L.-G. CARRE
En 1909, après le C.n ii cours Jcs i (rienta- I isics . Léon Carré1 est nommé, ainsi que son ami Jules M i g 0 u n e y .
pensii mnaire de la villa Abdel-Tif. Son délicieux pastel :
Fetnmeet Foxterrier, est acquis par l'Etal pour la Présidence du Sénat. Et dès lors, ce sont Jeux années d'études, heureuses, calmantes, dans le décor de cette baie d'Alger dont il a su exprimer la douceur et la luminosité.
Un séjour prolongé en Espagne lui lait connaître les
cmiises de taureaux. Il vit l'ex dors, se lie avec le s] Galloet rem pinte des succès d'aficionado aussi bien que d'artiste. Sa Corrida de Toros lui attire l'attention marquée de Zuloaga et reste un de ses tableaux les plus solides et les plus émouvants; là. aucun procédé, aucun mélodrame, pas de poursuite éperdue, pas de
sang, mais simplement
l'attente, le défi, le prélude 1 tragique. I ne facture truste et volonl ment massive, une composerrée, des attitudes . simplifiées et toujours naturelles, surtout des personnages vivants, campes en plein air, presque
insouciants dans l'ombre des g r a tandis que la bête, a 1 de soleil, s'avance en un cercle éclatant.
Pendant cettepériode d'Abdel-Tif, Léon Carré accumule les dessins. Chameaux au repos, gazelles a u \ aguets, mulets harnachés, singes au regard féroce et mobile, tous les animaux sollicitent son crayon. Il n'est pas jusqu'aux carcasses a ban.
données sur la route des caravanes qui ne le retiennent encore. Les gitanes de* irenade. les juifs istence des toréa- du Maroc, les courtisanes de l'.iskra, l'arabe en
prière et la femme au tambourin, aux yeux allongés et lardés, voisinent dans ses albums. ( le sont autant de portraits: rarement j'ai \ u des croquis a ses. Sans doute il revient d'Algérie avec quelques grandes toiles, comme on put en juger d'après son exposition aux • irientalistes, mais il n'est pas décès jeunes peintres qu en trois mois, une tournée d't 'rient et en rapportent soixante tableaux. Léon Carré est un artiste sévère pour lui-même : ses synthèses sont prudentes, nitivi dans le Jardin, exposé l'été
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ART
dernier à Bagatelle, lui vaut le titre de Sociétaire à la Nationale.
Maintenant qtie son métier s'est rompu à toutes les difficultés, heurté à tons les imprévus, que le désert et le calme ont purifié son expérience bouillonnante, qu'il a vaincu lui-même son inquiétude et qu'il s'est rasséréné, il peut affronter le rêve immobile, le chant d'amour qui monte, tout droit, du Jardin des Caresses vers le ciel d'émail
rêverie qui n'a pas de bornes. Lui aussi, il nous entraine sur les toits plats, chargés de tapis, d'où l'on découvre la mer. il lait surgir, à l'ombre des cyprès effilés, de fiers visages attristés, ceints de turbans couleur d'ivoire. Sa femme, .Madame Ketty-Carré, cette artiste au dessin naïf dont on a remarqué les violentes harmonies, a exercé sur lui une influence discrète autant que sûre. Grâce à elle, il a trouvé plus de joie aux valeurs
CORRIDA Ht: fOROS
bleu. Que ces chants arabes, que l'artiste illustre en ce moment, aient vraiment été retrouvés, parmi des parchemins du Xe siècle, dans la Zaouia de Sankoré, ou qu'ils soient, de toutes pièces, l'œuvre de l'habile romancier, cela n'importe pas pour nous. Ce livre est imprégné d'un parfum capiteux, chargé de tous les arômes de la Perse et de l'Arabie. Respirons les odeurs du jardin des caresses. Léon Carré nous ouvre, toutes grandes, ses portes mystérieuses, et selon la parole que la comtesse de Noailles appliquait un jour à Sâadi, il nous protège par la rêverie précise contre la
neuves, aux chocs de clarté, aux tons francs et bien plaqués, durs comme des émaux, glaces comme des faïences. II axait à éviter tin double écueil : imiter les Persans, démarquer sans le vouloir leurs miniatures, et d'autre part apporter dans l'illustration de ces fragiles histoires, délicates ainsi qu'un mirage, un métier, nerveux, âpre, formé à l'école réaliste. Entre la douceur des vieux Orientaux et la manière acérée de ses eaux-fortes, Léon Carré sut trouver un style pur et solide. Il \' a. dans sa dernière œuvre, une atmosphère de subtilité, une limpidité qui révèle le poète. Les Orien-
taux étaient des lyriques, et c'est leur rêve, non dernière fois, sa monture vêtue de pour| rc devant plus leur vie. que l'artiste a voulu nous dire, la lucarne grillée ; là c'est la cavalcade, venue des s. m observation l'a soutenu et l'a dirigé, elle l'a grands sal rte des
empêché de s'égarer dans les sentiers enchevêtrés boucliers «comme des soleils en marche» et qui de l'ai rain, elle lui a permis d'atteindre s'avance, étendards flottants, derrière les lévriers
le jardi parfums et des : Maini
nant. il donne
ours à son im tion, il irai te avec la pieté.
la minutie archaïque d'un maître d'Ispahan ces scènes d'amour et d'i ndolence, mais élans ces frêles enluminures
une sensibilité toute moderne, heureuse d'a-
i |uis ei el e pouvoir chanter la joie de \ i\ re.
( larre a bien voulu composi cialemcnt pour l'Art cl les Artistes, une fantaisie pastoralequi indique son eflo tuel. D'ailleurs ceux qu vu. en Mu.
•h expositionaul irand Palais, n'ont
i u b 1 i é V Heure tranquille et Y \dieu, l
retenus par les nègres. C'est la
dansei.se à la Ite et a l'aigrette éclatante, sur un fond de tentures brunâtres bordées d'or, lu le lac • où tremble une ntainc, brille à travers les feuillages comme un appel au rêve ; dans le jardin "tarde de lu ne»
i d i t le Licstc de l'olivier, tandis que [lus loin, les gazelles se rassemblent à la source, près des d u nés tachetées comme une peau de tigre.
Il va là un merveilleux essor. Mais ne trompons pas. le peintre de la vie algérienne n 'a bu n don ne jamais du rêve islami-
lagnc bleue et rose qi
• u n nue, le Voyage nocturne et la toirc barbaresque ; 1 étendu au
Fontaine des gabelles. A l'hi n et vie la coi
s'en vont vers le puits, le i
Itcnd la bien-aimée. et la familières; les qui
he au sommet débordent de la colline bleue. Ici. le mie liers aux feuilli - qui
flottent au milieu des vasques et recueillent la chute irisée du jet d'eau, les arbustes qui se profilent, au printemps.
sur la mer mauve où s'abattent les mouettes, pareilles auxfleursde l'amandier, toute cette flore est celle du Jardin d'Essai ou de la haie d'Alger.
Partout, au fond du songe, surgit un coin de nature. Et toujours, en feuilletant le Jardin des Cai'esses, je me rappelle une lettre que Léon Carré m'envoyait de kabvlie:
« Les abeilles bourdonnent dans l'air tiède chargé de parfums, et par nos fenêtres grandes ouvertes, nous regardons passer les nimbus blancs dans le bleu fin du ciel ». Meures de trêve, de contemplation, semblables à celles que savoure le poète dans les jardins de Oualata.
Léon Carré est arrivé, après une époque d'incertitudes et de recherches naturalistes, à un art épuré et mineur, il