CLARENCE A. GAGNON
l'AV SAGI (CAN M'A )
rentides au Canada. Telles de ces peintures, comme Jour de Tempête, Brume neigeuse, Rivière au Dégel, La Vallée en Décembre, sont d'un très puissant effet; telles autres, comme I.ae et Forêt, Le .soir. Lever de Lune, Derniers Rayons, Soleil en Forêt d'une très douce mélancolie. Nous v avons admire aussi quelques vues pittoresques de la Suisse et un très beau paysage de la vallée de < lhami u
ExpositionJi \nTeii 1 ni Galeries Georges Petit, 8, rue de .SY,v . -- Pue poésie sobre et sévère, non dépourvue, toutefois, de charme et d'émetion se dégage des Paysages et des intérieurs limousins que nous présente M.Jean Teilliet. L'âme du pays de l'artiste vit entièrement dans ses toiles et le peintre n'a d'autre préoccupation, semble-t-il, que de nous communiquer l'atlection qu'il a vouée à la terre natale. Il v réussit sans peine, tellement grande et pieuse est sa sincérité à nous montrer la gloire pittoresque de son coin de terre. Soit qu'il retrace les rives abruptes entre lesquelles serpentent rapides des eaux claires et les hauts plateaux OÙ se jouent les ombres ensoleillées des chênes, soit qu'il nous tasse voir ces immenses plaines envahies par le silence des soirs et ces grands bois touches par le vent des automnes, c'est une pensée toujours qui guide sa palette, une pensée toute remplie d'amour pour le sol limousin.
Marcel Bernheim. :> bis. rue de Caumartin .
Composée de peintures, aquarelles, pastels, gouaches, sculptures, bronzes, plaquettes, émaux. faïences, grès, pâtes de verre, bijoux, broderies, coussins, tapisseries, la deuxième exposition de L'Art Intime a été des plus réussies. Nous y axons relevé et admiré, entr'autres, les œuvres de M;i" Berthe Cazin, Colette Myrtille, Marguerite Barthélémy, Fernande Maillaud, Le Vasseur- Portal, Wallet-Josse, Marcelle Cros et MM.Zingg, Paul de Castro, Paul Madeline, Maurice Charpentier, Habert-Dys, Fernand Maillaud. Max Blondat, Fernand Rumèbe, etc., etc.
Deuxième Exposition des Artistes Animaliers (64 bis. Galerie La Boéiie). — Cette Exposition, ouverte sous le patronage du ministre de l'Instruction Publique et du sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, honorée de la visite du Président de la République, a rencontré auprès du public l'accueil le plus flatteur. Son succès a été des plus vils. Cela se conçoit aisément. Lorsque l'année dernière, notre Revue, à l'instigation de laquelle ce nouveau Salon a été fondé. lit un premier appel aux Artistes Animaliers, ces artistes, pris au dépourvu, envoyèrent à ce premier Salon des œuvres produites non en vue d'une exposition spéciale qui n'existait pas encore. Tout autre fut le cas de la deuxième exposition. Les Artistes, sachantque leur Salon était fondé, travaillèrent en vue de ce Salon. Il s'en suivit, naturellement, que la qualité des œuvres de cette deuxième exposition fut sensiblement supérieure à celle des envois de la première. De là sa pleine réussite.
Les artistes étrangers invités, cette année, à prendre part au deuxième Salon furent le peintre belge M. Albert Crahay et le sculpteur italien, M. Rembrandt Bugatti.
Les bords de la mer et la vie des pécheurs paraissent être les motifs préférés de M. Albert Crahay qui les interprète avec un large sentiment de la nature, et une émotion non exempte de mélancolie, sinon de tristesse. Ses Pêcheurs à Cheval revenant de la Pêche, faisant, tête basse, aller leurs montures sur la dune immense et grise, est une œuvre d'un puissant effet.
