‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 76 sur 180 · I \U I DE JOHN SI · texte numérisé non relu

I \U I DE JOHN SI

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d'enregistrer la vie de leurs pays. Les grandes galeries n'ayant pas pour lui l'attrait qu'elles ont pour tant d'Américains, il n'a jamais traversé l'Atlantique. De nos jours, où les problèmes de l'art sont devenus plus compliqués que jamais, on pourrait bien voir du danger dans une telle insouciance de ce qui a été le guide suprême de la plupart des peintres. Encore une fois, il faut se souvenir que AL Sloan a pris le monde vivant pour son guide. Pour lui, les procédés qu'il connaît suffisent à son expression ; il lui importe peu de reconquérir les secrets des hommes d'autres époques, d'autres aspirations. Son art est donc l'Amérique vue par un Américain.

Voici encore quelques-unes de ses œuvres — La Nuit de l'Election — où la foule s'égaye d'une façon rappelant laMi-Caréme à Paris. On remarque encore le sens du mouvement — cette fois, le mouvement que fait une collectivité : cent gestes différents qui font le geste de l'ensemble, et on se rend compte de cette toule comme d'un seul individu. Le Restaurant chinois présente des caractères nettement distingués, sans omettre même celui du chat. Pour donner l'impression de ce tableau il faudrait la riche couleur d'un de ces coins de l'Orient qui sont devenus de mode en .Amérique. Le Haymarket (c'est un bal mal

camé) résume la majeure partie des phases de l'art de John Sloan. D'abord c'est une autre scène de la comédie humaine et ses acteurs contrastés ont été savamment étudiés. Puis c'est la réalisation d'un plaisir que l'artiste exprime dans un effet de lumière de nuit; il ne connaît pas le Bar aux Folies-Bergères, mais j'estime qu'on n'exagère pas en constatant une parenté entre les deux œuvres. L'eau-forte charmante de la Mariée note de vieilles coutumes curieuses. Je réserve pour ma dernière mention cette planche si différente Les Toits. Suit d'été. Comme chez Hogarth, comme chez Daumier. on ne peut douter de l'intérêt que l'artiste a pris à cette scène. C'est encore dans la manière de ces grands maîtres que AL Sloan a découvert que pour l'expression la plus complète d'une pensée, le meilleur moven se trouve dans la réalisation l'a plus complète de la forme, de la couleur, de la composition. Regardez le dessin de ces corps gisants ; leur poids, leur mouvement, considérez la beauté qui unit les masses de ces maisons et enveloppe toute cette scène comme la nuit enveloppe tout ce drame des pauvres. Cette planche à elle seule prouve la très haute conception que John Sloan s'est fait de l'art.

Walteb Paul

LE BAC (HIVER Sl'R l'hUDSON)

VAEÏJÊTES

De la Porcelaine et de la Faïence

Les touilles récentes entre- — prises en l'erse avec tant d'intelligence par M. Vignier ont fait découvrir une séné de faïences qui remettent à l'ordre du jour une question jusqu'alors fort controversée.

Je veux parler de ces pièces fabriquées à Rhagès entre le \ nr et le XIIe siècle et de leurs imitations laites en Kirmanie aux XVIIe et XVIIIe siècles qui présentent les principaux caractères de la porcelaine, tels que la transparence, la dureté et la blancheur.

Certains céramographes classent ces pièces parmi les porcelaines ; d'autres [es regardent comme les plus belles faïences que le génie du potier ait pu produire. Ce qui est la cause Je cette controverse, c'est que l'on a coutume de considérer la por celaine et la faïence comme deux substances dénature complètement différentes ; or elles ont, au contraire, les mêmes éléments constitutifs.

Ce qui f a i t \arier leuraspect physique, d'après lequel on les a toujours classées, c'est, d'une part, la proportion relative des matières chimiques qui les composent et, d'autre paît.

la température

de la cuisson à laquelle elles • soumises .

de sorte qu'en augmentant progressivement la in des éléments

- nce partiel i parente de Rhage

t i. i blanc jaunâtre avec de; intail vu' ou \ in siècle

i transparente l< ind blanc cremeu) intérieur inuillc.

sibles ou autrement dus alumineux d'une faïence et en faisant monter progressivement le degré de sa cuisson jusqu'à celui de la fusion du 1er. on constituera une gamme de produits dont le ternie le plus élevé, le résultat le plus partait et le plus dur sera la porcelaine.

