‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 117 sur 180 · III · texte numérisé non relu

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tait jusqu'ici, en France du moins, avec la sûreté ni la puissance de M. Communal.

J'ai dit : « en France », parce qu'en effet je ne peux, ni ne veux oublierle grand artiste italien qui a précédé M. Communal sur les chemins de la haute montagne, le peintre de l'Engadine, mort au Schafberg, dans les neiges, victime de son art, Giovanni Segantini. L'œuvre n'est pas la même. Ce que voulait signifier et ce qu'a signifié Segantini, c'est la faiblesse de l'homme, cet éphémère qui souffre et passe en face de la Nature toute puissante, éternelle et glacée. Comme s'il avait pressenti sa propre destinée, il revenait sans cesse à cette antithèse tragique. Il la peignait de couleurs éclatantes et crues, avec une insistance cruelle, une lumière implacable,— en justicier. Si jamais quelqu'un adonné une illustrât ion saisissante des beaux vers de Vigny:

Ne me laisse jamais seul avec la Nature,

Car je la connais trop pour n'en pas avoir peur.

c'est assurément cet Italien qui, sans doute, ne les avait pas lus.

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Rien de semblable chez M. Communal. Son œuvre ne montre pas l'homme aux prises avec la Nature. Ce n'est pas une élégie, ce n'est pas un drame : c'est l'explosion Je l'enthousiasme d'un montagnard pour sa montagne, ■ et cette montagne, toute imposante qu'elle soit et toute glacée, se fait bienveillante, accueillante, comme un palais féerique. Elle s'abaisse ça cl là el laisse voir au loin, dans la plaine, un lac, quelque chose qui ressemble à des toits, des villages, des villes peutêtre, des terres cultivées, nourricières... Même si l'on n'en voit rien, on le soupçonne possible. Le Savoyard n'a pas. en face du grand mystère des \lpes. la terreur de l'entant venu de Milan. II aime visiblement la Sa\ oie.

Quelque chose, pourtant, le rapproche de son illustre devancier : la puissance de l'intensité. Comme Segantini, M. Communal nous apporte une vision nouvelle des choses ; comme chez lui, celte vision est exprimée par un métier nouveau : comme chez lui. enfin, ce métier est d'une ai. extraordinaire. Aussi, bien que le Savoyard ne se soit nullement inspiré de l'Italien. il ne le con-

naissait même pas quand il s'est misa peindre, — il produit, sur les fervents de la montagne, une impression égale. Voici dix-sept ans déjà que, séduit par quelques paysages alpestres entrevus. ça et là. dans les expositions et signés d'un nom inconnu, je prenais le chemin de la Haute-Engadine poui découvrir le magicien à qui nous devions ces éblouissements. Tout ce que je vis. passe le col du J uber. dans le chalet de la Maloja. où habitait Segantini et aussi, en pleins pâturages, là où il peignait ses triptyques d'après nature, me confirma dans l'admiration où m'avaient jeté ses premières œuvres. Pour la première lois, je trouvais un interprète des \lpes qui rendait, dans toute sa puissance, le texte sacré. En redescendant de sa montagne, vers Saint-Moritz, tandis que carillonnaient, au trot des chevaux, les grelots de « l'extra-post », mon émotion était si protonde que je ne croyais pas la ressentir une seconde lois dans ma vie. Je me trompais. L'œu\ re de M.< lommunal vient de la renouveler.

ULUE DANSAN1 Al MOULIN-ROl'GE

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