Les Yacks, les Buffles et l'Antilope, trois bronzes à cire perdue de M. Bugatti, toujours en progrès et dont nous n'avons plus à faire l'éloge, attestent une fois de plus la maîtrise de cet artiste et témoignent d'un art très personnel fait de science, de vérité et de simplicité.
ParmilesenvoisdeM. Raymond Bigot, Chouettes et Buses retiennent l'attention. Remarqué également son Corbeau des Ruines, beau panneau en bois sculpté et Buse et Hibou, deux grès flammés d'une habile exécution.
M. Pierre Christophe n'expose qu'un bronze: Fox et un plâtre : Jeune Chèvre, (eu vies de premier ordre.
Se dépouillant un peu de son lyrisme habituel, M. I lenri Deluermoz nous fait voir, avec son Cheval bai. d'un mouvement très juste, sa Tête de Taureau, d'une vigoureuse exécution. et sa Tête de Lion, très poussée, qu'il évolue en ce moment et que son romantisme s'accroît de recherches curieuses et d'une observation aiguë.
Le plaisir est grand, pour le visiteur, de constater le talent très souple et très varié de Mllc Jeanne Denise. Après avoir exposé l'année dernière ses Vaches hollandaises, une des plus remarquables peintures du Salon des Animaliers et nous avoir montré, depuis, dans différentes expositions des félins et des rapaces largement exécutés, elle nous présente aujourd'hui une très jolie petite galerie de chiens. On a l'embarras du choix; on hésite. pourtant, à choisir, tant ils sont tous soignés et paraissent intelligents. Les uns préféreront Caille et Doga, les autres La Pékinoise et Loulou de Poméranie, les troisièmes le Bull à taehes blanches et les Chiens de la Brie. Et parmi toute cette gent canine un Tigre de Java, d'une imposante allure et superbement velouté.
M. Edouard Doigneau. un nouveau venu à la Galerie La Boétie, expose pour la première fois aux Animaliers. A son amour de la nature l'artiste joint une vive imagination et, loin de nuire à son dessin, la chaleur de sa palette l'avantage de reliefs imprévus. Gardien de Camargue traversant un Marais. Mules provençales. Mules espagnoles et surtout ses deux toiles Chameaux d'Egypte, d'un riche et beau coloris, témoignent d'un talent robuste et d'une vision très personnelle.
Les qualités maîtresses de M. Jacques Froment- Meurice se retrouvent dans Le Labour en Toscane. Cheval d'Armes et Un ancien Vainqueur (œuvre très émouvante), trois bronzes d'une élégance rare, où tout en stvlisant ses sculptures, l'artiste de race a su se tenir le plus près possible de la nature.
Le bronze à cire perdue Tigre couche de M. Georges Gardet est un des envois les plus remarquables. — sinon le plus remarquable — de ce Salon. Le félin est étendu dans une pose toute d'abandon. Il a les veux fermés. Mais on voit qu'il ne dort pas. Sa face n'accuse pas le calme du sommeil. Au contraire. Un froncement à peine perceptible des narines et des sourcils dit assez que l'instinct de la faim travaille cette bête. Le tigre guette, peut-être : peut-être, aussi, par un souvenir réflexe, revoit-il les chairs palpitantes
I I M< US AR1 Kl H il I
ci les moelles rouges de sang dont il s'est repu la veille et qui lui manquent aujourd'hui. Cette œuvre fait le plus grand honneur au maître animalier.
Avec son Aigle impérial et son Grand Duc, M. Paul Jouve est magistralement représenté à ta Galerie La Boétie. Son Python étouffant un Daim est un drame de nature des plus impressionnants.
Voici, dans le domaine de l'art décoratif pur. l'étude de l'animal appliquée avec une rare habileté et un goût exquis par M. Le Bout < >n s'arrête, avec le plus vif intérêt, devant sa Rampe d'escalier, et ses Poteaux, d'une allure si originale, destines à amarrer les bateaux.