Il ne faut pas oublier qu'avec des éléments chimiques similaires on peut produire des corps tout à fait différents : cela dépend souvent de la façon dont les corps ont été réunis; par exemple si on combine une certaine quantité d'etain avec une certaine quantité de cuivre et qu'à cet alliage on ajoute une autre partie d'antimoine ou si on combine tout d'abord l'antimoine et le cuivre et qu'on y ajoute l'étain dans les mêmes pro| ortions, l'analyse accusera une composition chimique identique et cependant les deux produits n'auront ni les mêmes caractères de

fusibilité et de ténacité, ni la m é m e a p p a rence.

Dans la céramique les exemples sont encoreplus frappants :

es mêmes éléments au point d e v u e a n al ytique, les mêmes sables, les mêmes terres, selon les lieux d'où ils ont ete extraits, donnent des ellets différents les causes en

es, car ces produits natu-

BOL A OMBILIC en faïence transparente de Kirmanic à fond blanc. — xv

rels de la terre ont été constitués dans l'immense creuset que fut notre globe à l'époque de sa formation.

Pour pouvoir donner le nom de porcelaine à un corps céramique, il faut que les molécules qui le composent ne soient pas simplement collées l'une à l'autre, mais tondues, soudées intimement de manière à former une matière homogène dont les caractères spécifiques sont : la durcie qui la rend inattaquable à la pointe d'acier, la sonorité dont la tonalité est claire et cristalline, la transparence et la blancheur modifiables, la première par l'épaisseur, la seconde par l'adjonction d'oxydes colorants dans la masse de la pâte. La cohésion de ces molécules provoque enfin le phénomène suivant : la cassure, au lieu d'être droite, sera le plus souvent conchoïdale (fig. 5) et au lieu de présenter une tranche à angle droit celle-ci sera hélicoïdale (fig. 6). Cette observation s'applique du reste à toute matière vitrifiée.

Une faïence peut présenter quelques-unes de ces qualités ; à mesure qu'elle s'en adjoindra une déplus elle se rapprochera de la porcelaine pour arriver à en être le terme accompli le jour où le potier lui aura permis de réunir tous les caractères ci-dessus indiqués.

Un des coefficients les plus importants de cette évolution est le degré de cuisson à laquelle une pièce céramique est portée, car selon la température son état physique variera. Par exemple, avec la pâte à porcelaine qui est celle pouvant subir le feu le plus élevé, on pourra faire successivement de la poterie tendre rayable, de la poterie de faïence fine. de la poterie de grès isi la température n'est pas

supérieure à celle correspondant au ramollissement des pegmatites) et enfin de la porcelaine si la pâte est soumise à la température de i.Soo à i .600".

Mais si on peut faire de la faïence arec de la pâte à porcelaine, on ne peut faire de la porcelaine arec de la pale a faïence : il manque à celle-ci la quantité d'éléments infusibles lui permettant de supporter, sans se mettre en fusion, le degré de cuisson auquel apparaissent toutes les qualités inhérentes à la porcelaine.

L'alumine et la silice sont les deux principaux éléments constitutifs de la faïence et de la porcelaine dite naturelle ou dure : l'alumine

siéCie. en est la partie infusible qui donne

la solidité, et la silice la partie

vitrifiante à laquelle on doit la transparence. Le tableau suivant permet de voir les proportions

relatives de ces éléments dans les principales

faïences et porcelaines anciennes.

en faïence transparente de Kirmanic. — xvit'siêclc- (On remarque que les cassures sont droites.!

YARIII ES

Plus une matière céramique contient d' ci lu mi ne. plus sa cuisson demande à être élevée et. par cela même, plus elle devient dure. La porcelaine de Saxe qui est la plus riche en alumine doit subir la cuisson [a plus élevée : elle est donc plus résistante. pai exemple, que la porcelaine de Chine.

Il existe une autre catégorie de porcelaines qui comporte les mêmes caractères, mais qui. étant cuite à un feu intérieur et offrant une dureté moindre, est dite «porcelaine tendre».

