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BASE DES PILES

A la faveur des transformations (lues à la vie moderne, certains types de constructions ont été créés qui nous appartiennent en propre et dont on ne retrouverait l'équivalent dans aucune des époques passées, de notre histoire. Parmi ces constructions, il faut citer les Grands Magasins dont la forme et la structure répondent à des exigences toutes nouvelles. Ceux qui les ont édifiés ont compris qu'il serait ridicule d'affubler ces vastes constructions modernes de décors renaissance ou xviii'- siècle. Les reproductions de quelques-uns de ces types seront donc démonstratives au premier chef et nous comptons, au cours de ces études, en présenter les plus récents modèles ; l'actualité nous indique poinaujourd'hui les grands magasins de la « Samaritaine », qui semblent être conçus plus particulièrement sur un ]irogramme ti'ès net et très défini.

L'architecte Frantz Jourdain a choisi le fer connne matériau jirincipal de construction et sa décoration est tout naturellement basée sur la structure môme de l'édifice.

Nous n'apercevons, pour le moment, qu'une partie de ce que sera cette construction ; a\'ec le temps, au fur et à mesure de la démolition de certaines maisons axxnsinantes encore habitées, elle formera un grand ensemble dont le caractère et les formes s'appliqueront admirablement aux besoins auxquels il doit répondre.

Il fallait à l'artiste un réel courage pour aborder de front un jirogrannne aussi franc que celui de la décoration par le fer. Il sut non seulement le développer entièrement, mais encore réaliser un tvpe de construction métallique d'un aspect tout nouveau qui restera comme la marque d'un talent très personnel.

Longtemps le fer fut considéré comme un matériau ingrat dont il était impossible de tirer un effet décoratif quelconque; Dutert, dans la Galerie des Machines, avait cependant déjà prouvé combien

de ra\-oir rendu si gracieux

cette idée préconçue était erronée. Il avait su assouplir ses formes et traiter la matière avec une logique impeccable.

Dans les grands magasins de la Samaritaine, Frantz Jourdain sut aller plus loin et fit rendre au fer le maximum de l'effet décoratif qu'il peut donner. Avec une ingéniosité très subtile, il semble qu'il ait usé toutes les combinaisons qu'on puisse lui demander.

Les poteaux et les poutres se terminent en épanouissements décoratifs à la fois puissants lorsqu'il s'agit d'indiquer un point de construction et quelquefois ajouré et fleuri lorsqu'il doit s'envoler au faîte d'une pile ou terminer une travée.

Nous reproduisons ici le motif d'un pavillon d'angle surmonté d'un dôme lumineux couvert de briques de verre dont l'effet, le soir, sera particulièrement original. C'est bien là le couronnement d'un grand magasin. Il fallait frapper l'œil, créer un motif attirant, étincelant ; on ne pouvait le faire avec plus de goût, car le dessin en reste gracieux, élégant même. Les fermes métalliques supportant ce dôme se courbent et se réunissent en un décor charmant qui est un bouquet de fleurs offert à la tentation des Parisiennes.

C'est un tour de force d'avoir traité le fer avec une telle virtuosité, sans lui enlever de sa force d'expression.

Dans la grande façade amorcée sur la rue de la Mon naie, les travées sont étudiées avec une grande simjilicité.

Elles sont formées de piles métalliques et de poteaux intermédiaires. Ces poteaux se décorent d'eux-mêmes et se terminent en des floraisons de fer formées par les cornières forgées et des fleurs de métal d'une interprétation et d'un goût très sûrs. Quant au.x piles métalhques, il iallait, par opposition, les décorer d'un matériau de remplissage. décor des pote.\u.\

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L'architecte, délaissant la terre cuite qui se noircit si vite dans l'atmosphère parisienne, choisit la lave émaillée dont l'usage était tout indiqué pour une décoration de plein air, la matière employée ici devant résister à toutes les intempéries ; ces panneaux de remplissage ont été décorés de motifs de fleurs dessinés par le fils de l'archiiecte qui est un peintre harmonieux et subtil

Quoiqu'il soit difficile de se rendre compte dès maintenant du plan général de cette construction qui sera édifiée en plusieurs fois, on peut dire cependant que Frantz Jourdain le simphfia autant qu'il est possible tout en l'étudiant avec un souci de hbre circulation et avec une profusion de dégagements et d'escahers disposés avec le parti pr-s de ménager des effets de perspectives intérieures pittoresques et imprévues. Les foules s'écouleront aisément car les points d'appui ont été réduits à leur plus simple expression.

On peut conclure que cet édifice répondra excellemment aux exigences d'un programme tout nouveau et qu'il fut conçu à l'aide d'éléments essentiellement modernes.

Voici donc une œuvre dans laquelle on ne trouvera aucun motif de décoration qui soit étranger à la structure du mouvement ; où le décor est intimement lié à la construction et l'explique même. ],'architecteen est tout à la fois, et logiquement, le constructeur et l'artiste décorateur.

Le profane qui ne connaît rien à la structure d'un édifice doit comprendre sa construction par le caractère que l'artiste saura donner aux formes imposées par le constructeur.

Frantz Jourdain s'affirme ici comme un novateur, dans une œuvre robuste et souple tout à la fois, résumant ainsi les théories qu'il défendit toujours avec une si belle vaillance.

Charles Plumet.

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