouve au château de Prato, en Toscane, œuvre également de l'époque des Souabe, pour laquelle travaillèrent probablement les mêmes artistes araboapuliens de Castel-del-Monte, c'est-à-dire Pisano, Jean de Giovinazzo, Barthélémy de Foggia, etc.
JI. Pantaleo, qui fait partie du bureau de Bari, a de son coté presque achevé la restauration du château de Gioja, que son propriétaire, le marquis de Luca-Resta, fait restaurer à ses frais. Ce château, fondé par Robert Sinisçpleo, passé ensuite aux mains des Bénédictins de Bari, résume dans l'histoire de sa construction et dans celle de sa gloire militaire l'histoire de presque tous les châteaux apuliens. L'admirable salle du trône, entièrement restaurée, l'escaher, les fenêtres, sont une grande promesse de toute l'antique beauté, oubliée et profanée à travers les siècles, à laquelle les modernes restaurateurs doivent faire une gloire nouvelle. La restauration du tombeau de Bohémond, à Canosa, et de l'abbaj'e de la Trinité, à Venosa, le Panthéon des rois normands, sera spécialement étudiée.
Car cet art, aux aspects très particuliers à la fois de transition et d'affirmation, jailli de la fusion de génies et de volontés divers, grecs, italiques, normands, allemands, se révèle de plus en plus, depuis quelques années, comme la grande expression de conjonction entre l'art millénaire de l'Orient et l'art nouveau-né de l'Occident.
RiccioTio Canudo.
ORIENT
La Peinture Grecque Moderne.
A THÈNEÇ. — C'est d'Athènes, où je me trouve depui^ ^^ plus d'un mois, que je vous adresse ces notes recueillies hâtivement sur la peinture grecque moderne.
L'effort d'art réalisé en Grèce, en ces dernières années, est digne d'admiration, d'une admiration d'autant plus grande que le gouvernement hellénique — jusqu'à ce jour du moins — s'est montré désintéressé de cet essor vers le Beau et n'a pas encore, par quelques acquisitions, encouragé le mérite des peintres qui suivent le chemin glorieux tracé, il n'y a pas longtemps, par Ghisi et par Litra.
II n'est pas d'artiste qui ne connaisse l'œuvre de ces deu.x peintres dont la réputation est universelle. .\ la mort de Ghisi, le Studio nous offrait en quelques pages concises une étude très substantielle sur le talent et les principales toiles de l'artiste qui sut importer en Allemagne une palette ensoleillée par le beau ciel de l'Attique. ;\Ioi-raéme j'ai eu l'occasion d'admirer à la Pinacothèque nationale d'Athènes plusieurs toiles de ce maitre sur l'œuvre duquel je reviendrai prochainement. Il y a là, entre autres tableaux, deux études de têtes d'un sentiment exquis et deux compositions de facture et de coloris impeccables : l'Amour et Psyché et le l'aiu ; une joliesse charmante se dégage
de la première, un puissant souffle dramatique anime la seconde.
Dans la même salle de la Pinacothèque, les yeux sont attirés par la dernière œuvre de Litra. La mort surprit l'artiste avant qu'il ait complètement achevé la toile. Aptî'S le dtcis est un des meilleurs tableaux du maître qui a immortalisé son nom en peignant l'héroïsme de Canaris devant Chio, qu'on admire dans la galerie de !M. Serpieri.
Suivant les traces de ces deux maîtres, M. Théodore Ralli, qui habite Paris et qui fait, annuellement, d'importants envois à notre Salon de peinture, et M. Jacovidés, éphore de la Pinacothèque nationale et professeur à l'École des Beaux-.\rts, qui habite Athènes, continuent résolument l'œuvre de la renaissance artistique grecque. Qui n'a admiré aux Champs-Elysées ces belles toiles intitulées le Butin. In soir nu monastère, les Mauvaises Nouvelles, Devant les Icônes, la Marehande de roses au Parthénon, qui font le plus grand honneur à yi. Th. Ralli ? Qui n'a xti, à la Pinacothèque nationale et dans l'atelier de M. Jacovidés, les tableaux qui ont noms le Concert improvisé, le Bain froid. Paul Mêlas. Coucou et /,■ Méchant Petit-Fils, et n'v a reconnu une palette riche autant que puissante ?
