‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 114 sur 186 · FIGURINE · texte numérisé non relu

FIGURINE

celle de 'Sl'SÏ. De Clercq, Dutuit, Lécuyer, Gréau, Bellon, Rayet, enfin celle du professeur Pozzi.

Mais l'incohérence des recherches fut cause que malgré les dix mille tombes ouvertes, on n'eut aucun renseignement sur la nécropole eUe-même ; et il a fallu les fouilles rationnellement conduites par ^IM. Pottier et Salomon Reinach, de 1880 à 18S2, à ^lyrrina, près de Smyrne, pour préciser les indications vagues qu'on avait sur Tanagra. Les tombes étaient groupées en trois nécropoles, et s'alignaient le long des routes. Ces cimetières n'évoquaient point d'idées tristes chez les humains de cette époque; bien au contraire, ils étaient la promenade favorite des femmes ; la douleur est souvent une coquetterie, et sur un vase antique, un passant contemple avec intérêt le spectacle gracieux de la mélancolie. Dans la plupart des cas la tombe est une fosse qiiadrangulaire, dont les parois sont protégées par des briques du des dalles. On y plaçait le mort, et, autour de lui le mobilier funéraire, c'est-à-dire des objets qui avaient servi à l'usage du défunt, les vases contenant sa nourriture et sa boisson, une lampe, des monnaies, des figurines. Mais les riches seuls pouvaient prétendre à un mobilier complet, et la figurine

découverte d'une tombe n'implique pas forcément la rencontre de statuettes. Quand on les trouve, et souvent en grand nombre à la fois, elles sont généralement brisées en mille morceaux; on les jetait au hasard, entre le corps du défunt et le mur, avant de fermer la tombe, et un « connaisseiu* " doit froncer les sourcils devant un Tanagra intact. Dans les tombes archaïques, on rencontre plutôt des vases ; au VII'' siècle ce sont de grossières figurines, coiffées

fabriquées au moule, mais retouchées à l'ébauchoir, et corrigées par la fantaisie du coroplaste : le moule fatigué ne donne en effet qu'une épreuve grossière , à l'artiste de la mettre au point, de fouiller les détails, d'accentuer le trait ou le geste caractéristique, d'ajouter les accessoires, la tête, les pieds, les mains, en un mot de faire la toilette de l'épreuve ; cette fantaisie s'enhardit parfois à de véritables tours de force : l'artisan transforme ainsi

Itfîtîxh Musemii

FIGURINE DE TAXAGR.A

d'un haut bonnet, et d'une robe à plis droits ; par analogie avec le costume des moines grecs, les gens du pays leur ont donné le surnom de papudès, prêtres ; mais ce ne sont que de grossières ébauches ; dans les tombeaux plus modernes, enfin, surtout à dater du troisième siècle avant Jésus-Christ, c'està-dire de la période hellénistique, on trou\-e les délicates statuettes que l'on sait.

Leur dimension en hauteur varie de 6 à 38 centimètres. En général l'artisan a modelé le devant; mais le dos n'est traité que sommairement, et comporte encore letrou d'évent. Presque toutes sont

un éphèbe vêtu de la chlamyde en Grotesque ou en Hermès, suivant que sa main a rencontré dans le magasin des accessoires un bonnet pointu ou un bonnet à aileron. Et il obtient ainsi une étourdissante variété d'attitudes et de types. Les couleurs rehaussent encore la hardiesse de ces créations ; les vêtements sont en rouge, rose, bleu ; les ornements sont dorés; les cheveux rouge brun ; l'œil est bleu pâle, les sourcils noirs, les joues rose clair.

Le succès de ces statuettes fut colossal ; en Asie- JIineure,en Sicile, en CvTénaïque, sur le Bosphore, jiartout on les recherchait, on en fabriquait.

Sur la signification de ces statuettes, une controverse s'est engagée. Pour les uns, les figurines ont évidemment un sens religieux et symbolisent les divinités du noir Hadès ; pour les autres, elles représentent les mille gestes de la vie familière.

Les Grecs se figuraient volontiers la vie future comme un prolongement de la vie terrestre : c'est pourquoi, à l'exemple des Egyptiens, des Ass^Tiens des Orientaux en général, ils entourent le défunt des objets, des offrandes nécessaires à la vie, et de tout ce qu'il a aimé en ce monde ; ils cherchent à divertir le mort, et à le protéger dans son voj-age à l'Au-Delà.

