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PRÈS DE STOCKHOLM

d'art qu'il est aujourd'hui, comme en témoigne son vase en bronze à figures qui s'appelle Le Charme. Son gigantesque relief en marbre du Roi des fleurs suédois, 'Linné, est d'une grande habileté de facture. Eriksson a toujours aimé les arts industriels d'une affection toute particulière. Il veut implanter l'art dans la vie. Comme les grands maîtres de la Renaissance, il cisèle un gobelet ou même une écuelle à savon avec le même amour qu'il sculpte une statue. Ses deux énormes piédestaux de mâts de pavillon exécutés à la requête de quelques-uns de ses amis pour être offerts en don honoraire à M. KnutWallenberg, banquier, se dressent devant l'hôtel de Saltsjobaden, station balnéaire créée par ce même financier. L'hiver surtout, la jeunesse de Stockholm, amie^des^ sports, se rend à Saltsjobaden pour patiner, courir .sur la neige avec les skis ou glisser en petit traîneau ; en été, on va s'y baigner etfaire voile. C'est toute

tral, toutes ces actions d'allures si vives. Sur l'atitre.on voit une jeune fille au bain exécutée avec l'intelligence du geste instantané qu'Eriksson a si souvent montrée ; il s'}' trouve aussi un portrait de j\I. Wallenberg. qui fait preuve d'abnégation en tournant discrètement le dos à la baigneuse. La composition de ce piédestal est inquiète et mouvante.

Ces imposantes œuvres d'art donnent un attrait de plus à cette belle station balnéaire, et nous rappellent combien il reste encore à faire dans ce si important domaine, l'art public.

Bain primitif de Zorn, le tableau si admiré de l'Exposition,, chez Durand Ruel, vient d'être acquis par l'État suédois. Caul Lairix.

SUISSE

LA Fondation Gottfried Keller, créée par un legs généreux de Mme Lydie Welti-Escher qui mit à la disposition de la Confédération une rente annuelle d'environ loo.ooo francs pour l'achat d'œuvres d'art anciennes et modernes, a publié récemment son rapport annuel pour 1905. Une des particularités curieuses de cette institution est que la Confédération suisse, ne possédant pas en propre un musée des Beaux- Arts, dépose chacune des œuvres acquises dans celui des musées cantonaux ou municipaux qui paraît le mieux désigné pour cet honneur. C'est ainsi qu'elle a confié cette année au Musée historique de Neuchâtel le beau portrait peint par Hyacinthe Rigaud de F. H. d'Estavayer-Mollondin, de son vivant gouverneur de Neuchâtel et Valangin. Un tableau de Segantini, Jeune HUe ait balcon, a été déposé au musée rhétien de Coire, chef-lieu de ce pays des Grisons où le grand Italien a passé la plus grande partie de sa vie et créé le meilleur de son œuvre. Le portrait de la femme du peintre munichois Albert von Keller par Lenbach. page rapide et hardie de la meilleure manière de ce maître, a été attribué au musée des Beaux .\rts de Berne Le mu.-îée dé Bàle a reçu un excellent portrait d'un anon\"me allemand du xvi'' siècle, qui portait sans droit le monogramme de Lucas Cranach et qu'on a reconnu appartenir à l'école de Christoph Amberger. Parmi les œuvres contemporaines, signalons l'acquisition du Pavsnn,ûe'Sl. Eugène Burnand, toile d'un heureux réalisme, très caractéristique de la vie campagnarde vaudoise et qui sera remise à ce titre, au musée de Lausanne qu'on vient précisément d'installer dans les claires et somptueuses salles du palais de Rumine.

Les autres acquisitions de la Fondation Keller — un tableau d'autel de Gandria (Tessin), une tapisserie gothique genre Gobelin et les stalles du chœur de Saint-Wolfgang(cantondeZoug) — ont été attribuées au Musée national de Zurich où nous aurons l'occasion de les voir et de les apprécier bientôt.

En 1906, la Commission a acheté déjà deux œuvres remarquables, le Pai-iaqe des Go.'/is (18.S1) d'.\rnold Boecklin etleLacbleu de Sandreuter. Cesœuvres dedeuxBâlois sont, je pense, destinées au musée de Bàle. Il sera donné à ceux qui ont, tel est le précepte de l'Évangile et celuidela Fondation Gottfried Keller.

La Maison des Artistes (7\'»«5//fWmKs) de Zurich a eu, coup sur coup, en septembre et en octobre, deux expositions fort intéressantes.

La première était essentiellement consacrée aux œuvres récentes du peintre Giovanni Giacometti, de Stampa (Grisons), le disciple très indépendant et très personnel de Segantini. Les vingt toiles — figures et paysages — exposées par ce brillant coloriste ont eu un grand succès de presse et de public, à part un ou deux morceaux de bravoure outrancière qui ont déconcerté les paisibles habitués de Kunstlerhaus. Tel ce Paysage d'Octobre dont la truculence coloriste produit sur l'œil une impression d'une intensité telle qu'elle en devient presque douloureuse. Dans d'autres paysages, en revanche, à l'éclat brillant et à la somptuosité de la couleur sejoignentunedélicatessedelanuance et une harmonie des vibrations qui en font des régals pour l'œil. .Ainsi l'A utomnr (1900) avec ses moutons paisibles qui paissent doucement dans la lumière dorée du soleil couchant.