Si M. Th. Ralli excelle dans les sujets de composition.
presque to\is relatifs à la Grèce, et M. Jacovidès clans les groupes où l'enfance, aux prises avec la vieillesse, joue, de façon charmante, toujours le premier rôle, MM. Boccheciampi et Giallina, tous les deux Corliotes, habitant Corfou, excellent, à leur tour, le premier dans les types grecs, le second dans les paysages prestigieux de l'île enchanteresse.
Beauté grecque, Jeune plie de Corfoii. l'Épousée de Mcgara, trois aquarelles admirables que j'ai vues chez M. .^spioti, à Athènes, où elles étaient exposées, dénotent chez leur auteur, M. Boccheciampi, une entente savante de la psychologie féminine. Finesse et charme s'allient à un dessin très pur et à un lumineux coloris.
Le chaud soleil de la Grèce se joue dans les paysages de M. Giallina. 1 elles de ses toiles sont des poèmes de rayons. J'aurai toujours devant les yeux son merveilleux Retour du troupeau envoyé au Zappion d'.Mhènes pour l'exposition de peinture ouverte dernièrement.
Aux côtés de ces maîtres, d'autres jeunes maîtresse sont
affirmés : .M. .Mathiopoulo, puissant coloriste et portraitiste de haute valeur : son Portrait du roi Georges. que j'espère prochainement faire connaître aux Parisiens, est une auvre d'art, de grand art; M. Roïlos, un peintre de sujets militaires dont les toiles Bataille de Pliarsala et le Combat de Déléria sont parmi les meilleures du genre; M. Alectoridès, un ancien élève des Beaux-.\rts de Constantinople et de mon ami F. Zonaro, qui s'est mis en tête de moderniser la fresque byzantine : sa série d'icônes, sur fond or, témoigne d'un talent épris du passé et d'un chercheur osé et original.
Il est encore quelques autres peintres grecs dont j'aurais pris plaisir à vous entretenir, comme M. Chabas qui habite Paris, Androuzzo d'.Athènes, etc. ; malheureusement, la place restreinte dont je dispose m'oblige à clore cette petite chronique qui n'est, pour ainsi dire, que le résumé de la longue étude que je prépare sur les Peintres grecs modernes. .•Vdolfhe ThaLasso.
Échos des Arts
Fouilles et Découvertes.
Le plateau du Mont-Auxois (Côte-d'Or), où s'élevait l'ancienne Alesia de César et de Vercingétorix, est depuis quatre ans un chantier important de fouilles. La Société des sciences historiques et naturelles de Semur y a obtenu des résultats importants et des restes variés de l'ancienne ville gallo-romaine ont été mis au jour, non sans livrer des objets d'art et dés instruments de travail d'une grande valeur artistique et documentaire. Il n'y a rien là, cependant, qui constitue une révélation, et d'autres champs de fouilles ont livré des monuments ensevelis et des objets d'art analogues, égaux à ce que l'on rencontre ici. Plus rares sont les produits des fouilles personnelles pratiquées au lieu dit la Croix-Saint-Charles, par M. le commandant Espérandieu, correspondant de l'Institut, et M. le docteur Spery, ancien maire d'Alise-Sainte-Reine. Ces fouilles, conduites avec la plus rigoureuse méthode scientifique, ont fait découvrir un temple octogone, un autre temple rectangulaire, plus petit, relié au premier par une aire dallée ; enfin, un édicule aussi rectangulaire qui semble avoir été une dépendance des premiers édifices. Une belle tête d'ajiplique en pierre, un petit buste en bronze de basse époque, une tête d'Hygie, de nombreux ex-voto en pierre et bronze estampé, quelquefois doré, tout démontre que les explorateurs sont arrivés au sanctuaire principal d 'Alesia ; ces découvertes, qui rappellent celles qui ont été faites il y a soixante ans au temple élevé aux sources de la Seine (Côted'Or) et aujourd'hui conservées au Musée archéologique de Dijon, sont d'un intérêt de premier ordre et ont fait l'objet d'une communication à l'Institut.
