PAUL RENOUARD
Li talent de M . Paul Renouard est lui des premiers -à que j'ai ci i m pi i s ci .unies. J'avais dix-sept ans. je venais d'arriver à Paris lorsqu'en i885, quelquesuns de ses dessins m'apparurent au Salon et dans les journaux illustres. Tout de suite je fus conquis par cette observation juste, clairvoyante, ei même malicieuse avec tant de bonne humeur, par ce don de représenter la vie avec tant de juste de caractère. N'aimant que la littérature de vérité, en art je sympathisais surtout avec les peintres qui montraient l'humanité en action dans une atmosphère subtile et changeante. Parmi les dessinateurs. Daniel Vierge et M. Paul Renouard m'enthousiasmèrent. Depuis cette époque j'ai suivi leur eflorl avec ad m nation et j'ai souvent écrit sur leur oeuvre. Mais trop pris par mes travaux pour avoir le temps d'entrer en relations personnelles avec la plupart des artistes dont l'œuvre m'est familière, je n'ai connu que tardivement le cordial et
p. issu mue Daniel Vierge, à l'heure où, paralysé,
m. us avant habitué sa main gauche à servir sa pensée et sa vision, le malheureux n'avait plus de paroles pour dire son enthousiasme et sa flamme. Quant à M. Paul Renouard, c'est seulement l'année dernière que j'ai eu le plaisir de lui '■ C'est seulement au cours d'un agréable après-midi passe dans son atelier que j'ai eu la décisive explication de son tempérament, de son talent et de son œuvre.
Tand ni donnais la joie de regarder
ses dessins, ses gravures, toutes les pages de ses
meuscs, M. Paul Renouard me i les étapes et les hasards de sa vie. Kt il l( avec tant de spirituelle bonne humeur, il paraissait encore si amuse des spectacles et des découvertes dont il avait eu la surprise, il en riait d'un rue si trais et si jeune à mesure que lui en arrivait enir, que j'eus soudain le secret de cette
œuvre intelligente et vivante. Je sentis que M. Paul Renouard, observateur caustique mais sans férocité, avait été prodigieusement diverti par certains aspects du monde, qu'il en avait goûté le comique et qu'il s'était beaucoup amusé lui-même en s'efforçant de les représenter dans leur exacte et pittoresque drôlerie. Avec une jovialité délicieusement jeune et une raillerie discrète il s'en égayait comme s'il les avait eus encore sous les yeux, Et il garde le même enjouement un peu étonné lorsqu'il recense les événe-
UN DES FIGURANTS 1)1. « LA JUIVE » RÔL1 UNI PAR LE CIREUR DE BOTTES lu L'Ol
ments imprévus qui déterminèrent sa carrière d'artiste.
Comme, en feuilletant des pages de croquis, je louais les vols de pigeons qu'il a fait si joliment palpiter au-dessus des maisons de Paris, il voulut me taire les honneurs de l'horizon des toits et cheminées que l'on découvre du haut de son grenier, observatoire d'où Paul Renouard regarde depuis quarante-trois ans les ciels et les couleurs de Paris et les lourdes randonnées des pigeons au-dessus de ces quartiers du centre. Kt je vis cet homme de soixante-cinq ans passés escalader si lestement les marches, bondir avec tant de souplesse au-dessus du vide d'un escalier, évoluer sur son toit avec une telle aisance et un si partait dédain du vertige, que je compris alors la stupéfiante dextérité, l'extraordinaire prestesse de ce maître dessinateur qui a observé et rendu la vie aussi adroitement que s'il se promenait sur son toit. Jamais je ne me suis aussi bien que ce jour-là expliqué le talent de M. Henouard.
(2e dessinateur des gestes et du mouvement — qui tut aussi et qui est encore un peintre décorateur de beati talent — est né en 1S4?. dans le Loir-et-Cher, à Cour-Cheverny, près Blois. Venu très jeune à Paris, sans avoir reçu d'autre enseignement que celui de l'école communale de son village, il y débuta comme jeune ouvrier chez un peintre en bâtiment de Passy. Au cours des travaux qu'il exécutait pour son patron dans une des dernières maisons de la rue Bonaparte, il découvrit l'existence de l'Ecole des Beaux- Arts, dont jusqu'alors il n'avait jamais entendu parler.
Désireux d'éduquer le goût qu'il se sentait pour le dessin, il prit des informations, entra au hasard dans l'atelier du peintre Pils parce qu'il était le premier en haut de l'escalier — nous verrons plus tard les heureux résultats de ce choix tait sans raisons - et, économisant sur le salaire de sa journée, s'arrangea pour le fréquenter pendant une semaine environ au cours de chaque mois. Puis, se passionnant pour l'étude, il venait le plus souvent
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possible le soir copier de beaux dessins a la Bibliothèque Je l'Ecole; à peu près vers la
même époque il pratiqua aussi dans un atelier le dessin sur pierre lithographique.
Mais l'une de ses plus profitables études lut celle que. librement et pour son propre plaisir, il in des bêtes féroces au Jardin des Plantes. L'architecture, la souplesse et toute la formidable beauté
l'Opéra ou pour quelque Musée. Jusqu'à ce rient il n'avait même pas encore songé à
exposer au Sali m et il était simplement tout a la joie de gagner sa vie en tripotant de fraîches couleurs.
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vail que lorsque la Salle était éclairée, ce n'est guèreque pendant les représentations qu'il peinait s'y
des lames l'intéressaient beaucoup. C'est avec livrer. Mais alors la vie de celte immense ni joie qu'il dessinait leurs bonds, leurs étirements, en pleine activité, le passionnait tant que. par les leur forme majestueuse ei souple. Le jeune combles, il gagnait les coulisses pour en vo Renouard avant montré ces études à son maître, léerique animation et pourdessin n aise.
l'ils ne se trompa point sur leurs mentes et lui prédit qu'il serait un grand peintre d'animaux.
A cette époque.
Pils. peintre fort estime et très en laveur, avait reçu d'importantes commandes pour la décoration de i'( Ipéra qu'on était en train d'achever. A peine venait- il de faire l'ébauche de son plafond pour le grand escalier que la maladie le terrassa. Avant à représenter un immense Apollon jouant de la lyre au m i 1 i e u d ' a n i m a u x quatre ou cinq lois grandeur nature, il chercha parmi ses é I è v es celui qui pourrait le mieux le suppléer pour ce Ha .ail urgent, et se souvenant des belles études de bêtes I é r o c e s q u e Renouard lui avait montrées, c'est de lui qu'il lit choix.
Après quoi c'est encore Renouard qui lut charge de peindre les « esquisses ■■ de cette décoration, sans doute pour la Bibliothèque de
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