Ici encore on a discuté mais il est facile de concilier les deux systèmes : aux époques très anciennes, on a plutôt pensé à assurer au voyageur éternel la protection des divinités, mais plus tard on a simplement voulu lui rendre hommage par une offrande .

Dans les pays où la céramique était en honneur, en Attique par exemple, on mettait des vases dans les tombeaux; enBéotie, où les coroplastes pratiquaient leur art avec succès, on offrait aux défunts des statuettes. On ne doit pas oublier, en effet, que le mort réclamait un culte, et que l'âme du mort négligé revenait inquiéter les vivants. La dévotion du culte se doublait ainsi de crainte d'un préjudice.

Que représentent ces délicieuses figurines, qui évoquent à merveille la vie des contemporains d'Alexandre ? Le sexe masculin n'est guère représenté que par deux types : l'enfant et l'éphèbe. L'enfant joue à la balle, fait tourner sa toupie, et surtout se bat en duel avec le coq et l'oie. L'éphèbe se dirige vers l'école, ou il se montre à cheval, ou il assiste au jeu favori des Hellènes, les combats de

coqs, qui attiraient à Tanagra des curieux de toutes les parties de la Grèce.

Mais le triomphe du coroplaste, c'est la figure féminine.

L'amoureuse qui considère le petit Cupidon installé sur ses genoux, la coquette qui drape sa robe avec élégance, la mélancolique, inchnée dans une rêverie sans fin, la déesse-mère qui d'un geste chaste ramène sur sa poitrine les plis de son voile, la jeune fille qui joue avec une colombe, avec les dés. Tantôt seules, tantôt agenouillées en face deleur partenaire, elles ramassent à terre des osselets ; d'autres enfin laissent retomber la balle dans un pli de leur robe, mais cette maladresse feinte n'est qu'un prétexte à des attitudes souples et penchées.

Toutes ces statuettes nous initient au costume féminin, si simple, mais si élégant : une tunique, sorte de chemise brodée ; une robe d'une seule pièce blanche, bordée d'une bande de couleur avec une ceinture qui ajuste la taille et dessine les formes ; les bottines rouges « si bien lacées que le pied semble presque nu ». Quand une femme voulait sortir, — et la femme de Périclès,'Aspasie de ]\Iilet, avait mis à la mode les diners en ville — vite, elle ajoutait le grand manteau, ou /rimatioii, pièce d'étoffe blanche ou rose, qu'elle drapait à sa fantaisie.

Sur leurs cheveux, ces cheveux d'un châtain doré, dont elles étaient si fières et qu'elles dénouaient si volontiers, les Tanagréennes posaient un chapeau rond, jilat et terminé en pointe ; leur main agitait mollement l'éventail en feuille de lotus ; les bras nus étaient sertis d'or; l'antimoine allongeait démesurément les yeux, et prêtait aux regards des intentions inésistibles. La théorie de ces femmes souples, ainsi parées pour l'amour, se déroulait le long des voies, bordées de tombeaux.

Lé.\xdre \'.\ill.\t.

Musées d'Art populaires

Le Musée alsacien de Strasbourg

•VTÉE des œuvres de l'ethnographie et de l'ar- ■'■^ chéologie, en pleine effervescence scientifique, l'histoire de l'Art populaire réclame une place d'honneur. Elle vient de lui être donnée, à Dresde, dans la récente Exposition d'art décoratif allemand. Toutefois, nous devons à la vérité d'observer que notre Société des Artistes décorateurs français, en 1904, pour la première fois, eut l'idée d'annexer l'art rustique à une Exposition d'art décoratif. Ce n'était que justice. Indiscutables et imprcFcriptibles sont les droits de l'art du paysan au titre de primitif de nos tentatives modernes. En même temps qu'elle rendait hommage à son

ancêtre, la Société des Artistes décorateurs français posait les deux principes essentiels de l'Art populaire :

1° Dépendance de la forme envers la matière.

2" Relation étroite de cette forme avec la destination de l'objet.

U Art populaire procède donc à rebours du grand art. Il choisit d'abord une matière première susceptible de donner à l'homme le ma.ximum d'utilité possible. Il l'adapte ensuite à des habitudes traditionnelles. Il lui donne enfin un stvle où se manifeste l'habileté manuelle de l'ouvrier, mais dans lequel son génie inventif reste

vu

subordonné aux goûts, à Fhumeur, au tempérament du paysan. En un mot, dans VArt popii-

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