Aménagements et Restaurations.
Le lo juillet, a été inaugurée, par M. le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, la réunion des meubles et des objets d'art qui commencent à garnir le château d'Azayle-Rideau, acquis par l'État, il y a quelques années, grâce au legs de l'ingénieur Dru. Quelques généreux amateurs, comprenant le réel intérêt qu'il y aurait à donner à cette admirable résidence du xvi<' siècle une physionomie plus vivante, ont offert des meubles et des tapisseries, des peintures et des sculptures, non pas pour faire d'Azay-le-Rideau
un nouveau musée, mais pour donner aux visiteurs l'impression d'une demeure habitée.
Parmi les objets les plus intéressants, citons une crédence aux armes de France et Bretagne, don de Mme Louis Stem ; une tapisserie datant des débuts du .wi'^ siècle, offerte par M. le baron Edmond de Rothschild ; un beau buste de femme en pierre — autrefois sur la façade d'une maison d'Orléans — donné par M. le baron ICdouard de Rothschild ; une table et un coffre, don de M. Fernand Halphen ; un banc à deux places, don de M. Doistau ; une porte en bois sculpté, de l'époque de la Renaissance, don de M. le baron Henri de Rothschild ; un dressoir français en marqueterie à dessin de fleurs, don de M. Larcade ; un grand cabinet, travail portugais du xvi' siècle, don de -M. le comte ïrotti, etc.
Le Musée du Louvre a envoyé quelques meubles, et le Jlusée de Cluny un fort beau tapis persan du .\vi<= siècle et deux lits, avec la tenture complète des doux chambres en damas, provenant du château du maréchal d'EITiat. Enfin, le Garde-meuble national a fait tendre, dans une des grandes salles du château, cinq pièces de la très belle série de l'Histoire de Constantin, exécutées à la manufacture des Gobelins d'après les cartons de Rubens.
Les travau.x de reconstruction des bureaux de la préfecture de Dijon vont faire disparaître l'étage souterrain, le seul conservé, d'un cellier cistercien dépendant de l'ancien hôtel des abbés de Clairvaux. C'était une belle crypte rectangulaire et à deux nefs, construite dans le style grave et sans ornements, qui est la marque caractéristique de l'art de Citeaux. Mais si Dijon perd ainsi un monument, dont la disparition ne sera peut-être pas compensée par le futur édifice bureaucratique, il va gagner la mise eu état et la restauration d'une construction des plus intéressante comprise dans les bâtiments très modernisés de l'ancien séminaire désaffecté. Il s'agit d'une vaste salle voûtée, de 52 mètres de longueur sur 15 mètres de large, divisée en trois nefs, début du xiv<= siècle, dépendant de l'ancienne abbaye de Saint-Bénigne, dont l'église sert, depuis plus d'un siècle, de cathédrale au diocèse. Ce beau vaisseau, qui menaçait ruine, est en pleine restauration, et, comme les travaux dureront plusieurs années, il serait téméraire
d'assigner, dès à présent, une destination quelconque à l'édifice renouvelé et sauvé.
La \'ille de Paris ayant repris la libre disposition de l'ancien couvent des Bernardins, situé rue de Poissy, entre le boulevard Saint-Germain et la rue des Écoles, va faire de ce couvent, très intéressant par son architecture en ogives du ni0)-en âge, qui était une caserne de pompiers, un nouveau musée, succursale du Musée Carnavalet, qui sera spécialement consacré à la section lapidaire. Là seront transportées les vieilles pierres qui encombrent les galeries et le jardin du Musée Carnavalet. On y installera, dit -on, tout d'abord, le fronton xvii'^ siècle du « grenier à sel » que l'on démolit en ce moment rue Saint-Germain l'Auxerrois. On sait à ce propos que la commission du Vieux-Paris sous la conduite de M. Lambeau, en visitant les travaux exécutés autour de Saint-Germain-l'Auxerrois, a acheté le fronton de l'ancien grenier à sel. Ce fronton, qui remonte au xvil' siècle, est triangulaire. Il porte deux cornes d'abondance à droite et à gauche, et au centre, entre les pilastres, un grand soleil dardant ses ravons.
