LA FORESTERIA. MOTIF DE LA SALLE A MANGER
Ravenne négligent l'arrêt à Vicence, le désir d'y étudier, après le véritable musée palladien que forme la ville toute entière ; après un musée plein des œuvres d'une école locale qui mériterait plus de célébrité, le cvcle de peintures de Tiepolo et de ses collaborateurs le mieux conservé, le plus un et en même temps le plus varié et le plus caractéristique du goût de son époque et de son pays... Le souvenir est inoubliable, que l'on garde de ces lumineuses terrasses, deux fois illustres et par l'art du prestigieux décorateur et par la littérature d'Antonio Fogazzaro qui. dans Un
moyens, riche des plus décisives expériences. — il arrive de la villa Soderini. — et heureux, semblet-il, comme il ne l'a jamais été. comme il ne le sera jamais plus. I >ès lors l'autre lie polo, le Tiepolo décorateur fantaisiste et capricieux, n'a jamais été plus libre que là. plus enjoué et. disons le mot. plus moderne. Presque un romantique! Il y a là non seulement une totale expression du magnifique génie décoratif vénitien à son heure suprême, l'heure du couchant explosif et pathétique, mais quelque chose de tout neuf qui d'une part reçoit peut-être déjà — qui sait par quel
LA VILLA VAI M \l< W \
VILLA VALMARANA. BRISÉ1S ESI \ V I \ I I \ VGAMEMNON
détour indirect — le legs de Watteau, mort depuis une quinzaine d'années, et qui, d'autre part précède et prépare à la fois Greuze et Goya. Quelque chose aussi qui s'amuse avec Goldoni, tout en prouvant que des idées à la Rousseau flottaient déjà dans l'air de Vicence, ou du
inaugurée deux siècles plus tût, un peu plus bas sous ce même ciel, avec la Sophonisbe de Trissin, an théâtre olympique de Palladio, et le fastueux coloris de la grande école vénitienne, attendri par le xviuL siècle, sont à la villa, demeure des Maîtres, où cinq vastes salles sont attribuées
\ ll.l.A VALMARANA.
RENAUD h'I ARM1DE (SALLE DU l\ssi:)
moins sur cette colline radieuse, au moment où Giambattista, son fils Dominique âgé de dix ans. l'architecte Colonna. qui collaborait à ses perspectives et encadrements, la belle Christina, son modèle femme, et le nègre Alim, son modèle homme, v menèrent cette joyeuse vie dont quelque chose a passé aux murs d'un des deux ensembles réalisés là-haut.
La dernière splendeur de la pompe classique.
à des épisodes tirés d'Homère, de Virgile, du Tasse et de l'Arioste. En face, latéralement, les sept chambres consécutives de la Foresteria, réservées aux invitésdes maîtres de céans, innovent à souhait, encore qu'à la villa déjà l'on puisse trouver jusqu'à du Bcecklin avant la lettre. Les deux tendances de ce siècle de transition s'affrontent donc ici, séparées par une terrasse délicieusement fleurie, offrant au ciel ses parterres comme autant
\ VILLA VALMARANA
de corbeilles décoratives où nous aimions à aller
chercher la corolle qui nous donnerait le
exact d'une nuance tiepolesque, indéfinissable autrement. En haut le spectacle de cour, les points culminants de la tragédie et de l'épopée, les sujets tires Je l'Iliade, de l'Enéide, de la Jérusalem délivrée, de Roland Jurieux, travestis au goût délectable d'un temps qui décOU I : I les nuances et les demi-tons raies. En bas les étourdissantes fantaisies de la fin de Venise, telle que l'entre\ it Paul
et Renaud ; ici des scènes de comédie et di
il signor Pantaleone, des idylles et des bergères,
des masques et des coquins, des contadines et
des pâlies, des Orientales et des Chinois, les
paysages de la République de Venise en terre ferme et en Orient, des récits de Marco Polo et des jeux d'enfants... que l'on retrouve dans Schumann ! I t quel réalisme surprenant. Jusqu'à une femme enceinte... klinil n'aura plus qu'à la dénuder. Et s'il y a là le XVIIIe sièclecomplet SOUS sa modalité véni-
MI.I.A VALMARANA.