FAÇADE DU MUSÉE
laire, ce n'est pas un individu qui agit, suivant ses fantaisies personnelles, mais l'esprit d'une collectivité.
JS
Le choix du Musée alsacien, de Strasbourg, comme premier type d'une série de musées régionaux dont VArt populaire est ou devrait être le but, nulle prédilection patriotique ne nous l'imposa. Un hasard veut que ce soit l'Alsace qui, avec la Provence, ait compris le rôle de VArt populaire en dehors des préoccupations d'ordre esthétique. Profitons-en. La devise du Musée alsacien est belle : « Si nous voulons viore et durer, il faut nous souvenir ». Elle indique la valeur sociale de VArt populaire. Mais, affirmons-le, si ce musée exprima mieux que les autres, à Dresde, la nécessité de se rapprocher de la nature, ce fut surtout en raison de la saveur de ses collections. Loin de vouloir démontrer la force de la culture germanique — ainsi que le réclame un ancien usage en Allemagne — elles expriment au contraire la liberté d'action, la vivacité du goût, les finesses d'expression de la race alsacienne, son amour des couleurs vives, son instinct des formes plaisantes, sa religion de l'utile et de la sobriété artistiques. En outre, aucun dogme ne réclame telle ou telle de ses pièces. Elles sont ce qu'elles sont, conformes aux destins d'un pays qui, à travers les siècles, resta la route des influences les plus diverses entre France, Allemagne, Flandres et Italie. Attentif à ces influences, fier de les constater, le Musée alsa-
cien en fait hommage au souvenir des ancêtres dont ils évoquent l'éclectisme, les enthousiasmes, la vie intime prise sur le vif.
Ce musée fut fondé, en 1902, par une Société à responsabilité limitée, avec un capital initial de 27500 francs. On décida que l'on serait maître chez soi, condition indispensable en Alsace. On fit appel à ceux qui désiraient maintenir les souvenirs du passé : riches ou pauvres, bourgeois ou paysans, alsaciens d'Alsace, de France ou d'aut l'es pays. Persuadée que ce qui ne meurt pas, au point de vue ethnographique, reste l'apanage du peuple d'Alsace, la Société annonça que' son Musée ne serait ouvert qu'à l'art du paysan. L'appel fut entendu. Les objets affluèrent. On acheta des collections. Le capital augmenta. La Revue alsacienne illustrée qui, en 1900, avait eu l'idée du musée, fut chargée de l'édition des Images du Musée alsacien, suite de planches tirées en couleurs et en héliogravure, dont l'ensemble constituera le catalogue des pièces types. D'autre part, la même Revue alsacienne illustrée, toujours soucieuse d'augmenter le nombre des sympathies pour l'œuvTe commune, inventa une autre suite qui, sous forme de cartes postales artistiques, devient le plus vaste, le plus précieux des répertoires que jamais province ait publié sur ses types, sur ses mœurs, sur ses sites. Bientôt, le Musée alsacien dut chercher un cadre digne des collections qu'il avait amassées. Il le choisit sur