M. Vicaires, un des érudits sous-bibliothécaires du palais Mazarin, vient d'être nommé par l'Institut conservateur des collections de manuscrits d'écrivains modernes et autres documents légués par M. Spoelberch de Lovenjoul. Ces collections vont être prochainement installées à Chantilly, dans le couvent entièrement transformé des sœurs de Saint-Joseph de Cluny. La salle centrale de lecture réservée aux travailleurs est déjà presque achevée; elle occupe une galerie d'une vingtaine de mètres, éclairée par le haut. La bibliothèque sera ainsi une annexe du Musée de Condé.
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Par arrêté du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, en date du S juillet, a été instituée auprès de l'administration des Beaux-Arts une commission, composée de sénateurs, de députés, de conseillers municipaux, de plusieurs personnalités de l'administration départementale et communale, d'avocats, d'architectes et de peintres, qui aura « pour mission de centraliser l'action des divers services chargés de veiller au maintien des perspectives monumentales de la \i]\e de Paris «.
Fêtes et inaugurations.
L'ouverture du Salon d'Automne de ly^y aura lieu au Grand Palais des Champs-Elysées, le i" octobre prochain. La journée du 30 septembre sera consacrée au vernissage et la fermeture du Salon est fixée au 8 novembre. On trouve le règlement et les notices d'inscription, pour les différentes sections de cette exposition, au Grand Palais des Champs- Elysées, porte G.
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On a inauguré, au Palais de Justice, le Music du Barycnn, installé au-dessus de la Bibliothèque des avocats. Les collections de ce musée se composent surtout de gravures, d'aquarelles, de dessins relatifs au Palais de Justice et à la vie judiciaire. On y voit entre autres choses les états successifs du monument à travers les âges ; la Cour du Mai au xviie siècle, telle qu'elle était encore avec ses pavillons construits du temps de Louis XI et qui encadraient l'ancienne Sainte-Chapelle. Puis on assiste aux incendies du Palais qui eurent lieu sous Louis XVI et plus tard sous la Commune, et aux reconstitutions qui s'ensuivirent. De nombreuses gravures rappellent les événements qui se
passaient d'ordinaire en ce lieu : audiences solennelles, lits de justice ; puis ce sont des portraits de magistrats et d'avocats célèbres, des livres à gravures, manuscrits, etc., et des vues des quelques monuments qui avoisinent le Palais. Ce musée, que des dons prochains enrichiront encore, est dû à l'initiative et aux soins de MM. Ernest Cartier, Brizard, Deroy, Georges Durant, Rodrigues qui en ont été les organisateurs.
JS Nécrologie.
Il n'est guère d'artistes qui aient, moins que Chaplain, sacrifié à la renommée et recherché le succès facile ; et pourtant on peut dire que l'éminent artiste, qui vient de mourir à soixante-dix ans, après une vie laborieuse et discrète, était populaire en quelque façon : pour tout le monde, en effet, les noms de Chaplain et de Roty ont une signification précise, qui est la renaissance de la médaille, et pour avoir été mêlés, de par leur talent, à la commémoration de tous les grands événements historiques de notre pays depuis quelques années, ces deux artistes ont conquis une renommée que ne connurent jamais les Oudiné ni les Gatteaux.
Xé à Mortagne (Orne) en 1839, J.-C. Chaplain fut élève de Jouffroy et d'Oudiné ; il obtint son prix de Rome en 1863. sa première récompense au Salon de 1870 et sa place à l'Académie des Beaux-Arts en 1 881 ; il était commandeur de la Légion d'honneur.
Ainsi se résume l'essentiel de sa vie, dont toutes les autres dates sont représentées par autant d'œuvres marquantes, riches de pittoresque dans l'arrangement autant que vigoureuses et serrées dans l'expression des physionomies ; car ce qui fait le charme des médailles de Chaplain, c'est non seulement la solide qualité des portraits, mais aussi la simplicité harmonieuse des « revers » allégoriques, double réussite à laquelle concourt un renouvellement de la technique (choix de la lettre, suppression du listel, etc.). dans le détail duquel il est impossible d'entrer ici.
