ART ET
— J'y surprenais de belles attitudes, m'a dit Renouard, j'y dessinais des mouvements de personnages magnifiquement costumés. Cela m'amusait beaucoup. On venait jeter lui coup d'œil sur mes croquis. On s'arrêtait pour causer avec moi... Peu à peu. sans m'en apercevoir je me créais des relations. «Un soir qu'on jouait Faust, lui diable magnifique avec sa plume rouge, me voyant en train de faire Ll n d e s s i n d'après lui, a la com plaisance de prendre la pose lorsqu'il recule, félin crispé, devant les poignées depéeen forme d e c r o i x . »
( "était le célèbre baryton Faure, grand amateur de peinture, ami de Manet q u i fit son portrait dans le rôle d'Hamlet et qLii désorm a i s s ' i n t é ressa vivement aux travaux de Renouard.
Notre jeune dessin a te u r , qui déjà aimait tant Ils mOU- \ ements et les souplesses du corps humain. se donna le plaisir de représenter les harmonieuses et
paradoxales attitudes des danseuses. Ce lut le commencement d'une prestigieuse série où Renouard put montrer sa maîtrise.
Comme Lin jour. Halanzier, directeur de l'( )péra, s'était approché du jeune dessinateur et admirait fort ses études de ballerines voltant sur leurs pointes ou bondissant à travers l'espace, il l'encouragea par un mot de bon accueil et gracieusement prophétique : « Yolis serez ici chez vous ». là. en effet, l'Opéra ne cessa jamais d'être la maison de
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M. Paul Renouard et il y trouva le prétexte de maintes composition alertes et vivantes qui restent parmi les pages célèbres de l'Art contemporain.
Riche de ces prestes dessins et de ces encouragements qui lui donnent confiance en lui-même, Renouard ose alors se présenter au journal l'Art. qui avait ses bureaux à la Chaussée d'Antin. Là
on lui prend quelques-unes de ses études et on lui fait l'agréable surpris e d e lui a n n o n cer :
« llalévy et 1 ! i z e t vous attendent». Le librettiste et le compositeur le plus en vogue!
Des achats, des commandes, et mieux encore, l'agissante sympathie d'artistes célèbres.
C'est la première t o i s que l'ancien peintre en bâtiment se voyait à pareille tète.
Décidément, il avait été bien inspiré le jour où il était entré dans l'atelier de Rils, qLii. à c a li s e d e s a parfaite connaissance des fauves, l'avait mené à l'Opéra où il venait de découvrir un monde pittoresque et encore peu exploré, de plaisants sujets d'études, des relations précieuses et presque le succès. C'est en iSj? que lui arrivèrent ces bonheurs. Quel souvenir et quelle gratitude en a gardés .M. Paul Renouard! Ses causeries avec le délicieux Ludovic llalévy qu'on ne pouvait voir sans l'aimer — lui furent un enchantement et c'est toujours avec émotion qu'il parle de sa grâce, de son constant désir d'être agréable. Bizet habitait sur le même palier