LA SAMARITAINE " — FAÇADE
encore opéré sa transformation dans le domaine de
l'Architecture et de l'Art décoratif ; ils pensent que
nous sommes restés tributaires des styles du passé
et que les artistes, devenus subite-
I ment inaptes à créer se contentent
d'asservir à la vie d'aujourd'hui des formes d'ai-t, qui, pour avoir eu des qualités de logique et de beauté, n'en sont pas moins un pur anachronisme si elles sont transportées dans la civilisation actuelle.
Nous voulons essayer de démontrer à ces esprits chagrins que, quoi qu'ils en pensent, les artistes ont été émus par l'intense mouvement d'idées qui a marqué la fin du xix* siècle et que quelques-uns d'entre eux ont
(') Cédant aux instances très légitimes d'un grand nombre de nos lecteurs, nous ouvrons à partir d'aujourd'hui une nouvelle rubrique qui complétera la physionomie artistique de l'Art et h's Artistes : l'Architecture et la Décoration moderne. — Nul n'était mieux qualifié que M. Charles Plumet, pour traiter d'une façon régulière et avec toute l'autorité voulue ce sujet intéressant tant en France qu'à l'étranger. Nous sommes heureux aussi d'ajouter à la liste des noms de nos éminents collaborateurs d'art ceux de il. .\lexandre Benois, le célèbre historien de l'art russe, qui entretiendra désormais les lecteurs de l'Art et les Artistes du mouvement artistique en Russie, et de M. Amédée Prouvost. un de nos jeunes écrivains les plus distingués, et, dont les notes, correspondances, articles nous renseigneront fidèlement sur la vie artistique dans le Nord de la France, où il séjourne.
essaxé de fixer en des formes nouvelles les besoins de l'individu dans la société moderne.
Ces manifestations sont rares, il est vrai, mais elles existent ; et peut-être nous sera- 1- il permis, à nous, qui avons pris part à ce mouvement dans la mesure de nos faibles moyens, de nous recueillir et de démêler dans le fouillis d'œuvres souvent hâtives et incomplètes, celles qui nous sembleront sinon définitives, du moins étudiées avec conscience.
Un style ne fut jamais créé par une seule œuvre, non plus par un unique artiste, et nous voulons seulement noter des manifestations susceptibles de faire constater que le mouvement existe et qu'à pas lents l'évolution s'accomplit vers un affranchissement des vieilles formules.
Nous espérons qu'un série d'études faites dans ce sens donnera confiance à toute une génération d'artistes qui est hésitante et qui croit à un ralentissement du goût public pour les innovations et les recherches modernes, car un enseignement formulaire et routinier n'a rien fait pour les encourager.
Oui, certes, les professeurs furent coupables, peu osèrent sortir des sentiers battus, ils crurent plus facile d'enseigner un art mort, àla faveur des reproductions de tout genre. Pour eux,
la composition consiste à amalgamer des motifs connus. Cependant la tâche serait belle et louable de répéter sans cesse qu'il ne suffit pas de copier des formes anciennes, mais qu'il faudrait dégager en quoi ces formess' adaptaient aux besoins des contemporains de ces époques disparues. Il faudrait ensuite engager les artistes à faire pareillement en se pénétrant des conditions de la vie moderne.
Taine avait cependant déjà dit qu'il existe un rapport constant entre les productions des artistes et les conditions de vie de leur époque, et il a ré])été
" LA S.\1IARIT.\I.\E '
à satiété à ceux qui l'écoutèrent queles'œuvres d'art étaient un reflet du mouvement social et de la civilisation des époques auxquelles elles furent exécutées.
Si les artistes s'imprégnaient de cette vérité aujourd'hui indiscutable, ils créeraient des œu\Tes traduisant les besoins nouveaux et, par suite, tout
naturellement originales.
Nous ne verrions plus alors ces anomalies étranges qui placent un homme d'aujourd'hui, artiste, industriel, commerçant ou financier, dans le cadre suranné d'un cabinet de travail Louis XVI, ou une femme élégante, dont le costume moderne est cependant si original, sur un fond de boudoir Louis XV. Il en va de même pour nos monuments ; quelle idée bizarre de décorer une gare de chemin de fer à la façon du xviii'' siècle et pourquoi une école de médecine, qu'on prétend, du reste, absolument impraticable, affecte-t-elle des airs de monument grec ?
Si les formes décoratives découlaient directement des besoins, elles naîtraient logiques et neuves et l'Art moderne serait créé.
Que les artistes osent, mais qu'il osent raisonnablement, c'est-à-dire en étudiant et en se mêlant à l'admirable mouvement d'idées modernes qui bouillonne autour de nous, qu'ils fassent en un mot ce que firent tous les artistes des belles époques ensevelies dans l'admirable recueil des styles passés. Notre intention est donc de noter toutes les manifestations de l'art architectural et décoratif dans quelque cadre qu'elles se présentent ; dans le monument comme dans la maison de rapport; dans une devanture de boutique aussi bien que dans un hôtel ou une villa ; dans un mobilier à bon marché ou dans le décor et l'aménagement intérieur d'un appartement somptueux.