C'est un curieux, un sincère, un bel artiste qui disparaît.
M Revue des Revues.
Starve Godv (années révolues). — Revue mensuelle d'att ancien, paraissant le I5;::S de chaque mois. — 1909. troisième année.
Le texte de Staryé Gody étant rédigé en russe, tous les titres sont munis de traductions en français.
Prix d'abonnement pour l'étranger : 30 francs par an. On s'abonne chez tous les libraires de Saint-Pétersbourg et au bureau de la rédaction (7, Solianoï per) ; à Paris, chez Henri Leclerc, libraire, 219, rue Saint-Honoré.
P. P. de Weiner, directeur fondateur.
La Scandinavie. — Revue mensuelle illustrée des ro\aumes de Suède, Xorvège, Danemark et grand-duché de l'inlande. — Artistique, littérahe, scientifique. — Rédaction et administration : 67. boulevard Malesherbes, et 4. avenue de l'Opéra.
Directeur : Maurice Chalhoub.
Abonnements : 6 francs pour la France et S francs pour l'étranger.
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Association de l'Alliance artistique, enregistrée en vertu de la loi sur les Sociétés industrielles et de prévoj'ance. Siège social : 67-69, Chancery Lane, London, W. C.
Fondée en 190S dans le but de permettre aux artistes de soumettre librement et sans restriction leurs œuvres au jugement du public.
A l'exposition annuelle de l'Association, chaque membre est autorisé à envoyer trois œuvres, dont toutes seront exposées, en groupe ou dispersées, suivant le désir de l'exposant.
On devient membre de l'Association en devenant acquéreur d'une (ou plusieurs) actions d'une valeur nominale de lo shillings (soit 24 fr. 7;), et en payant une cotisation annuelle d'une guinée (soit 26 fr. 50). En dehors de cette cotisation, les membres ne peuvent encourir aucune responsabilUé pécuniaire.
L'administration de l'Association est confiée au comité de direction élu par les actionnaires.
Toutes les demandes de renseignements, adhésions et versements doivent être adressés au secrétaire (Frank Rutter), .\llied Artists' Association Ltd., 67-69. Chancery Lane, London, \V. C.
JS Divers.
La classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique a élu, dans sa dernière séance, deux nouveaux membres associés étrangers : M. A. Roll, artiste peintre à Paris, président de la Société nationale des Beaux-Arts, qui succède à Hébert, et M. Philippe Rûfer, compositeur à Berlin, en remplacement d'Ernest Reyer.
Dans sa séance du 17 juillet, la Chambre des députés, sur la proposition de iOI. Aynard, Senibat, Jules Roche, Delcassé, Jaurès et Denys Cochin, a voté la loi suivante, — dont l'importance est considérable à l'heure actuelle, — 0 en vue d'empêcher l'exportation d'objets mobiliers d'un grand intérêt artistique ou historique n :
« Article premier. — Les objets mobiliers autres que ceux qui ajjpartiennent aux départements, aux communes ou à des établissements publics et dont la conservation présente, au point de vue de l'art ou de l'histoire, un intérêt national, peuvent être classés avec le consentement du propriétaire.
II Art. 2. — Les objets mobiliers classés ne pourront être restaurés, réparés ou modifiés qu'avec l'autorisation du ministre des Beaux-.\rts et sous la surv^eillance de son administration.
« .\rt. 3. — L'exportation hors de France de tout monument ou de tout objet classé est interdite.
0 .'Vrt. 4. — Les effets du classement suivent, en quelques mains qu'ils passent, tout objet mobilier ou tout immeuble par destination redevenu meuble.
« Art. 5. — Toute infraction aux dispositions qui précèdent sera punie d'une amende de 100 à 10 000 francs, sans préjudice de l'action en dommages-intérêts qui pourra être intentée au nom de l'État. Un règlement d'administration publique déterminera les mesures propres à assurer l'application de la présente loi ».
Nous insérons très volontiers la lettre suivante qui nous paraît de nature à intéresser nos lecteurs :
« 5 août 1909.
» Monsieur le Directeur,
•1 Je ne saurais mieux confier, il nie semble, une cause artistique et féminine qu'en la présentant aux lecteurs et lectrices de l'Art et les Artistes, et en vous demandant votre appui pour la mener à bien.
