‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 128 sur 180 · LYON · texte numérisé non relu

LYON

tl y a chez nous grande levée de palettes. Fauves et pom- •*■ piers se prennent aux cheveux, tout cela à cause de l'Exposition de 1914. Tandis que le maire de Lyon est aux prises avec la C. G. T. et que la troupe garde les chantiers, les peintres, eux, ne perdent point de vue l'objet de leur querelle. En somme la commission municipale, invitant les plus illustres représentants de l'art français et étranger la l'exclusion, bien entendu, de quelques membres de l'Institut trop périmés), a cru devoir s'adresser pour Lyon aux « peintres de gauche ». Grande colère des médaillés, membres associés du Champ-de-Mars, hors concours et professeurs divers. Finalement le conflit a trouvé une solution. Au pavillon des Beaux-Arts, il y aura les œuvres des artistes parisiens, étrangers et lyonnais invités par la commission. Mais on ouvrira, quelque part dans la ville, un Salon d'Été, où les refusés montreront leurs tableaux. Ces refusés là n'évoqueront pas le souvenir des autres, ceux de 1868! Homme je le disais dans ma récente lettre, l'attitude de la ville de Lyon est le premier exemple d'une manifestation de cette espèce. C'est la première lois que la démocratie se décide pour l'art de gauche et que la République ne se montre pas, en art, conservatrice...

Donc, M, Tony Follet u" médaille au Champ-de-Mars, II. Ci et M. Terraire (2' médaille 11. Ci tâcheront a éclipser Renoir, Degas. Monet, Signac, Marquet, l.uce, Lepére, Le Sidaner, Cottet, Zuloaga, Forain, etc. Les visiteurs décideront.

En attendant, les petites expositions fourmillent. L'événement, c'est l'exposition de Francisque Laurent, qui est une révélation. Cet artiste s'est attaché à l'expression de la vie théâtrale lyonnaise. Il faut avoir vécu les soirées banales de l'exil en province pour apprécier les mille nuances de ces vies de mollusques. On apprend à distinguer le comique

et le triste dans notre insipide existence de citadins comme l'amateur d'eau apprend a discerner ses « crus ». A ces jeux, l'oeil de F. Laurent s'est exerce avec un rare bonheur. Les scènes qu'il note au poulailler, dans les couloirs, le foyer, l'atrium et sur la scène de l'opéra municipal de Lyon sont des merveilles d'observation et de finesse. A cela il joint un savoir très complet. C'est un dessinateur âpre et mordant de la lignée des Luce et des Lepére. Son exposition obtient un retentissant succès: il faut souhaiter et espérer que ce succès dépasse la province et gagne Paris, où Francisque Laurent montrera bientôt ses 0U\ lages.

i.hez Pouillé-Lecoultre, M. Pierre Courbet-Descombes montre des crépuscules et des bruines qui, sans faire montre d'un esprit local bien défini, ne s'en apparentent pas moins à la peinture lyonnaise. C'est l'art d'un habile et charmant artisan.

Une exposition des eaux-fortes de Louis l.egrand, chez Weltv, outre qu'elle fut un grand succès de vente et de curiosité, a classé cette galerie. On v vint voir les pièces capitales de l'œuvre de Legrand, ouvrier déconcertant et assez impersonnel en qui se retrouvent, comme en une sorte de Charles .Millier de l'art graphique, les manières opposites de Degas, Schvvabe, Constantin Guys, Rops, Raffaëlli et Roll. La cuisine de tout cela est d'ailleurs incomparable, encore que tort épicée.

MM. Le. il. Bonnardel, Ch. Sente, Pommey, .M"" Giraud ont, avec diverses fortunes et divers talents, soumis leurs travaux au public lyonnais. Je distingue avec plaisir, dans le nombre, M"" Giraud, qui est une portraitiste charmante des enfants et qui demeure, avec un métier sur et solide, une artiste féminine dans le meilleur sens du mol.

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