SALLE DES PAS-PERDUS
de tableaux, d'objets d'art, de richesses de tous genres. Dans l'intention de perpétuer son souvenir, peut-être aussi dans l'espérance de se faire pardonner les larcins plus ou moins dissimulés que lui imputaient ses contemporains, le cardinal ]Mazarin inscrivit dans son testament une dotation considérable réservée à la fondation d'un collège. Soixante jeunes gens, gentils hommes ou fils de beaux bourgeois, nés dans les provinces des Etats conquis durant son ministère, devaient y être entretenus et instruits gratuitement. Le collège prendrait nécessairement le nom de son fondateur, mais les élèves étant originaires des quatre Etats ou « Nations » de Pignerol, d'Alsace et des pays allemands circonvoisins, de Flandre, de Roussillon et de Sardaigne, annexés, on le désigna jusqu'à la Révolution sous la dénomination de « Collège des Quatre-Nations ». On se décida pour un vaste terrain situé en face le Louvre et qu'encombraient alors quelques demeures particulières et les derniers vestiges de la Tour de Nesles. C'est alors que Le Vau fit sortir du sol ce majestueux palais, où les internes disposaient chacun d'une chambre, vivaient au milieu d'un mobilier luxueux, aux armes du fondateur, et prenaient leurs repas dans de la vaisselle d'argent marquée à son chiffre. Notons, en passant, que les bureaux des secrétaires perpétuels des cinq Académies sont installés dans ces anciennes chambres d'élèves. L'Université n'accepta le don du cardinal qu'à condition de réduire de moitié le nombre des boursiers et de supprimer l'Académie d'équitation, d'escrmie et de danse, que ^lazarin voulait adjoindre au collège proprement dit, Armande Béjart, veuve Molière, avait ouvert un théâtre, vis-à-vis la rue Guénégaud : on lui enjoignit d'en clore les portes, la dignité de l'Université ne pouvant s'accommoder du voisinage de vils histrions.
L'aspect extérieur du monument était sensiblement différent de son apparence actuelle. L'Hiz-
SALLE DES SÉANXES DE l'ACADÉMIE FRANÇAISE
de pierre monumentaux, qui ornèrent d'abord la balustrade de la façade. On peut les voir dans la seconde cour de l'Institut, où ils avoisinent la Fontaine surmontée d'un buste de Minerve casquée, due à Houdon. On retrouve cette effigie de Jlinerve en guise de cachet sur les papiers et les publications des cinq Académies.
Les œuvres de sculpture débordent d'ailleurs de tous les coins et recoins. On en voit dans le vestibule d'honneur qui précède la salle des séances publiques, où se dresse une statue monumentale de Napoléon I^r en costume ds sacre, œuvre de Roland « membre de l'Institut et de la Légion d'honneur», élève de Pajou, qu'encadrent la statue de Molière et celle de La' Fontaine, non loin d'autres statues de Montaigne et du « vertueux » M. de Montyon ; on en voit même dans la salle des séances où Bossuet et Descartes (par Pajou), Fénelon (par Lecomte) et Sully (par Mochy), occupent quatre niches. A noter le très beau buste d'Henri d'Orléans, duc d'Aumale, donateur du domaine de Chantilly à l'Institut.
Dans l'aile gauche de la seconde cour, se trouvent les deux salles qui servent : la première, aux séances hebdomadaires de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales ; la seconde, aux séances des trois autres Académies.
toire de Paris, de Félibien, nous offre une belle estampe de Hérisset, de valeur précieuse, qui donne « Veûe et perspective du Collège des Ouatre-Nations basti à Paris par le Cardinal Mazarin l'aniôôi. » L'n magnifique quai de pierre orné d'une balustrade à jour et décoré des armes de Mazarin bordait l'esplanade.
C'est toujours le monument en hémicycle que domine, dans sa partie centrale, un dôme qui couronne le portail soutenu par des colonnes d'ordre corinthien. Des deux pavillons carrés aux angles, celui de l'Est est réservé à la Bibliothèque Mazarine (i), celui de l'Ouest, dit « Pavillon des Arts » est percé d'un passage conduisant à la rue de Seine.
La coupole abritait la chapelle placée sous l'invocation de Saint-Louis. Convertie en salle de séances publiques d'après les plans de J.-L. Vaudoyer, elle est d'un goijt déplorable. Les rosaces, chapiteaux et caissons, travail du sculpteur Bocciardi, sont dissimulés par des revêtements en bois ou en plâtre, décorés de peinture en grisaille d'un goût odieux. La coupole originale subsiste encore : elle exhibe deux inscriptions où Vaudo3er proclame ingénument sa gloire de restaurateur !
On date de cette période l'enlèvement des vases
:i;Voir da.niV Art et les Artistes (n» i8), la Bibliot/ièqite Mazarine par Edouard André.