COIN D ATELIER
un temps d'arrêt dans l'Histoire de notre art. La tradition, au nom de laquelle on nous gave de copies, ne nous offre cependant rien d'analogue et nous ne connaissons aucune interruption semblable dans l'évolution de l'Art français. Car il faut le dire à tous ceu.x qui copient les styles passés ; pour respecter la tradition il ne faut pas copier; au contraire, il faut innover, innover sans cesse, car l'innovation fut le propre du génie français à travers les siècles ; mais il faut innover en tenant compte logiquement du milieu et aussi des matières emplovées.
Et si on crée, logiquement, rationnellement, en traduisant les besoins, les gestes, de l'homme d'aujourd'hui, et aussi en tenant compte de la façon dont les matériaux doivent être employés, on crée suivant la tradition.
La tradition est faite des points saillants del'évoliTtion du génie français ; peut-être, même, estelle faite d'une série de petites révolutions semblables à celle qui dut se faire, par exemple, et dans un ordre d'idées moins spéciales, lorsque le charme de Watteau succéda au convenu factice d'un Lebrun ou d'un ;\Iignard. Celui-là n'est-il pas davantage un spirituel et délicieux traditionnaliste que ceux-ci qui nous semblent aujourd'hui les continuateurs de la décadence italienne.
Parallèlement, dans l'histoire du mobilier, la
ne parlons pas, bien entendu, de ces gentlemen réputés pour leur bon goût qui installent leurs amis et leur font faire de bonnes affaires, mais bien de ces maîtres ou maîtresses de maison d'aujourd'hui, auxquels une éducation soignée et un goût parfait permettent d'ordonner, quelquefois avec un rare bonheur, l'ensemble d'un appartement moderne.
Parfois, le salon ressemble bien un peu à la boutique d'un grand tapissier, mais c'est très bien quand même, et il est impossible de dire qu'il \manque quoi que ce soit ; tout y est ; en dehors des canapés, des chaises et des guéridons nécessaires, si savamment groupés, on y voit le piano à queue, habillé de marqueterie afin de n'être pas trop dépaysé dans ce milieu dix-huitième siècle; la vitrine, dans un coin, meublée de quelques bonbonnières ou de Saxe très bien fabriqués ; et, dans un autre coin, une colonne dorée sur laquelle une statuette, dans une geste éperdu, se défend du plumeau qui la guette. Parfois un lutrin, doré aussi, remplace la colonne, c'est affaire d'appréciation.
Si quelques artistes ne réagissaient pas contre ce bon goût convenu, on ne créerait plus rien en France, et ce serait très grave, car cela marquerait