1res intelligents et d'une vérité frappante le Colley et le Fox-terrier de M. Paul Malher qui expose aussi un projet de vitrail aquarelle «Coqs de Combat « tonnant un « triptyque en rond ■ d'une originale décoration. .Mes préférences, toutefois, vont à l'impressionnante peinture Le Loup. Traque par le troid et la faim, le carnassier a quitté le bois; on le voit, solitaire et les yeux brillants, chercher sa nourriture dans une plaine immense, toute blanche de neige et de rayons de lune.
Peccaris et Coqs constitue l'unique envoi de M. Manzana-Pissarro. Traité dans la façon décorative très personnelle au peintre, il offre un mélange de notations réelles et d'éclatante fantaisie.
Selon son habitude M . Maurice Marx fait preu\ e d'une puissante entente naturaliste. Son Groupe d'Ours blancs en marbre blanc clair qu'il intitule Sur la Banquise est très décorativement exécute et l'étude anatomique des corps est rendue avec autant d'art que de science.
\\,mt son départ pour le Japon. M. Mathurin Méheut a envoyé au Salon comme une carte p.p.c. une gouache Dindons blancs, dans une gamme blanche et grise surprenante autant que réussie.
Parmi les peintures d'une analyse si sincère, d'une vie si intense, de M 1 louai ! Vlérite, ['Hyène rayée attire surtout les regards. Soui et rampante la bête s'approche d'un cheval mort qu'elle s'apprête à dévorer.
D'une belle élévation de pensée, le plâtre qui a remporte le prix 1 1 au /eut de M . Louis de Monard ! Conscient de sa force, V Aigle au Trophée tient irieusement dans ses séries les armes prises au vaincu. Son Faon mort est un petit chefd'eeuvre. A citer aussi son beau Vase décoratif .
M Vivellier n'est pas qu'un bel artiste : c'est
aussi un bel artisan, ainsi qu'en témoignent
Eléphant et Pélican i musée du Luxembourg . Pur
■:'c de Keraban et Chien Colley, quatre
es patines par lui-même, avec le souci d'une exécution impeccable.
< in s'attarde devant Les Mouettes pêcheuses de M. J. Oberthur, d'une vivante observation, lies eu progrès, M. I erdinand Oger nous présente avec esprit des < '.hais couchés, Chatte et son Petit et Etudes de Jeunes Chats. Ces dessins et ces pointes sèches sont d'une très spirituelle exécution.
Vmusant comme toujours, M. Perrault-Harry
expose un plâtre : Groupe chiots d'une originale
• c rie. Sa petite chienne Basset (bronze) est
une merveille d'observation et de nerveuse
facture.
L'Agneau et la Lionne d'Abyssinie, deux bronzes de M ° Jeanne Piffard, de belle stylisation,
il ls tentes par l'ai liste \ ers un art
ieur.
Pariade de Faisans, Renard et Geais, Tournepierre mourant. Pinson sur son Nid et Faisane et ses Petits de .M. Roger Reboussin témoignent une tois de plus de l'art très personnel de cet aitiste qui sait créer l'ambiance à ses com| tions et marier harmonieusement les couleurs du paysage avec la lobe ou le plumage des bêtes mises en scène. .M. Reboussin vient de conquérir rapidement une première place parmi les animaliers contemporains.
Entre les toiles de M.Georges Rotig je prends plaisir à signaler surtout ses Elans dans la Neige, d'une savante ordonnance, et ses Cerjs dans la Forêt, d'une luxuriante couleur printanière.
M. Gabriel Sue, vibrant coloriste, traite le genre animalier d'une façon tant soit peu décorative. Parfois son pinceau rapide ne précise pas suffisamment la tonne. Cette reserve faite on doit admirer sans restriction ses envois et surtout son Hallali de Sanglier, reproduction d'un drame de la forêt traité de façon simple et émouvante.
l'uisv.int à souhait, le Taureau du Cotentin, un e vie M. Henri Valette qui expose également ;, Chien pékinois d'un amusant effet.