0 II y a trois ans, j'avais déjà, dans le Supplément de Modes du New York Herald, lancé l'idée de l'utilité de la création
d'un Muscc de la Mode à Paris. Le Gaulois et le Fiearo soidignérent alors par des articles, dans le même sens, l'intérêt de ce projet. Dernièrement plusieurs journaux, notamment la Liberté sous la signature d'Etienne Charles, parlèrent du Musée de la Mode, à la suite d'un article paru le 30 mai dernier dans le Supplément de Modes du Herald et rappelant en ces termes l'idée première : « Combien '. serait intéressante et utile la création d'une exposition 11 permanente de l'histoùe du costume où l'on enregistrerait, « chaque année, ce qui sj-mbolise la mode parisienne ! — que " de documents précieux pour les siècles futurs ! — et, sans « attendre si loin, combien nous serait souvent utile la con- « sultation des modes d'une vingtaine d'années, ne serait-ce 1 que pour éviter certaines erreurs ou raieu.x nous appliquer à tirer parti d'une trouvaille peu exploitée ou d'une gami- . ture restée alors sans succès. Dans une ville comme Paris, i où l'art du costume est un des ressorts imjrartants du « commerce, cette exposition aurait sa place toute marquée. ' Et si l'on objecte la versatilité de la mode et la place qu'il
0 faudrait pour enregistrer ses caprices, on peut dire qu'avec .. deux toilettes par an on synthétiserait fort bien la mode
1 et que, même si l'on ne pouvait enregistrer que des rcduc- ' tions de toilettes, cela aurait encore son intérêt ».
.1 11 en résulte donc que mon idée est plus que jamais « dans l'air » et que sa réalisation s' impose de plus en plus. Mais à combien de <lifficultés va-t-on se heurter pour une chose qui parait si simple et si logique. Ne pourriez-vous m'aider à les aplanir? L'n comité de femmes du monde réputées pour leur goût, quelques peintres très compétents dans le domaine des grâces féminines, quelques artistes pour lesquelles l'art de la toilette complète l'art IjTiquc, se réuniraient pour juger et choisir les toilettes appelées à symboliser le mieux la mode du moment. Les couturiers ne demanderaient certes pas mieux que d'offrir au Musée les modèles choisis qui consacreraient ainsi leur talent dans le présent et dans l'avenir. Des gravures, des dessins, des photographies, un album réunissant les meilleui"s articles de modes compléteraient les documents à garder.
. Mais voilà où commence la difficulté. Quel local abritera ces intéressants souvenirs? Le Musée des Arts décoratifs pourra-t-il les loger? De quel ministère dépend la réalisation d'un tel projet ?
« Devrons-nous nous adres.ser au ministère du Commerce ? à celui des Beaux-.\rts? à la Ville de Paris? ou faudra-t-il attendre la générosité problématique d'un bienfaiteur bien inspiré qui offrira un local pour abriter dignement une collection aussi attrayante à bien des points de vue et q)ic nous devons créer pour l'histoire de Paris ?
1 .\idez-moi, Monsieur le Directeur, de vos lumières et <ic votre influence pour faire aboutir ce projet que mon amour-propre de femme et de Parisienne verrait réaliser avec joie et fierté.
. I-orsque nous voulons, en ce moment, trouver un document de modes des siècles passés, nous n'avons que quelques rares collections particulières, difficiles à aborder, des journaux de modes, souvent incomplets et ne permettant pas l'opinion d'une façon tangible comme le ferait le vu de la toilette. Il faut créer l'historique du costume français pour les générations futures : c'est une des plus belles choses que laissera notre siècle où le règne du chiffon guidé par l'art vaut bien d'autres règnes. Et s'il semble l'emblème de la frivolité, il se double d'une utilité très grande : celle d'attirer à nous tous les étrangers qui apportent à Paris le tribut de leur fortune avec celui de leur admiration.
•i Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments très distingués.
i^ J. Ferr.vnt.
« Paris, 28, rue d'Artois. >
BULLETIN DES EXPOSITIONS