Son apparence physique est presque similaire à la porcelaine dure, mais sa composition chimique en est plus éloignée que la faïence : si un classement devait s'établir d'après les constitutions chimiques. cette matière appartiendrait davantage à l'art de la verrerie qu'à l'art de la céramique. La « porcelaine tendre» n'est pas autre chose qu'un verre dévitrifié, un verre rendu opaque par l'opération du frittàge, car elle ne contient pour ainsi dire pas d'argile : c'est, en termes chimiques, un silicate double de ;e ou soude et de chaux incomplètement fondu.

Voici l'analyse de la pâte tendre de Sèvres et de Tournav :

Sèvres

ALUMINI 1, M IN

Certaines fabriques de faïence ontfabriquéde la

porcelaine : au xvm" siècle, par exemple. la faïencerie de Sceaux qui ne possédait pas le secret de la composition des pâtes de porcelaine tendre. modifia petit à petit la composition de sa pâte de faïence et la rendit de plus en plus siliceuse afin d'obtenir la transparence, tout en y ajoutant les matières nécessaires pour éviter la déformation pendant la cuisson. ( les céramistes, grâce à une énergie remarquable, sont arrivés à fabriquer une belle pâte tendre transparente et solide : mais certains spécimens de cette faïence, dans son évolution vers la porcelaine, sont des produits mixtes. Doit-on les i sidérer corn me des faïences ou comme d< celaines ? L'indécisii toujours été grande à cet

, ne égard : j'estime qu'ils ne offrant un bel ex<

.ïdalc. doivent etre appelés porce-

laines que lorsqu'ils réunissent tous les caractères de cette matière.

11 ne faudrait pas croire que les inventions céramiques aient été spontanées : elles ont mis quelquefois de nombreux siècles à évoluer : 3.000 ans av. J.-C. remaillage avait eu lieu sur pierre avantd'ètre exécuté sur terre! Avant l'inven-

line de Chine, !, Céleste Empire avaient mod I sèment

leur pâte argileuse impure pour arriver à la pâte blanche: bien avant d'obtenir la transparence ils employèrent des pâtes kaoliniques dont le produit ique jusqu'au jour où. peut-être, un potier t laissa sa fournée cuire trop longtemps et en sortit des vases qui étaient devenus transparents. La porcelaine était née ' La céramique persane a suivi une autre évolution rs de Rhaj usé de pâtes

argilo-marneuses. transformèrent la composition de celles-ci en une constitution siliceuse afin d'obtenir des produits supérieurs et surtout dans le but de copier les porcelaines chinoises qui arrivèrent alors en Perse.

En accroissant progressivement la proportion de silice, en ajoutant des alcalis et en augmentant la cuisson jusqu'au point de ramollissement des matériaux qui la composaient, ils arrivèrent à constituer une faïence, presque une pâte tendre, dont les caractères sont les plus rapprochés possibles de la porcelaine ; cette faïence ne peut dépasser toutefois un certain degré de cuisson au delà duquel la pâte, manquant d'un support infusible, n'est plus capable de conserver la forme qui lui a été donnée. C'est ce qui rend cette fabrication l'une des plus remarquables de tout l'art céramique, car le potier devait arrêter son feu à la minute précise au delà de laquelle les pièces

commençaient à se déformer. Du reste, en examinant une série de ces faïences, on remarquera le plus souvent qu'elles ont subi un certain gauchissement, signe précurseur de l'affaissement total (voir fig.4).

Ces faïences, sauf quelques rares exceptions. seront attaquables par l'acier: leur sonorité sera mate et sans éclat; elles posséderont également une transparence, mais cette transparence, partant des bords, n'existera jamais sur la totalité de la pièce, leurs cassures seront à angle droit; exceptionnellement celles-ci seront conchoïdales dans les parties vitrifiées et transparentes.

En résumé, ces céramiques persanes sont le trait d'union entre les faïences et les porcelaines et forment les degrés d'une échelle qui commence à la pâte argilo-marneuse de l'humble terre cuite et se termine par la pâte kaolinique de la belle porcelaine.

A.-S. (lOMPERTZ.

BOL DE RHAGES obe à pâte argilo-roarnei

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