Les deux gi mze Chat et Poisson et
Deux Amis de M. Charles \ irion sont traités avec
mple et séduisante aisance et la robuste et
sereine exécution qui tout vie leur auteur un artiste
très personnel.
résumé : belle manifestation d'art, dont celte brève nomenclature ne peut donner qu'une >p incomplète. Ensemble remarquable, altéré, cependant, sur certains points il tant bien le dire par quelques œuvres
d'une trop évidente faibless
MEMENTO DES EXPOSITIONS
Grand Palais îles Champs-Elysées. — Salon d'Automne.
Papillon de Marsan. — Exposition de l'œuvre de M. Méheut sur La Mer (faune et flore). — Exposition dus Estampes Japonaises de Toyokuni et Hiroshighé. — Exposition de l'œuvre de Manzana-Pissarro (Peintures, Tapisseries, etc.). — Exposition de l'œuvre de Giraldon i Illustrations, reliures, tissus, etc.).
Galeries Georges Petit, 8, rue de Sèze. — Exposition Jean Teillet (Paysages et Intérieurs Limousins). — Exposition D. Bonneau (Emaux flammés ou irisés de Limoges). — Exposition Rue. Bosse (Tableaux et dessins). — 6' Exposition de « La Cimaise ». — Exposition des Pastellistes. — Expositions Rosenstock, des Fontaines et C. Seitte. — Expositions Cachouo ; Exposition Madeline ; Exposition Leverd.
Galerie Man^i, .lovant, [5, rue de la Ville-l'Evêque. — Exposition Camille Pissarro.
Galerie Devambez,, 43, boulevard Malesherbes. — Exposition des « Venise » de Roberto Ramaugé. — Exposition François Pascal (Aquarelles de Constantinople). — Exposition Alexandre Altmann.
Galerie La Boétie, 64 bis, rue La Boétie. — 11" Exposition des Peintres du Paris Moderne. — 2' Salon des Artistes Animaliers.
Galerie Bernheim Jeune et C", i5, rue Richepanse. —
Exposition Cézanne. — Exposition IIanna K.oschinskv. — Exposition Jacques-Emile Blanche.
Galerie Marcel Bernheim, 2 bis, rue Caumartin. — Exposition Yauthrin. — Exposition G. Souillet.
Galerie E. Druet, 20, rue Royale. — Exposition de Dessins et Aquarelles par M"' G. Agutte, A. André, P. Bonnard, M'" E. Charny, M. Denis, C. Desvallieres, M. Delthomas, van Dongen, G. d'Espagnat, J. Flandrin, Hermann-Paul, M'" Hervieu, G. Jaulmes, Fr. Jourdain, Ch. Lacoste, P. Laprade, A. le Beau, A. Lhote, H. Manguin, A. Marquet, M"'Marval, R. de Math in, Ch. Montag, B. Naudin, A. Ouvré, R. Pior, X. Roussel, A. Rouveyre, Théo van Rysselberghe, N. Tarkhoff, F. Vallotton. A. Wii.der. — Exposition Chaplet et Emile Lenoble 1 poteries). — Exposition Charles Montag (peintures). — Exposition Raoul de Mathan.
Galerie C. Brunner, 11, rue Royale. — Salon de « L'Exposition » (Peinture, sculpture et art décoratif).
Galerie ./. Chaîne et Simonson, 19, rue de Caumartin. — Exposition des aquarelles de Luis Jimenez, (vues d'Espagne, de la Haute-Marne, de Pontoise et des environs).
Galerie A.-M.Reitlinger, 12, rue La Boétie. — 2*' Exposition Retour des Vacances, organisée par A.-K. Cartron. — Exposition de tableaux de Charles-H. Thorndike.
Cercle Artistique et Littéraire, 7, rue Volnev. — Exposition de Peinture et de Sculpture.
Galerie du « Lycéum », S, rue de Panthiêvre. — Exposition des « Unes » (Peinture, sculpture, art décoratif).
