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L'Art et les artistes

■* TN beau tableau de Courbet, les Doiwiscllcs de la ^-^ St'iiic, vient d'être offert par Mlle Courbet, la sœur du peintre, au Petit Palais de la Ville de Paris, et l'on annonce une exposition d'teuvres de l'artiste au Salon d'Automne, qui nous a déjà donné diverses expositions rétrospectives, d'Ingres, de Manet, de Toulouse-Lautrec. L'œuvre, autrefois si discutée, et même bafouée, est définitivement classée et admirée aujourd'hui. Courbet tient déjà une gi'ande place au Louvre, et si l'on se décide enfin à mettre V Enterrement à Oriians dans la salle de l'École française moderne, sa gloire de novateur apparaîtra incontestable.

C'est l'éternelle histoire. Tous ceux, artistes, littérateurs ou philosophes, qui apportent une idée simple et forte, une conception nouvelle et hardie, subissent la même loi. Il s'est passé pour le maître d'Ornans ce qui s'est passé pour d'autres artistes qui représentent sans conteste l'art français du xix^ siècle : Delacroi.x, Rousseau, [Millet, exclus du

Salon, voyant leurs ceuvres criblées des lourdes plaisanteries des journau.x et du public, assaillies par les risées et les injures ; Manet et ses œuvres si franches, si individuelles, qui se relient si aisément à la tradition des maîtres ; et tant d'autres, Alphonse Legros. Bonvin, Fantin-Latour, Whistler, Ribot, Degas, Claude ÎMonet, Renoir...

Aujourd'hui, tout est remis en ordre. Ce sont les peintres à succès, ceux qui se figuraient donner le ton à la mode et qui, en réalité, ne faisaient que la suivre, ce sont ceux-là qui sont maintenant noyés dans la mer sans fond et sans limites de l'oubli, et ce sont les raillés, les insultés, qui donnaient leur temps, leur santé, leur vie à leur chimère, ce sont ceux-là qui ont été sacrés comme les glorieux représentants de leur art. Les œuvres des premiers, jadis couvertes d'or, deviendront le rebut de l'Hôtel des ventes ; pour les ceuvres des seconds, on agrandira le Louvre.

Que sont donc les reuvres de Courbet, qui ont

excité tant de colères, et qui sont aujourd'hui universellement admirées ?

Ce sont des œuvres de « peintre », cela n'a jamais été contesté, mais il faut revenir sur l'opinion courante qui fait seulement de Courbet un peintre de surfaces, un observateur des apparences. On peut répondre que c'est déjà fort important, et que cette nette perception des surfaces, de la matière des choses, cette vision si exacte des dehors, sont indispensables à ceux qui veulent rejjrcsenter la vérité de la vie, laquelle se manifeste d'abord "^ ^-^^^^lj^^ ^^.. x.„.^.,^^^^-. des eaux, des corps,

parses aspects. Mais, des physionomies,

disait-on, Courbet s'en tenait grossièrement aux 11 fait ce qu'ont fait tous les grands peintres : aspects visibles, ne pénétrait pas au profond des après avoir observé le spectacle qui l'a saisi, solêtres, ne comprenait pas le sens des objets, il se licite, ému, après en avoir reçu pour toujours une bornait à exprimer le grain de la chair, le pelage forte impression, après l'avoir comme incorporé en des animaux, le tissu des étoffes, la lumière et lui, il veut redire sur la toile ce qu'il sait, ce qu'il

aime de cette beauté de nature, de cette manifesta-

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