RENNES
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ment, en 17 -;-\ p 11 M I Je M. le Comte de 1
fut de 3.932 li\ res ». — 1 '.es fêtes ne raient sans doute pas plus grandioses que telles auxquelles viennent de donner lieu l'inauguration par M. le Président de la République de divers monuments nouveaux ei la présentation de l'hôtel de ville enfin terminé et du théâtre municipal enfin restauré.
Nul plus que moi n'admire Le Mordant et j'appréciais sans réserve le plafond destine à notre théâtre, résultat d'une suite d'études de premier ordre dont le publie a pu le roir entouré au mois de mars chez Guérault. Gustave Geffroy a écrit à son sujet, dans cette revue même, des choses excellentes et porté un jugement dont les ennemis résolus du « poncif », les défenseurs de l'art moderne et sincère ne sauraient appeler. L'effet général a-t-il été accru par la mise en place de la toile? Sans nul doute, dominant cette salle dont le style (?) a si peu d'allure et la décoration si peu d'éclat, la splendeur de l'œuvre si parfaite en soi s'impose comme un rayon de soleil triomph il. Toutefois, les personnages de premier plan semblent ici trop grands et leur poids retient un peu leur envol ainsi que la montée des tons si éclatants et si légers. D'autre part, il y a quelque difficulté, d'un certain nombre de points de vue, à envisager comme il convient la composition ; les raccourcis ne seraient-ils donc pas suffisamment accentués? Enfin l'on regrette que des motifs exquis n'apparaissent plus assez complètement, tels les joueurs de biniou et de bombarde, voire même les premières lignes de la farandole. — Peut-être l'artiste n'a-t-il pas eu tout le temps, toute la liberté désirables pour préparer la mise au point de son projet sur place; la faute, si vraiment elle existe, ne lui est pas imputable.
Notre hôtel de ville se compose de deux grands corps de bâtiments reliés par un édifice dont la forme semicirculaire rentrante vient toucher la tour de l'horloge. Le fronton central porte les armes de Rennes, un écusson paie de six pièces d'argent et de sable, au chef d'hermine. Le dôme a été surmonte successivement d'une Heur de lis, d'un bonnet phrygien, d'un aigle, d'une fleur de lis; il ne possède plus maintenant qu'une flèche. La niche, qui a abrité une statue de Louis XV, resta vide de 1793 à [911. Lu 1821 on avait décide d'y placer une statue de Louis XVI. Ce projet ne fut pis réalisé et la statue lit partie du musée ou elle est encore. Depuis 191 1 cette niche est occupée par le groupe de Jean-Boucher « L'Union de la Bretagne a la France». On a déjà presque tout dit sur cette œuvre si complète, si pleine de force et pour laquelle notre compatriote a fait preuve de toutes ses qualités de très grand artiste Le groupe peut paraître compact et sombre, mais de quelle splendeur sont les attitudes de la France et de la Bretagne et que ces robustes assistants de bronze représentent comme il convient nos bretons divers, loyaux et têtus !
L'extérieur du monument, sauf le dôme qui date d'une cinquantaine d'années, a été laissé dans son état primitif, mus l'intérieur n'avait jamais été achevé. Toutes les anciennes boiseries ont été conservées, entre autres les panneaux du salon de réception où se lisait jadis, audessus de la glace de cheminée, l'inscription : » Maison de P. Hévin » (dont le nom évoque ce fameux hôtel du Molan si connu des admirateurs du style du grand siècle), puis les écussons, les chapiteaux du péristyle, les des de voûtes sculptées du présidial, et aussi la charmante frise du gi.uid escalier (récemment imitée dans le hall du Ritz). Le bureau du maire et celui des adjoints ont reçu les lambris de l'ancienne bibliothèque des avocats, si longtemps oubliés dans les combles. Le ferronnier a ete très heureusement inspiré en prenant pour modèle des grilles
du grand escalier et îles balcons les vestiges du vieil hôtel de Blossac. Le savant architecte M. l.erav a tiré le meilleur parti de toute l'aile droite de l'édifice qui n'avait jamais été aménagée, il a dirigé également avec une intelligence très avertie la décoration de l'aile gauche. Je ne puis croire qu'il soit responsable de la salle des fêtes, destinée à éblouir les regards des foules. Je songe malgré moi avec une réelle amertume, par la force de l'antithèse, à la grande salle de la maison commune de Bruges, à ses graves peintures murales, a sa décoration d'une sobriété si imposante, au goût si suides Flandres...
La décoration picturale a été confiée à G. Jobbé Duval, à Ronsin et à L. Koger. Rien de Méheut. Ce ne peut être qu'un oubli. — Tant pis pour les Rennais.
L'ancienne chapelle fut confiée à Ronsin. Le mur principal a reçu la fresque intitulée «Aux glorieux enfants de la terre bretonne ». lies Heurs sont offertes par une Fouesnantaise à notre province gracieusement figurée prés de laquelle rêve un solide Cornouaillais. Comme fond, les lauriers roses, des colonnades claires que l'on retrouve tout autour de la rotonde et parmi lesquels volent deux génies. L'ensemble est fortement dessiné, la coloration des personnages un peu froide, à notre gré, mais les buissons et les fleurs sont du plus joyeux printemps et le ciel de la coupole est fait des tons les plus suaves que peut posséder la palette d'un pleinairiste.
Le grand escalier appartient à L. Roger. .Ses deux vastes compositions, dont l'harmonie générale est des plus séduisantes, ont pour titres: «Au temps légendaire d'Armor» et «Rennes centre intellectuel». Elles révèlent une fois de plus le tempérament et la science depuis longtemps consacres de l'artiste, mais présentent à mon avis un intérêt inégal. Armor: nous avions admiré déjà ce motif il y .'i quelque temps au Salon. Une baie où, sous le soleil de midi, des arbres touffus ombragent comme au pays de «La Forêt» des grèves que lèche une mer d'un bleu intense. I es bruyères ou pies d'un menhir paissent des moutons. Au premier plan, un robuste ancêtre, dépositaire des légendes sacrées, transmet la bonne parole à un groupe de pécheurs attentifs auprès desquels des enfants et des femmes rappellent un peu les modèles de Cormon. Le morceau principal est modelé de main de maître. Roger s'est plu a y révéler toute sa Science de myologiste, — et aussi tout son talent de «peintre» (au point même d'oublier, qu'il brossait une fresque, mais l'œil est si pleinement satisfait de ces saillies et de cette chair que l'on aurait mauvaise grâce à lui reprocher un excès). — Le second sujet est traité d'une manière plus exclusivement décorative. Dans un éden, notre Thabor sans doute, des poètes et des artistes vêtus de l'éternelle toge sont rangés en demi-cercle en face de la Ville de Rennes représentée par une femme brune trônant entre deux blondes. Un poète, dans un élan d'exaltation, essaie de se faire comprendre. Au second plan, les toits bleus de la ville, et dans le lointain la campagne embrumée où serpente la Vilaine. Les valeurs s'étagent, les teintes se combinent et se dégradent de la plus heureuse façon. .Mais j'aurais aimé que le sujet principal présentât plus de caractère. Les figurants, de dos, en bas près du cadre, ont des attitudes un peu faciles. Passons. Quant à la ligure qui personnifie Rennes (et que j'aurais de beaucoup préférée placée plus haut), ne demeure-t-elle pas en présence des Arts un peu trop plate dans son geste, un peu trop neutre dans son expression? Je me demande anxieusement si L. Roger, peintre ordinaire de la vérité réelle, n'a pas voulu une fois encore la faire éclater dans un svmbole.