Galerie d'Art Décoratif, 7, rue Latiitte. — Exposition Alo'is Bilek (Peintures, aquarelles, dessins).
Salons de l'Étoile, 17, rue de Chateaubriand. — Exposition M'" Magdeleine Popelin (Paysages à l'aquarellei.
Galerie .1. Grandhomme, 40, rue des Saints-Pères. — Exposition de dessins et d'eaux-fortes sur « Les Événements de la Grèce ».
Galeries ./. Moleux, 68, boulevard Malesherbes. ition Fernand Patte.
Expo-
DÈPARTEME.NTS
Reims. — Galerie Mars Antonv. — Exposition du Groupe de Valenciennes.
Nice. — Casino Municipal. — Exposition d'ART Moderni organisée par la Société des Beaux-Arts de Nice.
Angers. —24"' Exposition des Amis des Arts. a
ETRANGER
États-Unis d'Amérique. — Pittsburg. Galerie du «Senefelder Club. » — Exposition de Lithographies organisée par le « Carnegie Institute ».
États-Unis d'Amérique. — Cincinnati. A L'Art Muséum (Eden Parle). — Exposition annuelle de la Société dis Artistes de l'Ouest. — Exposition Gardner Symons. Exposition rétrospective de Charles W'alter Stetson.
Le Mouvement Artistique à l'Etranger
ALLEMAGNE
A Munich l'une des plus importantes expositions d'hiver ■**■ vue depuis longtemps : une récapitulation d'un siècle d'histoire du dessin, entreprise par la Sécession. On commence a Delacroix et à Daumier faute d'avoir pu se procurer du Ingres, — il n'y avait pourtant qu'à faire appel à la complaisance de Wahnfried : M. Lapauze, lui, a tort bien su reproduire dans son magistral ouvrage le portrait du jeune Franz Liszt appartenant à M. Siegfried Wagner, — et l'on s'arrête au delà des plus récents dessinateurs de Simplicissimus. On empiète même sur l'art de demain. Le grand fait nouveau de cette exhibition est de montrer qu'il s'est
produit de nos jours une rupture complète dans ce domaine entre la notion du dessin tel qu'il a été compris pendant des siècles et des siècles pour ne parler que de notre monde occidental en remontant jusqu'aux origines archaïques, et celle du dessin tel que le pratiquent ceux de nos contemporains qui le t'ont rentrer de gré ou de force dans de la mathématique ou de la logique à l'envers. C'est une autre langue. Ce pauvre dessin fait désormais penser à ces fuyards de Florence dont la mort était mise à prix et que l'on peignait tête en bas aux murs des endroits diffamés. D'autre part cette magnifique et instructive exposition nous
LE MOUVEMENT VRTISTIOl
A L'ÉTRANGEP
vaut la révélation tout à lait sensationnelle des feuillets d'instantanés à la craie, rehaussés de t"ns exquis a l'aquarelle, de M. Je Habermann. Qu'un de ces éditeurs intelligents, dont l'Allemagne est pleine et dont l'audace lait des miracles, se hâte donc de les réunir en un album, aussi beau que ceux consacrés par le Delphin Verla/i aux excentricités les plus récentes, où en un livre, aussi soigné que
la bibliographie de Spit\U>eg, honneur de la même maison, et je crois que le renom de M. de Habermann pourra bien surpasser désormais celui île Rops dans les dernières années du dix-neuvieme siècle.
