‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 8 sur 180 · VILLE DE LA ROCH1 I LE · texte numérisé non relu

VILLE DE LA ROCH1 I LE

qui sont souvent d'un taire plus appuyé. Il me

semble aussi que la manière de M. BoggS s'est non

les vieux temples. A Sainte-Cécile d'Albi, la religion s'est retranchée dans une forteresse, la

Pfppj

éOtù

! Il.l l.S

CLOÎTRE r>E SAINT-I POPHLME, A ARLES

foi semble en état de siège ; et c'est là une impression que n'atténuent point la richesse et la fantaisie du beau porche en pierre ajouté au \ve siècle. M. Boggs n'a pas interprété cette apparition singulière. 11 a choisi son heure, et il en a tait un portrait ressemblant. — mais un portrait qui lait penser à certains lavis de Victor Hugo. Cependant, Al bi est une ville de province, une douce vieille ville que depuis longtemps les divergences de l'espoir en Dieu n'agitent plus : au pied de l'énorme cathédrale, un tout petit marché étale, sous de grands parapluies bleus, ses choux et ses pommes de terre. Ainsi, tout est dit. le passant a tout vu et tout résumé dans une synthèse à la fois spirituelle et recueillie.

Prenons un autre exemple dont le sujet, à coup sur, était plus ingrat encore : Les Arènes de Xi mes :

L'Arène où s'égorgeaient le Gaulois et le Thrace

et rapprochons-en la Maison Carrée. Ce sont deux moments du .Midi, deux aspects d'une ville

où le passé, pour citer encore Jean Reboul, non seulement a découragé l'avenir, mais semble l'avoir terrifié. Avec des moyens très divers. .M. Boggs en a tiré deux de ses pages les plus expressives.

Dans certaines compositions plus simples d'une des plus charmantes est le Cloître de Saint- Trophime, à Arles), le peintre n'avait qu'à se laisser aller à son impression, sans souci d'analyse ni de synthèse : nous v retrouvons d'autant mieux le jeu alerte et allègre de sa couleur, et. pour tout dire, ce qu'il v a en lui d'un virtuose. Je n'emploie qu'à regret ce qualificatif, mais dans la galerie où voisinent les notations méridionales dont je viens de parler, et d'autres aquarelles rapportées d'Abbeville, de Bergues. d'Arras, il est certain que le mot de virtuose prend son véritable sens, nullement péjoratif, et assez différent par conséquent de celui qu'il éveille dans un commentaire à distance.

J'avoue d'ailleurs que ma préférence irait volon-

•RANK - Bl m i< iS

tiers, dans l'œuvre de M. Boggs, aux pages rapportées des villes du Centre et du Nord. Elles me semblent plus complètes, et je crois aussi que les ciels éclatants du Midi séduisent moins cet analyste délicat que la mobilité, les nuances, la fluidité de l'atmosphère dans des contrées moins lumineuses. .Même en Provence, en Languedoc, il choisira, pour travailler, les matins nuageux, ou bien l'approche du soir. Il arrive ainsi à une expression plus intime, plus profonde, semble-t-il. \ Poitiers, devant Notre-Dame-la-Grande, une des plus touchantes merveilles de notre architecture romane, i! a trouvé le sujet d'une composition remarquable, une des icu\ res les plus complètes de cette exposition. Elle nous fournit l'occasion d'à pprécier.che/. l'auteur, les qualités du dessin.

M. BoggS use de synthèse avec liberté, mais avec respect. < )n ne peut dire de ses œuvres qu'elles soient minutieuses, au contraire, le taire en est généralement large et savoureux. Rien n'y manque cependant, et dans cette \ ne de Notre- Dame - la -Grande, les difficultés de perspective sont abordées et vaincues avec un brio où il entre aussi beaucoup de s.i\ i iir discret.

I "est peut-être le moment de rappeler que Frank-Boggs, né à New- York en i855, fut à Pans l'élève de Géi que tout en cultivant sa personnalité dans un sens absolument indépendant, il s'est ' tenu à l'écart de ce que la jeune école appelle des hardiesses Bref, Ce dessine. Cet

aquarelliste sait réaliser des œuvres savoureuses sans entrer en rébellion contre les lois de l'art, ('.'est s.uis doute ce qui lui a valu de voir ses œuvres entrer dans de nombreux nu France, '>ù il est hors

içais, et en Amérique, où quelques années avec un tableau m.un-

I VRI \ss, ,\M

tenant exposé a Boston . un prix important. Comme il le devait, notre Musée Carnavalet a acquis pour ses collections quelques-unes des meilleures aquarelles de BoggS l'i i des

du Paris ancien, pages documentaires qui demeurent des pages poétiques.

Revenant maintenani aux œuvres exposées à la Galerie Danthon, je me contenterai d'énumérer les principales, car le catalogue embrasse, ne l'oublions pas. une des périodes les plus magnifiques de l'architecture française. Aux monuments del'époque romaine déjà cites plus haut, il faut ajouter Le Pontà

il n'existe point, à ma connaissance.

d'image plus sincère et plus impressionnante.

Le Mur iiu Théâtre d'( )range et l'A rche romaine de Saint-Rém\ sontdes morceaux moins importants, mais très significatifs encore. \ la cité de Carcassonne, le mont Saint- Michel voisinent avec la se r i e d e s ca t h é drales. celles de Reims.

d'Amiens, de Chartres.

celle de Paris. Il y a I encore d'aï l ^^K de ('.a h ors. de

Villeneuvc-sur-Lot, et % . ~ très églises d

1^^|X et du Midi. Ce qui

• ^ . trappe le plus, en pré-

sence de cette œuvre de deux années, ce n'est pas seulement son importance et sa variété, c'est son accent de sincérité, sa fraîcheur, son naturel et. par dess ce qu'il v a en elle de vibrant, de convaincu. Pas trace de littérature, au surplus : c'est là. strictement, de la peinture de peintre.

quelques années. M. Frank ■ aura realise un véritable musée de la France. et chaque cadre de ce musée entérinera. < chaque strophe d'un poème, de l'émotion, de la vie. du recueillement.

Emi

Page 1