On a beaucoup remarqué et loué avec raison deux toiles d'intérieur {La Mère et l'enfant, Veglia), l'une baignée dans l'éclat du soleil, l'autre plongée dans la lumière intime

et douce de la lampe, .sous laquelle des femmes cousent du linge éclatant de blancheur. Lasériedes portraits d'enfants, de jeunes filles et de jeunes femmes, que M. G. Giacometti place volontiers dans la lumière franche du plein air et dans l'atmosphère de la montagne, font valoir non moins que les paysages les dons brillants de ce coloriste fougueux et personnel.

La seconde e.xposition du Kunstlerhaus nous a permis d'admirer les œuvres récentes de trois artistes suisses distingués, tous trois établis à l'étranger, MlleOttilie Rœder.steinà Francfort, M. Evert van Muyden à Paris, et M. Fritz Osswald à Munich.

Mlle O.Roederstein s'est fait un nom par une longue série de portraits dont la précision vigoureuse et la sûreté caractériste faisaient, avec beaucoup d'archaïsme voulue sinon le charme, du moins le mérite. Les sept toiles qu'ellexpose à Zurich montrent que sa manière s'est heureusement assouplie, détendue, modernisée et. si j'ose dire, humanisée. Sa peinture s'est faite plus large, plus opulente et plus douce à l'œil. Le dessin garde sa fermeté et sa netteté méritoires, mais la palette est plus riche, plus grasse et plus moelleuse. La recherche de l'archaïsme a très heureusement disparu et dans le faire de l'artiste et dans l'accoutrement de ses modèles. Il y a un joli charme de modernisme et de grâce souple et fine dans cette fillette aux cheveux blonds cendrés, sur quoi flotte une lumière rose, contemplant atten tive et ravie le gros bouquet de violettes sombresqu'elle vient de trouver à sa place, sur la nappe bl.inche où l'attend le déjeuner du matin (L'Enfant aux violettes). Il y a du charme encore moins direct et un peu moins candide dans la Fille au miroir, cette rousse osseuse qui contemple l'image de ses joues roses, et de son buste grêle et nu que l'amour, un jour, épanouira. Z,'t'H/rtH/(?»rfwm( dort, en effet, d'un beau sommeil profond et calme et le blanc gris de son petit bonnet fait un joli contraste de nuance avec le blanc pur de l'oreiller.

il. Evert van Muyden expose une série de ses grandes et belles eaux-fortes qui lui ont valu une réputation méritée d'animalier et d'aquafortiste. Les lions du désert, les tigres du Bengale, les grands bœufs de la campagne romaine, les lammergeier des .\lpes suisses n'ont plus de secret pour M. E. van Muyden, qui les connaît en savant et les rend en artiste. Il y a ajouté à Zurich un concile de crapauds qui est d'un pittoresque bien amusant.

Les pay.sages deM. Fritz Osswald. un nom nouveau auquel il y aura lieu de revenir, sont d'une vision bien lumineuse et d'une belle pâte .souple qui n'est pas fréquente chez les peintres de l'école allemande. Ses figures, qu'il place en plein air, malgré certaines gaucheries d'exécution, sont déjà des promesses.

L'Exposition municipale de Genève qu'on essaj'ait pour la première fois de placer à la fin de l'été, a eu un succès d'entrées considérable. L'affiuence des visiteurs a été telle qu'on a dû prolonger de quelques jours la durée de l'Exposition, chose inouïe dansnosannales.Enrevanche, les achats d'œuvres d'art par le public ont été pour ainsi dire nuls. La viUe de Genève acquerra probablement, si elle suit les indications du jury, les œuvres de MM. Dunki.Duvoisin, Gujbentif, Hugonnet, Rodo, Simonet et Silvestre. Elle a déjà reçu de :\I. Henry van Muyden le beau portrait du philosophe Ernest Naville qui ornera, à la Bibliothèque publique, la salle qui porte son nom.

GiSPir.D V.4I,LETTE.

Échos des Arts

L,.Art et les Artistes a. publié dans un de ses derniers numéros la reproduction du monument de Rodin à Maurice Rollinat et des portraits intéressants du poète.

Ce monument a été inauguré le 2 1 octobre, à Fresselines (Creuse), où Rollinat passa les dernières années de sa vie, et dont il a célébré les beautés dans des strophes magnifiques ou charmantes,

M. le Ministre de l'Instruction Publique s' tait fait représenter à la cérémonie.

NÉCROLOGIE

Vu de nos plus précieux collaborateurs, Henri Bouchot, membre libre de l'Académie des Beaux- Arts et conservateur du cabinet des estampes, est mort subitement le mois dernier.

Son érudition était proverbiale, comme son affabilité ; le savant et l'homme étaient universellement appréciés. On se rappelle le succès de cette exposition de Primitifs français qu'il avait organisée au Pavillon de ilarsan et celui de l'Exposition de la Miniature à la Bibliothèque nationale. Il laisse une importante œuvTC écrite: l'histoire de la gravure, des catalogues, des notices, qui lui avait valu d'être couronné par l'Académie Française et d'être appelé, en 1904, par l'Académie des Beaux-Arts, en remplacement de l'architecte Corrover.

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