Trois influences me paraissent avoir été déterminantes sur cette orientation nouvelle du dessin : des débutants mal prépaies ont été déroutés par les dessins ,1e Rodin, puis par ceux de KJimt. Des rappels de moments fugitifs, des notations de mouvements, des recherches de corporisation d'une imagination fugace, qui ont leur logique dans la préparation de l'oeuvre, et dès lors leur place marquée dans des musées, sont pris à la lettre par des ignorants et îles paresseux, bien plus, sont pris comme un et non plus comme moyen, Puis la caricature stylisée, la caricature décorative des artistes de Simplicissimus a été, elle aussi déviée de sa tin et les principes ou les recherches d 'expressivité qui ont présidé à la création de ce génie ueul ont été transposées dans l'absurde par les mêmes ignorants, qui vont tout droit à la Heur de chaque chose et prétendent la faire directement éclore sous leurs mains, n'importe où, sans le secours de la plante et du sol, ni les nécessaires travaux du jardinage, l.e plus curieux est que, deci delà, cette naïveté arrive à des résultats imprévus que la probitéartistique mettrait peut-être des lustres à atteindre! I.a
collaboration du lus.iid .1 cette sancta simplicitas qui est
celle de la pire impudence produit de ces surprises1. Mais alors le irai nom d'artiste a signaler ici est celui de Maître Hasard. Enfin troisième facteur, a vrai dire, le plus faible : lis théoriciens du (uturisme et du cubisme. Comble d'ironie, l'un s'appelle Raphaël, Max Raphaël, et son livre De Monet ,1 Picasso, — encore une des entreprises dues à l'initiative du Delphin Verlag — restera un des plus importants documents du singulier et inquiétant mélange d'anarchie sincère et de charlatanisme éhonté dont le spectacle actuel est si divertissant. Tenez, le moment venu de donner à son volume un frontispice typique de son héros, Pablo Picasso, M. Raphaël se garde bien de produire une œuvre cubiste, mais il va droit à cet enfant nu conduisant un cheval, qui fait penser a du Mans von Marées et qui prouve à quel point M. Picasso avait en lui l'étoffe d'un véritable artiste. Je ne puis m'e m pêcher dépenser ici à ces grands pions politiques où une foule de gens sont intéressés a verseï a la hottée les documents les plus incohérents pour dérouter les juges, étouffer la vérité et, eux. .1 tOUl hasard pêcher quelque fretin en eau tro Comment taire le départ des sincérités, de la maladie et de la farce? Il semble que même les organisateurs de l'Exposition d'hiver de la Sécession aient ete complètement déroutés. Quanl au public il passe et ne croit plus a rien, tandis que l'élue trouve sa consolation et le véritable enseignement aux parois et vitrines consacrées au baron Hugo von I label manu. Ici toutes les précédentes hésitations, provoquées par les hauts et les bas de cet artiste en tant que peintre, cessent. NOUS avons bien décidément affaire à un maître. William Kinm.
ANGLETERRE
T 'EXPOSITION des portraits de femmes et d'enfants
*"* empruntes aux collections privées de l'Angleterre vient de s'ouvrir à la « Grosvenor Galleiv ». On se plaît a v reconnaître qu'en dépit de l'exode de bien des clicls-d'ieu v re de l'école anglaise, la noblesse de Londres peut encore • bon droit être livre de ses trésors artistiques. Bon nombre Il toiles exposées n'avaient encore jamais ete vues du public et, coïncidence vraiment étrange, on 1 choisi pour leur laire affronter la critique, le moment où dans une galerie toute voisine sont groupes les vieux mailles nols.
A la «Grafton Gallery» en effet, au milieu des Coello,
Murillo, Valdes-I.éal et Pantoja de la CruZ, s'étale unesuperbe série de Velasquez dont plusieurs étaient assez
connus. Dans les œuvres intimes comme dans les portraits officiels de ce maître, éclate l'opulence d'une palette par dessus tout sobre et sévère : ai 1 1 ontenuet jamais
imatoire, qu'explique nettement le magnifique portrait de l'artiste pai lui-même. Dans ce visage- sérieUJ et hautain, orné de grandes lunettes noires qui semblent vouer aux spectacles austères le regard implacable et
lillit au travers, éclate loute l'âme sauvage et vibrante
•npli.itiques. des monstrueux i buveurs s. :
Goya une Esps [uette. Plus de ces
belles coulées de pâte lumineuse cl : ICture
appai lit oud rt ce et timide, mais on devine un œil
si prompt a s.iisn ir cara n ne saurait lui en
rendre l'expression difficile. Colorations tranches, presque
juxtaposées avei une sûreté étonnante et d'une justesse d'effet sans virtuosité inutile: rien pour étonner par la technique, tout pour suip: tére. I. 'art de
Goya est décidément un bel exemple de franchise et de probité. Ce qui est lort plaisant, c'est que deux des s reu.x portraits de ce coloriste primesautier semblent avoir . la «Grafton Gallei poui aller de l'autre cote de- Bond slreet jeter un défi aux maîtres anglais. Ils figurent deux dames, l'une gauchement assise et horriblement gênée
dans sa robe de tête et vm son extravagante coiffure
mte, l'autre que le voisinage des gracieux Lawrence semble rendre de la plus méchante humeur : petitenoblesse d'I siiemadure égarée a la cour de George IV. veux noirs n'en sont pas moins touchants de bonhomie et de sincérité.
