‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 2 sur 186 · LES BAIGNEUSES · texte numérisé non relu

LES BAIGNEUSES

rite, Mais il faut insister sur ce fait que Courbet n'est pas uniquement un peintie d'apparences, mais un peintre de substances , et qu'il est aussi un peintre soucieux du rapport des êtres et des choses avec 1 atmosphère, avec l'effet déterminé par l'action de la lumière et de l'ombre.

Quand on possède ce don de voir, c'est que l'on possède aussi le don de comprendre. Courbet, en effet, comprend et choisit. Il cherche les meilleures conditions lumineuses et sombres pour montrer l'éclat et le mystère des feuillages.

l'ombre sur les feuillages, sur les eaux, etc.

Par là, on réduisait déjà le talent de Courbet, qui est non seulement un talent qui e.xprime les surfaces, mais un talent qui e.xprime les volumes des corps et les plans des paysages. Il a donc le sens de la vérité atmosphérique, le sens des formes et le sens de l'étendue. On accordera bien qti'il n'y a pas de peinture complètement viable sans la science de ces lois. Que le peintre, par surcroît, soit d'une virtuosité sans pareille pour fournir, par la matière peinte, des analogies avec ce qui apparaît des choses, ce n'est pas là une infério-

G. COURBET

PORTRAIT DE J. VALLÈ5

tion de vie, et il cherche alors le moyen pictural de rendre saisissante pour tout le monde cette évocation que ses regards ont transmise à son esprit.

Cette opération, cette double opération visuelle et mentale qu'il accomplit, tous les peintres qui sont des artistes l'accomplissent, et c'est là, en somme, une définition d'ordre général du métier et de la sensibilité du peintre.

Reste la question de la sensibilité particulière de Courbet.

On a voulu lui denier cette sensibilité. Je crois avoir

G. COURBET — LA FdKET, HIVER

]irouvé, par la force de peinture qui est en lui, que c'est peine perdue de défirar cet homme un organisme grossier, opaque, indifférent, — pourquoi pas sourd, muet et aveugle ? S'il en était ainsi, nous ne trouverions sur ses toiles que des paysages et des portraits sans interprétation, des représentations sèches et sans vie des choses et des êtres, une sorte de compte rendu ou de bilan des détails qu'il aurait relevés avec une patience de comptable et une rectitude de géomètre. Il y a beaucoup de toiles ainsi exécutées par des peintres qui ne sont que des peintres incomplets, qui ne sont pas, en tout cas, des artistes. C'est que l'art de la peinture, traité superficiellement d'art superficiel par beaucoup, est un art épouvantablement difficile, et que l'on n'a pas trop d'admiration pour ceux qui le possèdent, ni trop d'indulgence pour ceux qui essayent seulement de le pénétrer. Il y faut, en effet, non seulement la connaissance, l'étude savante des parties, mais la subordination des parties à l'ensemble, la coordmation patiente et la synthèse géniale.

Courbet, dans toutes ses œuvres, même celles qui ne sont que des morceaux, indique qu'il possède les dons nécessaires à l'étude savante et la préoccupation intelligente de l'ensemble. Dans ses chefsd'ceuvre, grandes réunions humaines et paysages, il prouve victorieusement sa pénétration et son génie, il atteint le but de la peinture, il exprime.

il ressuscite la vie, il lui donne l'immortalité possible par la forme, le modelé, la couleur, l'expression.

Quelle est donc cette sensibilité de Courbet, qu'il faut lui accorder, mais que ses détracteurs, forcés dans leurs retranchements, voudraient sans doute classer comme inférieure, parmi les sensibilités de mauvais aloi, les sensibilités vulgaires. On établit ce jugement en faisant la caricature de Courbet, parce qu'il était gros, qu'il se plaisait à la brasserie, qu'il buvait beaucoup de bière, qu'il était théoricien et vaniteux, qu'il fit partie de la Commune, qu'il fut condamné à pa\'er les frais de reconstruction de la Colonne, etc., etc.

Ces jugements sommaires peuvent contenir une part de vérité, mais ils ne contiennent pas toute la vérité. Tout cela serait rigoureusement vrai sur Courbet qu'il n'v en aurait pas moins en Courbet un être intérieur, plus difficile à définir, mais qui s'avoue heureusement parles grandes et belles pages qu'il a laissées. C'est le cas de nombre d'écrivains, de poètes, d'artistes, et des plus grands; un seul autre exemple, Verlaine. Tout d'abord, l'homme, en Courbet, d'après le témoignage de ceux qui l'ont connu et aimé, fut un excellent' homme, candide et désintéressé, de nature aimante, de dévouement parfait. Il était la bonté même pour les jeunes artistes qui l'approchaient, et j'ai sur ce point le témoignage de Claude Monet, qui ne prononce le nom de son maître qu'avec le respect et

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