A cote de cette double fenêtre ouverte sur la vie, voici le délicieux écran des peintres d'Outre-Manche. Les six grands maîtres anglais v sont magnifiquement représentés Reynolds, G Romney, Hoppner, Rœburn
et Lawrence. \ iété et une fantaisie inépuis
ils se jouent
les plus dél ent les chairs de femmes
et d'enfants.
Reynolds triomphe avec ses bébés gaillards et oulllus. iborough fait une douce mélancolie les
tins v 1 mes de jeunes bc
Quant à Hoppner il révèle dans le superbe portrait de
Lad y Paget des qualités de noblesse, de simplicité et de sobriété qui font une heureuse diversion à cet amas de satins, de rubans et de fleurs où se complaît Lawrence.
Ce dernier sait néanmoins, quand il veut discipliner sa facilité, conserver un beau style en même temps que cette pâte fraîche et nacrée et ces savoureux glacis roses qui t'ont courir le sang le plus pur sous l'épiderme le plus
délicat : l'exemple du portrait de la Reine Charlotte est des plus éloquents.
Nous voilà bien loin des brunes carnations de Velasquez ; de ces visages ternis et luisants au sourire édenté, mais à l'âme vibrante et jeune; a l'oeil difforme et chassieux, mais au regard bon et franc, qui évoquent un art plus profond et une conviction autrement ardente.
P.-E. R.IXENS
AUTRICHE = HONGRIE
I p appoint de première importance à l'histoire des ^■^ origines de la peinture en Bohême vient d'être apporté par M. le D' Fritz Burger de l'Université de Munich en la dixième livraison de cet extraordinaire Manuel Je l'Histoire de l'Art, entrepris sous sa direction par la société Athênaion de Neu Babelsberg-Berlin. On connaît cette publication admirable qui, pour la première lois, n'isole aucune école, ne spécialise rien, mais établit un repérage scientifique à peu près infaillible de tout ce qui est domaine de l'art dans le vaste domaine de la culture. En ce qui concerne la Bohème, voici enfin des idées claires, des lignes directrices, des faits certains, un inventaire ordonné et composé des oeuvres, une exacte délimitation des influences surtout vénitiennes et françaises. Des jonctions s'opèrent entre des œuvres de Prague et du midi de la France qui, pour n'être point complètement inattendues, sont du moins pour la première lois nettement spécifiées par le texte et, ce qui est encore plus important, par l'image. A travers toute l'Allemagne et l'Autriche des œuvres se retrouvent qui sont pour la première fois rendues à la Bohême. On a l'impression d'une rigueur de méthode au moins égale à celle du naturaliste et je bénis le D' Burger d'oser, dans un ouvrage dont l'érudition laisse bien en arrière ce qui a été fait jusqu'ici, se souvenir qu'il est moderne et qu'il ne convient pas de passer condamnation sur l'art de notre temps. Il n'hésitera par exemple pas, lorsqu'il en arrive à ces icônes des deux pères de l'église, de Théodoric de Prague, dont l'une a été reproduite ici même, ainsi que dans {'Histoire de l'Art de fil. Armand Dayot, à déclarer que l'apparition de telles œuvres fut, pour leur temps, l'analogue de celle des premières œuvres de Manet pour le siècle passé. La seule ombre à ces pages, à cette ombre près définitives, est l'élimination systématique habituelle dans la plupart des travaux allemands, de l'élément tchèque. M. Burger reconnaît qu'on aurait de nos jours une certaine tendance à tenir compte des éléments locaux et nationaux dans de telles questions, puis passe outre. Dés lors tout ceci est à reprendre sur nouveaux trais par les savants tchèques. Souhaitonsleur la même sûreté d'érudition et la même méthode impeccable qu'au D' Fritz Burger.
Maros-Vasarhely est, en Transylvanie, une grosse ville
située au centre de la région des S^ekler ou plutôt S^ehely, que nous avons traduits à l'aide du latin de chancellerie hongrois en Sicules. On sait que trois nationalités, roumaine, allemande et madyare se partagent fort inégalement l'ancienne principauté et que la minorité y exerce le pouvoir. Les Sicules sont des madyars authentiques. Le gouvernement Hongrois vient d'ériger dans leur grande ville un fastueux palais qui doit servir à toutes œuvres de «culture» (lisez d'expansion) madyare et dont la décoration est une apothéose de cette culture. Le palais en question peut être donc considéré comme une des plus caractéristiques manifestations de «l'idée hongroise» par les moyens des beaux arts. Le projet a été élaboré par les architectes Komor et Jakab. Les décorateurs sont MM. Elek F"alus et surtout Aladar K.œrœsfœï, dont le nom s'est déjà retrouvé si souvent ici. M. Miksa Roth y a exécuté de belles mosaïques et M. Sandor Nagy conçu de grands vitraux (influence de Melchior Lechter très caractérisée), qui mettent en scène quelques-unes des plus belles légendes hongroises. Le monumental relief en bronze doré et émaillé, représentant le couronnement du roi François-Joseph, a été exécute par MM. Ferenc Sidlo, Laszlo Yandrak et Samu ilibjan (trois noms slaves), d'après le projet très simple et très grand de M. Kœrœstœï.
Le tournant de l'année a été marqué à Prague par l'apparition sous le titre Eté de vingt eaux-fortes et pointes sèches de M. Max Svabinsky. D'un format assez petit et d'une importance encore moindre, elles n'ajouteront pas grand'chose à la gloire de l'artiste. Ce sont là du reste fleurettes et papillons de vacances entre travaux de longue haleine. On conçoit aisément qu'un artiste y dépense la menue monnaie de ses loisirs; on conçoit moins qu'il les publie. Je sais bien qu'il y a l'excuse du tirage restreint et que, d'un artiste comme M. Svabinsky, rien ne soit à proprement parler indiffèrent. Espérons du moins que de l'ensemble de ces travaux graphiques viendra quelque jour l'édition populaire, analogue à celle des œuvres de Aies entreprise par M. Topïc et qui n'en est encore qu'à des travaux de début, d'après lesquels il serait difficile à un étranger de rien augurer du mérite qui devait être celui de l'aimable poète... et pamphlétaire.
William Rittek.
ESPAGN E
*t»andis que la France récupérait la Joconde, l'Espagne •*■ qui, lors de sa disparition, s'était flattée d'en posséder un autre exemplaire authentique (celle du Prado, en réalité simple copie), vient de perdre définitivement le chefd'œuvre d'Hugo van der Goes, L'Adoration des Mages, du Collège des Escolapios de Mon forte en Galice, vendu
naguère pour 1.180.000 francs au kaiser Friedrichs Muséum de Berlin, mais dont la remise à l'acheteur était depuis près de trois ans arrêtée par le gouvernement espagnol, qui contestait la légitimité de cette vente.
J'ai, à plusieurs reprises, relaté ici les péripéties de ce litige artistique, les débats qu'il avait provoqués aux